BIFFF 2017, Festivals

BIFFF 2017 : Carnet de Bruxelles Jour 2

Une première journée complète haute en couleurs

Après la soirée d’ouverture mardi, mercredi marquait le début des festivités, le vif du sujet. Pour Cinephilia, la journée était chargée et a démarré sur le coup de midi par une interview, et pas des moindres ! En effet, c’est l’invité d’honneur du festival, le coréen Park Chan-Wook, que nous avons pu rencontrer pendant une bonne vingtaine de minutes. Vous pourrez évidemment retrouver ce passionnant entretien très prochainement sur le site.

En attendant, place aux films.

Headshot

Plusieurs membres de la rédaction ont déjà vu le film. Venn l’avait découvert au TIFF et son avis se trouve ici.

Thibault : Grosse attente pour ma part puisqu’on retrouve l’équipe de The Raid et les Mo Brothers. Avec Iko Uwais et Julie Estelle, ça promettait. Alors, certes, le scénario tient sur un post-it mais, ce qu’on veut avec ce genre de film, c’est de l’action nerveuse. Et ça, ils le font très bien les indonésiens. Les scènes d’action sont très bien filmées et chorégraphiées. Il y a un peu de recherche au niveau des cadrages ce qui offre un spectacle impressionnant.  Là où le bât blesse, c’est au niveau de cette romance à l’eau de rose inutile et qui frise le ridicule à plusieurs reprises. En plus, ce n’est pas le registre qui convient le mieux à Iko Uwais, là où il excelle dans les séquences d’action. Bref, c’est un petit peu moins bien que The Raid 2, un peu moins long aussi mais, ça remplit son cahier de charges et de façon très efficace.

The Invisible Guest (Contratiempo)

Thibault : The Invisible Guest, c’est avant tout un scénario bien ficelé en apparence. Il s’agit d’un meurtre et d’un homme qui est accusé de l’avoir commis. Un soir, il reçoit la visite d’une investigatrice chargée par son avocat de venir l’aider à préparer sa défense. Sur papier, c’est complexe, probablement trop. L’espagnol Oriol Paulo montre tellement de versions des faits qu’on ne sait plus que penser. Il conclut par un twist bien vu mais éculé donc, les amateurs de thrillers ne seront peut-être pas complètement surpris. Cependant, cela reste bien réalisé et joué. Dommage que ça ne tienne pas complètement la route mais, ça fonctionnera très bien sur beaucoup de personnes.

Free Fire

Thibault : On l’attendait ! Voici enfin le nouveau film de Ben Wheatley. On l’avait rencontré il y a un an à l’occasion de la sortie d’High Rise et le metteur en scène anglais nous avait confié que Free Fire était déjà terminé et qu’il espérait le présenter à Cannes. Pas de Cannes finalement mais plein d’autres festivals. Le BIFFF ne pouvait pas passer à côté de cette fusillade d’une heure trente. Car c’est de ça qu’il s’agit. Un hangar, une vente d’arme qui tourne mal, des irlandais, des américains, des rigolos, des forts de caractères et des idiots. Bref, le cocktail parfait pour que ça explose dans tous les sens. Et avec Cillian Murphy, Sharlto Copley, Brie Larson, Armie Hammer ou encore Jack Reynor, c’est fort sur papier et ça l’est tout autant dans les faits.

Adrien : Il vaut mieux le savoir avant d’entrer dans la salle, Free Fire est un film de fusillade de bout en bout. Prenant intégralement place dans un entrepôt abandonné où des membres de l’IRA et des vendeurs d’armes voient leurs échanges de biens prendre le proverbial mauvais tournant, Free Fire est un spectacle intensif de feu et de sang. On ne devinerait pas forcément la gravité de la situation à l’attitude des personnages : agissant avec la bonhommie de joueurs de paintball ultra-motivés, ils prennent le fait de se faire tirer dessus avec un jouissif second degré. L’ensemble est souvent amusant, parfois palpitant, mais au bout de 90 minutes de fusillades répétitives et souvent confuses, on finit par se désintéresser du sort de ses personnages, et on attend que cette comédie noire prenne fin. Reste son groupe d’excellents acteurs, qui prennent autant de plaisir à se tirer dessus qu’à se lancer les répliques jubilatoires savamment écrites par Ben Weathley et Amy Jump.

The Void

Adrien : Pour une bonne partie de sa durée, The Void ressemble à n’importe quelle mauvaise série B qu’on a pu voir au BIFFF. Mis en scène avec une maladresse confondante, monté à la truelle et interprété par des acteurs de seconde zone, le film possède une trame – un hôpital pris d’assaut par une secte – qui suffit à peine à maintenir notre attention éveillée. Rien dans ces imperfections ne pouvait cependant nous préparer aux événements incompréhensibles qui suivent son premier acte: mélangeant mysticisme, zombies, expériences scientifiques et hallucinations, The Void accumule à grande vitesse un nombre invraisemblable d’idées inabouties et ridicules. Lorsqu’il atteint avec un sérieux confondant les sommets de l’absurde et de l’incohérence dans sa dernière demi-heure, on ne retient plus ses rires, navré devant cet indigent spectacle.

Antiporno

Thibault : A minuit trente et après trois films et une interview, ce n’était sans doute pas les meilleures conditions pour découvrir cette nouvelle fantaisie de Sono Sion. C’est plein de couleurs, ça ne raconte pas grand chose (ou plein de choses), Sono Sion en fume de la bonne, bref, j’ai rien compris comme on dit au BIFFF.

Adrien : Imaginez un ersatz sous amphétamines de Mulholland Drive ayant pour sujet la sexualité féminine, et vous aurez une idée partielle de la folie furieuse qu’est Antiporno, la dernière réalisation du prolifique réalisateur japonais Sion Sono. S’il est facile de se perdre dans ce film non linéaire qui met en scène de multiples mises en abîme, flash-back et scènes oniriques, la perte de contrôle n’est jamais totale. Nous sommes entre les mains d’un cinéaste en parfaite maîtrise de son art et de sa technique, qui au travers de couleurs symboliques et d’un érotisme outrancier, évoque le féminin radicalement. L’ambition barge du film ne se prête pas forcément à une séance de minuit du BIFFF, mais pour celles et ceux qui parviendront à garder l’esprit alerte à ses motifs et à ses thèmes, Antiporno se révélera une expérience gratifiante.

Manon : Le point fort ? L’image et les couleurs ! Du début jusqu’à la fin, on en prend plein les yeux. Après reste à savoir si le film avait un réel propos. Beaucoup d’éléments sont intéressants dans ce nouveau délire signé Sono Sion : la thématique du film, la caractérisation de ce personnage féminin si fort et farfelu, la structure décousue du scénario… Sono Sion offre une vision particulière du féminin ce qui donne un film complètement loufoque et difficile à cerner.

Manon avait déjà découvert le film à l’Etrange Festival et, chance, elle l’a compris. La critique complète du film est disponible ici.