BIFFF 2017, Festivals

BIFFF 2017 : Carnet de Bruxelles Jours 3, 4 & 5

Gestion du temps

Afin d’être en forme pour la journée de vendredi lors de laquelle pas moins de six films sont prévus à notre programme, ce jeudi fut plus court. Très court même puisqu’il n’y a eu que trois films vus. Il en fut de même pour celle de samedi à cause d’autres obligations.

Vanishing Time

Thibault : C’est un film coréen, le premier projeté cette année, qui traite du temps. Un groupe de quatre enfants, trois garçons et une fille, va observer des explosions sur le chantier d’un tunnel en construction. Lors de leur périple, ils vont tomber sur une petite caverne dans laquelle se trouve un oeuf. Après être sortis, la fille se rend compte avoir oublié son collier dans la caverne. A son retour à l’extérieur, les garçons ont disparus et l’œuf est brisé sur le sol. Tout cela semble bien étrange mais on ne peut en dire beaucoup plus au risque d’en révéler de trop. Briser l’œuf alterne la temporalité des personnes l’ayant brisé par rapport au reste du monde. La romance impossible qui est ajoutée au récit lui donne une force particulière. Seul regret, la durée du métrage qui dépasse largement les deux heures. Cependant, Vanishing Time est une des premières belles surprises du festival.

Tarde para la ira (Un homme en colère)

Thibault : Les Espagnols sont forts pour réaliser des thrillers, et le BIFFF est une des rares occasions pour en découvrir plusieurs en une fois. Tarde para la ira, qui était il y a quelques jours au festival du film policier de Beaune, fait partie du lot. Il s’agit en fait d’un vigilante movie, un film de vengeance, déguisé en thriller. Il y a eu un braquage mais un seul des auteurs, celui qui attendait dans la voiture pour permettre la fuite, a été attrapé. Un membre de la famille des victimes braquées, et qui sont décédées dans l’attaque, prépare sa vengeance depuis longtemps. Ca c’est la version résumée car, comme dit plus haut, il y a un côté thriller qui fait que beaucoup d’éléments sont des inconnues que les spectateur découvrira au fur et à mesure afin de bien intégrer chaque aspect du récit. On peut probablement parler de vigilante amélioré. Comme d’habitude avec les espagnols, la forme y est autant que le fond ce qui conforte leur position forte en matière de thrillers.

A Dark Song

Thibault : A Dark Song est une espèce de film hybride qui fait un mix entre les incantations, l’exorcisme et les pratiques noires. Il se démarque par le nombre de règles qui contraignent les personnes tentant d’obtenir quelque chose de par ces pratiques aux vertus magiques. Si l’idée est louable et une partie du traitement plutôt bien vue, le film ne tient pas la longueur. Le principe devient répétitif et l’aboutissement se fait attendre. Dommage car le potentiel était là.

Le vendredi, ce fut beaucoup rempli, pas moins de 6 films (Get Out en projo presse mais c’était hors BIFFF. La critique de Sophie est ici) étaient au programme. Le premier fut Le serpent aux mille coupures qui vient tout juste de sortir en France.

Le serpent aux mille coupures

Thibault : Le film marque le retour d’Eric Valette au BIFFF. Il propose un thriller sombre avec Tomer Sisley en tête d’affiche. C’était prometteur sur papier. Le résultat est d’autant plus frustrant. Le serpent aux mille coupures, qui n’est pas totalement mauvais, il ne faut pas être de mauvaise foi, est un thriller un peu fourre-tout. Il y a un terroriste qui est recherché des forces de l’ordre, une famille de fermiers dont l’homme est noir qui a des problèmes avec les autres agriculteurs de la région et aussi une sombre histoire de narcotrafiquants qui font du business au fin fond de la campagne française. Cela fait beaucoup trop. Valette se fait croiser chaque histoire pour apporter un peu de complexité mais ça ne fonctionne que moyennement. En outre, les dialogues sonnent terriblement faux. Une déception donc.

