Critiques de films, Romance

Critique : 30 Beats, d’Alexis Lloyd

L’éternelle ronde des amours et désirs dans un New York plus tropical et suave que jamais, tel est le pitch du premier long métrage d’Alexis Lloyd, un film intéressant dans sa forme mais inabouti dans son fond.

 

Affiche du film 30 Beats, d'Alexis Lloyd
Affiche du film 30 Beats, d'Alexis Lloyd

 

 

 

Dix personnages, dix quartiers de New York : en plein été, alors qu’une vague de chaleur transforme la ville en zone tropicale, se rejoue l’éternelle ronde des amours où chacun croit dominer son désir et n’est que le jouet du destin et des pulsions…

 

 

N’est pas Cassavetes ou Allen qui veut. Vivant depuis une dizaine d’années à New York, Alexis Lloyd s’est imprégné de ce lieu pour en tirer une multitude d’histoires sur les variations de l’amour. Armé d’une caméra Super 16, il capte un New York quasiment inédit sous une chaleur pesante. Chaque plan d’extérieur présente un intérêt, il filme aussi l’architecture typique d’un quartier que le Manhattan grouillant telle une fourmilière où lumières et bruits cohabitent dans harmonie étonnante. Il s’agit bien là du point de ce film : sa forme, chaleureuse, enveloppée, organique et superbement photographiée.

 

Extrait du film 30 Beats (2012)
Extrait du film 30 Beats (2012)

 

 

30 Beats est librement adapté de la pièce de Schnitzler « La Ronde », qui avait déjà été adapté d’une manière assez stricte par Ophuls, puis plus librement par Vadim. « La Ronde » lui sert de structure à son histoire, autant que New York assure un rôle de catalyseur. Alexis Lloyd essaye ici de retranscrire une histoire qui joue sur les sens, et en même temps illustre une réalité : sur 10 histoires, 1 seule finira comme une véritable histoire d’amour. Pour se faire, Alexis Lloyd va filmer 10 personnages différents, et les opposer à chaque fois sous la forme d’un duo. Les sentiments sont alors sensés s’exprimer de la façon la plus simple et directe possible. Mais imaginer et illustrer 10 variations en l’espace d’1h28 oblige à quelques coupes, si bien que le spectateur peine à pouvoir s’identifier aux personnages, et toutes les histoires n’ont pas le même poids, ni la même pertinence. Les acteurs sont d’ailleurs aussi irréguliers. Prenons l’exemple de la voyante, jouée par la géniale Jennifer Tilly – une actrice à la voix très particulière – qui propose plus d’idées dans son personnage qu’Adam, joué par le montant Justin Kirk. Alexis Lloyd arrive pourtant à retomber sur ses pieds, comme dans le film choral américain classique, tel un Woody Allen en bien moins bavard, mais aussi moins poussé.

 

L’avis : 30 Beats est un film qui se laisse regarder si on arrive à se faire prendre pas l’enveloppe charnelle et la manière de filmer l’excellente unité de lieu qu’est New York. En revanche, le fond manque cruellement d’être approfondie même si le genre film choral est respecté et la structure cyclique parfois intéressante.