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Compte rendu Gérardmer

Petite ville enneigée de huit mille habitants et décor parfait durant cinq jours pour accueillir le 25e festival international du film fantastique, qui s’ouvrit sur le très classique Le secret des Marrowbone. Un fantastique à l’espagnol qui marche dans les traces de ses aînés (le réalisateur étant le scénariste de L’Orphelinat) sans jamais réussir à les dépasser voire juste les égaler. Très proprement emballé mais sans vraie prise de risque. A l’instar du film de clôture Winchester, nouveau méfait des frères Spierig (le dernier Saw, Daybreakers), film de maison hantée d’un classicisme assez inquiétant, dont le logo TF1 vidéo en introduction annonçait le pire. Et ce fut le cas, avec un film qui ignore 40 ans de film de fantômes, culminant dans un final numérique de bruit et de fureur assez embarrassant. Hommage raté ou vraie méprise du genre ?

Un genre qu’Alex De la Iglesia a respecté tout au long de sa carrière, lui valant un bel hommage cette année via la projection de 6 de ses films, et la remise d’un prix venant récompenser sa filmographie. L’occasion de découvrir son premier essai, Action Mutante, film de science-fiction complètement déjanté et trash qui rappelle parfois l’absurde du duo Jeunet et Caro de l’époque. Dommage que le documentaire Heirs of the Beast ne rende pas hommage à sa carrière, se contentant d’une simple nostalgie quand à l’arrivée du Jour de la bête dans le paysage cinématographique espagnol des années 90.


Une époque nineties à l’honneur encore grâce à l’un de ses plus beaux représentants : l’indétrônable Scream de feu Wes Craven. Sélectionné suite à un vote internet permettant de choisir parmi les 25 lauréats des éditions précédentes, revoir ce bijou en 2018 apporte paradoxalement une bouffée d’air fraîche. Fossoyeur de son propre genre avec l’apparition de ce second degré et cette destruction méta des codes du slasher, le film sait pourtant habilement manier ironie mordante et intrigue premier degré diablement efficace, à l’image de cette longue introduction qui retourne toujours les tripes 20 ans plus tard. Loin des ersatz actuels se vautrant dans un recul humoristique fatiguant et sans saveur, dont la sincérité est plus que douteuse. Avec par exemple cette année Tradegy Girls, dénonçant les dérives actuelles des réseaux sociaux mais s’embourbant dans une ironie et une galerie de stéréotypes sans fin, au contraire d’un Mayhem ravageur, série B ultra efficace signée Joe Lynch, qui ne se prive pas d’allumer un monde de l’entreprise toujours plus abrutissant. Ce dernier était présenté lors de la Nuit Décalé aux côtés du Z mais généreux Beyond Skyline de Liam O’Donnell, suite du Skyline de 2010. Alors que l’insipide Game of Death, délire hipster interminable malgré des scènes gores réussies, a laissé de marbre l’auditoire. On s’interroge encore sur les raisons de sa sélection.

Heureusement, le festival s’est rattrapé en compétition officielle, avec le déjanté Mutafukaz, trip animé d’1h30 qui ne faiblit jamais, mélange les styles et verse dans le trash pour adultes, ou l’ultra violent Revenge, premier film de Coralie Forgeat, où le classicisme du rape and revenge se mélange à une mise en scène moderne et stylisée. On passera rapidement sur le soporifique Lodgers de Brian O’Malley, déjà responsable du très moyen Let Us Prey et le sympathique mais un peu ennuyant Chasseuse de géants du réalisateur danois Anderss Walter, vainqueur aux Oscars 2014 pour son court Helium. Puis arriva l’Ovni de la sélection, le turc Housewife, labyrinthe cérébral autour d’un traumatisme enfantin, de cauchemars et d’une secte, rappelant le Polanski des débuts, le film empruntant à Rosemary’s Baby autant qu’au Locataire.

La face B du festival en hors-compétition a su faire preuve d’éclectisme. Tout d’abord avec l’étrange participation du dernier chapitre de Labyrinthe, ou à travers des films dispensables, comme Escape room, nouvelle fade imitation de la saga Saw et de ses pièges sadiques. Suivi du raté Titan, qui suite à un premier acte prometteur sur le futur et l’évolution de l’Homme en tant qu’espèce, se vautre dans les poncifs habituels et manichéens du genre avant une conclusion mièvre au possible.


On a pu se consoler avec des valeurs sûres tel qu’Avant que nous disparaissions, le nouveau Kiyoshi Kurosawa, fable science-fictionnelle touchante sur la venue d’extra-terrestres et leur apprentissage de l’Humanité, rappelant une nouvelle fois le talent du bonhomme à manier le fantastique dans un cadre réaliste. Son compatriote Ryuhei Kitamura, de son côté, met en scène un survival gore et jouissif via le huit clos extérieur qu’est Downrange. Il est également question de survie dans le sympathique mais inégal Cold Skin de Xavier Gens, qui malgré une maîtrise technique et artistique assez évidente, pêche dans un second acte répétitif, n’explorant pas touts les chemins que sa première partie avait laissé entrevoir. Et puis Dick Maas nous a agréablement surpris avec Prey, trente ans après Amsterdamned, transcendant son pitch nanardesque pour accoucher d’une série B attachante avec son premier degré à l’ancienne et un rythme parfaitement géré. Malgré un faible budget (le lion numérique en preuve), il parvient à rendre crédible le climat de terreur qui plane sur Amsterdam via quelques séquences d’attaques placées ici et là et des reportages télé qui témoignent de l’évolution de la menace. Un retour remarqué.

Il restait ensuite les tentatives prometteuses, comme The Inhabitant de Guillermo Amoedo, scénariste sur Knock Knock et Green Inferno aux côtés d’Eli Roth, qui parvient à tirer son épingle du jeu sur le thème de la possession grâce à une approche axée sur les tourments moraux que subissent les protagonistes. Vient également Errementari, premier long de Paul Urkijo chapeauté par De la Iglesia, conte à la Del Toro dans l’Espagne du 19e siècle avec ses paysans crédules et ses démons farceurs. Vendu comme un croisement entre Dark Crystal et Une histoire sans fin, le résultat est là, mention spéciale au démon «à l’ancienne» habité par Eneko Sagardoy. Et le film est tourné en basque (!).

Du côté des courts-métrages le jury était présidée par Hélène Cattet et Bruno Forzani à qui l’on doit l’incroyable L’étrange couleurs des larmes de ton corps, hommage démentiel au Giallo. C’est presque sans surprise qu’ils ont adoubé Et le diable rit avec moi de Rémy Barbe, film d’horreur pur et dur, sale et méchant, limité par ses moyens mais qui affichait une vraie générosité. Il faisait face à une sélection moins Gérardmerienne dans l’esprit, mise à part le survolté Station. Entre le budgetté mais bancal Livraison, l’exercice de style à la Wes Anderson Belle à croquer et le beau mais vide Animal, le film de Rémy Barbe était sans doute le plus légitime.

Impossible de terminer ses lignes sans évoquer Ghostland, le dernier effort de Pascal Laugier, qui a fait de Gérardmer son avant-première mondiale. Un événement sous haute sécurité, avec obligation d’éteindre les portables et d’ôter les batteries des appareils photo,  le tout sous surveillance infrarouge. Comme à son habitude Laugier se place en dehors des sentiers battus, proposant une expérience viscérale qui a divisé et divisera à nouveau lors de sa sortie en salle le 14 mars prochain. Coup de génie pour les uns, sombre étron pour les autres.

Rendez-vous est déjà pris avec la 26e édition.