Ilan : Eric Valette revient avec un nouveau film de genre et nous plonge dans un mélange d’histoire bien sombre et violente où tout se lie. L’équivalent du mauvais endroit au mauvais moment pour tous les personnages. Efficace, le film nous tient en haleine tout le long mais peine à nous expliquer réellement pourquoi ces personnages se retrouvent tous ensemble. Cependant, on ne s’ennuie jamais et cela fait du bien de voir des films de genre en France, aussi imparfait soient-ils.

Luck-Key

Thibault : Remake du film japonais Key of Life, Luck-Key a un pitch qui, bien que pas des plus original, soit très prometteur. Il s’agit de deux personnes qui échangent leur vie car l’un est devenu amnésique après un accident et que l’autre a vu qu’il était riche. Le truc, c’est que l’un des deux est possiblement un tueur à gage. C’est très drôle, plein d’action, de situations rocambolesques et ça tient la route tout du long. Un bon moment de rigolade qui permet de bien démarrer la journée.

 Holy Biker

Thibault : Ce Mad Max à la brésilienne était tentant. Les deux premières scènes auguraient même quelque chose de très sympathique. Malheureusement, le reste était loin d’être à la hauteur du début. Finalement, il ne se passe pas grand chose pendant ces 90 minutes. En tout cas, il ne se passe pas grand chose pendant les 40 premières minutes. Après, sans doute pas beaucoup plus.

 Smoke & Mirrors

Thibault : Autre journée, autre thriller espagnol. Celui-ci est signé par Alberto Rodriguez qui avait fait forte impression en 2015 avec La Isla Minima. Il réalise un nouveau thriller parlant d’un ministre étant recherché par les autorités espagnoles pour avoir détourné de l’argent. Le film s’articule autour des moyens mis en oeuvre pour l’aider à se cacher et à mettre son argent à l’abri. Le tout est souligné par une voix off essentielle qui permet de bien suivre l’histoire, pas si simple que ça.

Le film sort en France sous le titre L’Homme aux mille visages. La critique complète de Reda est disponible ici.

 Message From The King

Une critique complète du film arrivera prochainement mais, en attendant, retrouvez nos avis « à chaud ». Vous pourrez retrouver prochainement notre interview de Fabrice Du Welz.

Thibault : Après Alléluia, Fabrice Du Welz est allé réaliser un film à Hollywood avec un casting qui fait rêver : Chadwick « Black Panther » Boseman, Teresa Palmer, Luke Evans, Alfred Molina ou encore Tom Felton sont de la partie, excusez du peu. Message from the King est un vigilante movie terriblement efficace. L’histoire est assez simple mais, le traitement est excellent. C’est généreux en action et ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de violence. Ce qui est certain, c’est que le résultat de cette expérience américaine est bien meilleur que celui de son expérience française avec Colt 45.

Adrien : Pour sa première incursion à Hollywood, le cinéaste belge Fabrice du Welz s’attaque au vigilante film avec un casting trois étoiles (Chadwick Boseman, Alfred Molina, Luke Evans). Suivant un Sud Africain à la recherche de sa soeur, le film nous embarque dans un Los Angeles sordide : celui de la drogue, de la corruption et des producteurs de cinéma véreux. Si le récit est trop prévisible pour révolutionner le genre, du Welz fait néanmoins preuve d’une maîtrise respectable derrière la caméra, et marque le film de sa patte : Message from the King est nihiliste, tendu et efficace. On n’en demande pas beaucoup plus.

