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Critique : A Ghost Story de David Lowery

Mélancolie post Mortem

C et M vivent dans une petite maison, légèrement vieillotte, qui craque un peu, en campagne quelque part aux Etats-Unis. Il y a de la douceur dans leur couple, de la tendresse dans leurs échanges, des désaccords et des fausses notes, mais une harmonie certaine dans leur vie. Un jour, C décède dans un accident de voiture et revient hanter leur maison et leurs souvenirs.

Sundance, Disney, Sundance, le parcours de David Lowery pourrait (à première vue) dénoter une certaine incohérence. Des Amants du Texas à Peter et Eliott le Dragon pour revenir au cinéma indé… c’est tout de même un drôle de yoyo cinématographique… et pourtant pas tant que ça.

Il est chose courante pour un « petit » réalisateur, d’être contacté par des gros studios pour réalisé un blockbuster avec la fougue de la jeunesse et un cachet suffisamment conséquent pour qu’il reste docile face aux exigences des studios (exemple récent de Taika Waititi que Disney/Marvel est allé chercher pour Thor : Ragnarok, après qu’il ait réalisé What we do in the Shadow & Hunt for the Wilder People). L’adaptation de Peter et Eliott le Dragon était un petit bijou, parfaitement réalisé, et une direction d’acteurs toutes en subtilité qui prouvait bien une chose : David Lowery n’a pas oublié d’où il venait et on ne changerait pas son style avec un budget.

Mais qu’en est-il de ce retour aux sources ? De cette étrangeté filmique qu’est A Ghost Story qui a fait l’ouverture du PIFFF ?

Tant de talent, tant de douceur, tant de mélancolie. Le film nous amène avec lui dans une réflexion sur le deuil mais pas seulement au travers du regard de la personne qui reste, mais bien via le prisme de douleur de la personne qui part. Pour mettre en images ce parti pris narratif, David Lowery n’hésite pas à se lancer dans quelque chose qui est souvent risqué et même « casse-gueule » : le film à concept.

Ne serait ce que formellement A Ghost Story est tout un concept en soi : format carré en 1.33:1, un grain d’image très marqué… mais encore une fois, tout cela va de pair avec la démarche et la sémantique profonde du long-métrage. Le réalisateur justifie, logiquement, ce format étriqué par, la mise à l’écran de la claustrophobie ce personnage piégé pour l’éternité (sous un drap qui plus est)

Il faut reconnaitre que placer un drap sur Casey Affleck pendant les 3/4 du film, c’est sacrément osé. Après qu’il ait reçu un oscar pour sa performance dans le sublime Manchester By The Sea, David Lowery recouvre le visage de l’une de ses deux têtes d’affiche. Visuellement ça fonctionne à 100%, l’image naive du fantôme, cette dépersonnalisation physique couplée à cette représentation malgré tout assez enfantine du fantôme, eh bien cela à du sens, et surtout il a su l’exploiter.

Le film est, depuis sa récompense au festival de Deauville, souvent comparé à du Terrence Malick, ce qui est un parallèle à la fois pertinent et réducteur pour David Lowery. Nous pouvons rapprocher les deux réalisateurs sur l’exploitation du temps et la mise en images de questions ésotériques et métaphysiques. Malgré sa filmographie encore toute jeune, David Lowery montre déjà avec A Ghost Story qu’il est un auteur complet et authentique, capable de jouer avec le feu sans se brûler, bien au contraire, il l’apprivoise et nous éclaire de sa lumière.

In Fine, A Ghost Story est l’un des films majeurs de cette année 2017. Un film de fantôme sérieux et indé, cela ne court pas le paysage cinématographique de cette dernière décennie. C’est à la fois une très bonne chose pour le cinéma de genre qui va montrer une toute autre de ses facettes à un public peut être réticent, mais surtout… offrir un pur moment de cinéma à tous ceux qui sauront s’ouvrir à ce conte atypique et magnifique.