Critiques de films, Western

Critique : Les 7 Mercenaires de Antoine Fuqua

Quand Fuqua remet le western au goût du jour

Affiches Les 7 mercenaires
Affiche de Les 7 Mercenaires de Antoine Fuqua (2016)

L’industriel Bartholomew Bogue règne en maître sur la petite ville de Rose Creek. Pour mettre fin au despotisme de l’homme d’affaires, les habitants, désespérés, engagent sept hors-la-loi, chasseurs de primes, joueurs et tueurs à gages – Sam Chisolm, Josh Farraday, Goodnight Robicheaux, Jack Horne, Billy Rocks, Vasquez, et Red Harvest. Alors qu’ils se préparent pour ce qui s’annonce comme une confrontation sans pitié, ces sept mercenaires prennent conscience qu’ils se battent pour bien autre chose que l’argent…

Certes, on est dans une époque où Hollywood aime faire des remakes de classiques mais, à partir du moment où ces mêmes classiques sont déjà des remakes, l’argument tient difficilement. Certains ont tendance à trop vite l’oublier, Les 7 Mercenaires de John Sturges est le remake (non officiel mais c’est très inspiré) du cultissime Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa. Antoine Fuqua tente avec cette nouvelle version, de la rafraîchir un peu. Et, bien que tout ne soit pas parfait, Les 7 Mercenaires réussi là où Ben Hur version 2016 échoue lamentablement, ce qui est déjà une différence énorme.

Le scénario ne comporte aucune surprise. Le remake est assuré et l’histoire est donc la même. Des villageois en détresse, des hors-la-loi, un méchant, une petite ville et le compte est bon. Le scénario est même plus léger que celui de l’original puisqu’il y a moins de péripéties. Le film dure pourtant 2h15. Pas d’inquiétudes, ça passe très vite car Antoine Fuqua sait y faire. S’il n’a pas le talent de grands metteurs en scène, on peut tout de même dire, un peu péjorativement, que c’est un très bon faiseur. Fuqua sait mettre en scène, il sait insuffler du dynamisme, il sait cadrer, sait où placer sa caméra, sait utiliser et gérer l’espace qu’il a à sa disposition. Il le fait bien mieux que beaucoup d’autres et c’est en cela que ses films ne sont jamais (ou rarement) vraiment désagréables à regarder. C’est l’une des différences majeures que le film a avec Ben Hur version 2016 où, mises à part l’une ou l’autre scène réussie, le spectateur ne prenait pas de plaisir. Avec Les 7 Mercenaires, pas de problème, tout le monde sera régalé.

Fuqua essaie de respecter au mieux le genre. Il n’hésite pas à filmer en grand angle et ne met pas les stars en avant en permanence. Les scènes d’action sont le principal intérêt du métrage. Il l’avait déjà montré, principalement dans son avant-dernier film, The Equalizer, il sait y faire et trouvera toujours des idées pour dynamiter le film. Les morts redoublent d’ingéniosité et sont nombreuses. Heureusement, il y a suffisamment de diversité dans l’exécution de celles-ci que pour ne pas lasser et, mieux encore, donner du plaisir au spectateur. Son sens du rythme est indéniable et, Les 7 Mercenaires en est une nouvelle preuve. Ses collaborateurs lui sont fidèles, Mauro Fiore à la photo et John Refoua au montage qui, tous deux, font du très bon travail, mention spéciale à Refoua. Celui qui déçoit malheureusement, c’est James Horner qui signe ici son dernier film. Il avait écrit les partitions sur lecture du scénario et c’est Simon Franglen qui s’est chargé d’adapter tout ça au film suite au décès d’Horner. Les thèmes du film original sont trop évidents et Horner aurait sans doute plus du s’en libérer.

Extrait de Les 7 mercenaires
Extrait de Les 7 Mercenaires de Antoine Fuqua (2016)

Les soucis, qui ne gâchent en rien le plaisir que l’on peut prendre devant le film, proviennent des personnages. Bien que cela était prévisible pour ne pas dire attendu, ils sont beaucoup trop peu, pour ne pas dire pas du tout, développés. Même les personnages principaux. Il y a bien l’une ou l’autre tentative de leur donner un peu d’épaisseur mais, c’est tellement vain que ça ne change rien. Et, toujours concernant les personnages, on trouve une autre différence majeure avec le film original, l’importance donnée à tel ou tel personnage. Dans le film de John Sturges, ils sont tous mis en avant de façon équilibrée et ce alors que certains acteurs étaient déjà très connus. Steve McQueen n’était pas encore une star du cinéma mais c’était une star de la télé et, en ça, il était au même niveau que ses partenaires de jeu. Ici, il faut croire que s’appeler Denzel Washington ou Chris Pratt c’est quand même mieux que Manuel Garcia-Rulfo, Martin Sensmeier ou Byung-hun Lee. Tout le monde n’est malheureusement pas égal et c’est dommage.

Reste que le casting est tout de même sympathique bien qu’ayant beaucoup moins de charisme que James Coburn et autres Charles Bronson. Denzel Washington est fidèle à lui-même, Vincent D’Onofrio est succulent, Ethan Hawke est toujours impeccable, Manuel Garcia-Rulfo, Martin Sensmeier et Byung-hun Lee sont d’excellentes surprises, Haley Bennett (qui était déjà présente dans The Equalizer, était plus tôt cette année dans Hardcore Henry et sera dans La Fille du Train et le très attendu Weightless de Terrence Malick) tient tête à ses partenaires masculins et Peter Sarsgaard, le regard livide, est un méchant convaincant. Et Chris Pratt dans tout ça ? Il fait du Chris Pratt avec ses blagues plus ou moins (plutôt moins) bien senties. Rien de vraiment exécrable mais rien de réellement attrayant non plus. Bref, une performance en demi teinte à l’image de ce que le comédien fait habituellement. A noter que, l’époque obligeant, la checklist ethnique a été respectée : il y a le noir, le chinois, l’amérindien, la femme, les blancs,… Ca ne gêne évidemment pas mais bon, on ne peut s’empêcher de sourire en voyant ça.

Il n’empêche que Les 7 Mercenaires n’est pas la catastrophe qui était à craindre. C’est un divertissement tout ce qu’il y a de plus correct dans lequel Antoine Fuqua donne tout ce qu’il a. C’est un réalisateur généreux qui n’en fait pas des caisses et parvient à se démarquer de la masse. Et quand c’est généreux comme ça, on ne peut qu’apprécier et profiter malgré ses maladresses scénaristiques et son traitement des personnages. On en redemanderait presque une petite dose.