 Swiss Army Man

Adrien :  Est-ce parce qu’il est profondément étrange que les distributeurs belges ont boudé Swiss Army Man ? On l’ignore, mais à défaut d’être sorti en salles, le premier film Dan Kwan et Daniel Scheinert a pu faire acte de présence au BIFFF, et on ne peut que s’en réjouir. Récit de l’amitié entre un jeune homme dépressif et d’un cadavre parlant qui devient le couteau suisse de sa survie (ses flatulences sont littéralement le moteur de leur aventure et ses érections une boussole vers la civilisation !), Swiss Army Man porte son étrangeté comme un badge d’honneur. Loin d’être gratuites, ses nombreuses excentricités permettent au film de parler de solitude, d’affections mal placées et de fonctions corporelles. Avec une sincérité particulièrement gênante et une poésie mêlée de vulgarité, le film nous plonge dans la beauté et la douleur d’être humain, rien de moins. Une mémorable expérience de cinéma, portée par deux acteurs complètement dévoués à faire vivre leurs personnages décalés.

 Tonight She Comes

Thibault : Des jeunes, une cabane au bord d’un lac, de l’alcool, des gens tous nus, des gens bizarres. Ca peut difficilement faire un bon cocktail. Du coup ça donne du grand n’importe quoi. Un peu jouissif quand il y a des morts et un dernier plan emblématique qui restera dans les annales (et autre chose) mais, c’est tout de même assez mal torché et parfois mal joué. Heureusement que les personnages sont relativement bien écrits et qu’ils maintiennent un peu d’intérêt mais, ce qu’il y a de mieux, c’est incontestablement les morts, toutes aussi bizarres les unes que les autres.

Bad Cat

Manon : Certains gags ont peut-être été un peu déjà vus mais jamais assez pour nous gâcher le plaisir et il y a un rat qui vole sur le dos d’une mouette, c’est pas du génie ça ? Sale, irrévérencieux, absurde, lubrique et parfois un peu mignon, Bad Cat est une super comédie qui mérite de sortir en France.

Ilan : Film d’animation Turc, Bad Cat a tout pour surprendre. Encore plus quand on voit l’incroyable qualité d’animation, digne des plus grands studios hollywoodiens. Bad Cat c’est un peu Comme des bêtes en version adulte avec un personnage ressemblant étrangement à Ted en pire. Gros chat qui fume, vulgaire et qui ne pense qu’à baiser. Le film contient des meurtres et possède un méchant cartoonesque qu’on avait pas vu depuis assez longtemps. Il s’agit de l’adaptation d’une bande dessinée en Turquie donc autant dire que c’est considéré comme un blockbuster là bas. Et c’est absolument génial. On rigole, ça se moque de pleins de choses, bref un film à voir absolument !

Attraction

Thibault : Quand la Russie se la joue Michael Bay, il y a des gros effets spéciaux, des OVNI, de l’action et des personnages qui transpirent la sympathie autant que Poutine. C’est pas très intelligent mais, c’est bon.

Strangled

Thibault : La Hongrie aussi sait y faire en matière de thrillers. Strangled est inspiré de faits réels qui font froid dans le dos. Il est question d’un tueur en série et d’un homme qui a été accusé à tort d’un des crimes. Heureusement, un jeune procureur va tenter de résoudre l’affaire mais ça ne s’annonce pas simple du tout. Peut-être un poil trop long, le film est une jolie découverte qui montre que la Hongrie a beaucoup de bonnes choses à proposer. Pour l’instant, la catégorie thriller tient ses promesses.

Bad Black

Adrien : Bad Black, c’est la petite merveille de cinéma ougandais qu’on est ravi d’avoir pu voir. Tourné à l’arrache pour 65 dollars (un chiffre qui nous a été confirmé pour son producteur) sans souci de se conformer à une quelconque règle esthétique ou cinématographique, le film compense l’amateurisme presque complet de ses moyens par un enthousiasme débridé, diablement communicatif. Comment ne pas succomber au charme d’un film dans lequel un petit garçon nommé Wesley Snipes apprend à un docteur à devenir « commando » ? Un film dont le narrateur (un « movie-joker ») passe le plus clair de son temps à faire des plaisanteries et des commentaires sur les acteurs ? L’euphorie est totale devant ce film d’action comme aucun autre, qu’on apprécie d’autant plus dans une salle enthousiaste et bavarde. Bref, c’est le genre d’expériences pour lequel on va au BIFFF. Ougandaaaaaaaa !