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Critique : 38 témoins, de Lucas Belvaux

Dans la lignée des Cavayé et autres Marchal, Lucas Belvaux marque le pas dans le genre polar avec son 38 témoins, une sorte de cluedo hitchcockien sauce polar noir et doté d’une lenteur presque séduisante. Explications.

 

Affiche du film 38 témoins, de Lucas Belvaux
Affiche du film 38 témoins, de Lucas Belvaux

 

 

 

Alors qu’elle rentre d’un voyage professionnel en Chine, Louise découvre que sa rue a été le théâtre d’un crime. Aucun témoin, tout le monde dormait.
Paraît-il.
Pierre, son mari, travaillait. Il était en mer.
Paraît-il…
La police enquête, la presse aussi. Jusqu’à cette nuit où Louise rêve. Elle rêve que Pierre lui parle dans son sommeil.
Qu’il lui parle longuement. Lui qui, d’habitude, parle si peu.

 

 

Une affiche digne d’un Fenêtre sur cour et une bande annonce séduisante qui introduit le genre du polar mêlé au thriller psychologique, 38 témoins a sur le papier de quoi séduire. Rajoutons en prime que ce film est dirigé par Lucas Belvaux, réalisateur belge qui a déjà signé quelques percées notables dans le polar/thriller avec Cavale, La raison du plus faible ou tout récemment Rapt. Il retrouve ici Yvan Attal (bluffant dans Rapt) et raconte la lâcheté humaine, la déconstruction du couple, le gris d’un Havre portuaire et monotone. 38 témoins s’avère vite répétitif, comme une sorte de machine pré-réglée, où rien ne surprend. Mais la capacité de cette machine a produire un certain pouvoir d’attraction arrive à étonner. Ainsi, Belvaux entrecoupe ces scènes de dialogues par des vues de la mer où naviguent des porte-conteneurs géants, sur les quais où ces derniers sont vidés de leur cargaison, le tout dans une routine presque séduisante.

 

Extrait du film 38 témoins (2012)
Extrait du film 38 témoins (2012)

 

 

Derrière cette plastique sombre, lente et finalement pesante, Lucas Belvaux conte une véritable histoire, partant d’un sujet très simple. Un meurtre banal, une victime hurlant au beau milieu d’un quartier en pleine nuit. La ville sera secouée par cette tragédie, mais le pire est derrière. Comme l’indique son titre, 38 témoins peuvent témoigner avec plus ou moins d’utilité. La question sous-jacente posée ici, c’est pourquoi n’avoir rien dit ? Pourquoi ne pas avoir agit ? Lucas Belvaux filme ici la lâcheté consciente et parfois refoulée de l’homme. Face à un Yvan Attal de marbre, il braque son objectif sur la fragile Sophie Quinton, sur une Nicole Garcia dispensant des cours de journalisme aux néophytes et quelques autres personnages secondaires. Belvaux souhaite ainsi jouer sur les regards, les non-dits, des procédés connus pour avoir fait d’Hitchock un maître dans l’art du suspens et de la tension. Mais là où 38 témoins ne fonctionne plus, c’est l’écriture des dialogues. Ces derniers sont récités, avalés sans discernement et l’interprétation des acteurs reste à désirer. Non conscient que son propos pourrait se trouver limité par un cruel manque de rythme, 38 témoins propose un scénario qui se répète autant que les plans de Belvaux, enchaînant également les belles tirades sur l’humanisme, la culpabilité (« un homme qui se tait, c’est un salop. 38, ça devient monsieur tout-le-monde »), voir même l’amour et la fragilité d’un couple légérement insensé. On sent donc bien que 38 témoins avait un potentiel immense, si tant est que le viscéral y tienne une place plus intéressante. Un fait qui se confirme lors des dernières scènes, et notamment celle d’une reconstitution où la thématique de la lâcheté prend bien plus son sens que les multiples tentatives du beau phrasé d’un scénario apathique, et où l’agressivité refoulée devient puissante.

 

L’avis : Austère, lent et intrigant, 38 témoins avait les bonnes cartes en main pour proposer un grand polar. Trop répétitif et manquant cruellement de viscéral, ce polar thrillerisé de Lucas Belvaux est resté en surface de son sujet, se contentant d’un minimum syndical finalement décevant.