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Critique : A Quiet Place (Sans un bruit) de John Krasinski

Welcome darkness my old friend

Une famille tente de survivre sous la menace de mystérieuses créatures qui attaquent au moindre bruit. S’ils vous entendent, il est déjà trop tard.

Attention, voici la nouvelle pépite du cinéma d’horreur américain. Enfin, d’horreur, sans doute pas tellement mais on y reviendra. Cependant, on a clairement affaire à un tour de force de la part de John Krasinski qui signe une œuvre dont on parlera encore d’ici de nombreuses années.

Très honnêtement, qui soupçonnait que John Krasinski était capable de réaliser par film ? Probablement pas grand monde. Certes, c’est un comédien reconnu, principalement pour son rôle dans la série The Office. On l’a également vu dans 13 Hours de Michael Bay mais, on ne peut tout de même pas dire que c’est un comédien marquant du cinéma américain. Et puis arriva A Quiet Place. Il faut faire attention aux qualificatifs mais, l’expression tour de force n’est sûrement pas usurpée. Car c’est de ça qu’il s’agit !

A Quiet Place est un film concept. Comme l’indique le titre il est question de bruit, ou plutôt, d’absence de bruit. Les créatures de ce monde post-apocalyptique, qui sont aveugles, n’attaquent que lorsqu’il y a du bruit. Par conséquent, les humains se doivent d’être silencieux, en toutes circonstances. Pour retranscrire l’ambiance du mieux possible afin de pouvoir s’identifier aux personnes et ce qu’ils vivent du mieux possible, il fallait que la mise en scène puisse faire ressentir tout cela. C’est comme cela que l’on arrive avec un film qui est fidèle à l’environnement qu’il décrit. Si ce ne sont que le vent, des bruits de pas et petits bruits de la vie quotidienne, il n’y a pas grand chose d’autre comme son à l’écran. Enfin, forcément, il y a d’autres bruits sinon le film n’aurait guère d’intérêt mais, dans l’ensemble, c’est très calme voire silencieux.

Cela confère à l’expérience cinématographique un goût relativement inédit carrément jouissif pour autant que le public joue le jeu. En effet, l’atmosphère de la salle est importante pour vivre le film pleinement. Cela permet de vivre un film différemment, de manière plus sensorielle que la normale. Au vu du résultat, on ne peut que saluer le travail effectué sur le son, l’environnement sonore, les dialogues (car il y en a) et le montage qui rend le tout divinement bien. La mise en scène anxiogène de Krasinski est également une belle surprise. Il se met complètement au service du récit et n’use pas d’effets tape-à-l’œil inutiles. Quelques jumps scare sont présents mais ils ne sont pas la seule source de peur. L’univers en tant que tel plus l’utilisation du son et, surtout, du silence, contribuent déjà en grande partie à ces effets.

Ce qui est génial aussi, c’est de voir les astuces qu’ont trouvé les humains pour s’adapter à cette nouvelle situation. Afin de ne pas faire trop de bruit, il a fallu adapter l’environnement, les maisons, trouver également des moyens de prévenir les autres en cas d’attaque. Par conséquent, si l’utilisation et la gestion du son sont primordiales, tout l’aspect visuel du film l’est tout autant. L’une des enfants de la famille (incarnée par Millicent Simmonds) est sourde ce qui fait que chacun a dû apprendre la langue des signes. Cela aide au niveau de la narration et du visuel puisque les personnages communiquent quasiment exclusivement via les gestes. L’univers imaginé, avec ses dangers différents du nôtre, est véritablement intéressant et une seconde vision du film permettrait certainement de déceler de nouvelles choses, preuve de la richesse dont l’univers fait preuve.

Le casting est évidemment l’une des autres raisons de la réussite du film, John Krasinski en tête. Avec son épouse Emily Blunt, ils tiennent la tête d’affiche du film. Mais ce ne sont pas les seuls comédiens dont le travail est à souligner puisqu’il faut aussi compter sur, comme mentionné plus haut, Millicent Simmonds ainsi que Noah Jupe dans le rôle de son petit frère. La première fut la révélation de Wonderstruck et confirme tout le bien qu’on a pu penser d’elle tandis que le second, qu’on a pu apercevoir entre autres dans Wonder, montre une palette de jeu pas dénuée d’intérêt. En ce qui concerne John Krasinski et Emily Blunt, leur complicité fonctionne parfaitement (ça aide d’être en couple à l’écran comme à la vie) et ils font tous deux preuve d’une énergie et intensité rare.

A Quiet Place est un succès sur toute la ligne. C’est surprenant, ingénieux, riche, habile, effrayant, extrêmement bien mis en scène, bien pensé, original, bien interprété et très intense. Le casting est une somme de talents qui vient sublimer tout le travail scénaristique, de mise en scène, photographie et autres. C’est évident que John Krasinski frappe fort avec cette œuvre et montre d’ores et déjà qu’il est un réalisateur à suivre. Autant dire que son prochain projet en tant que metteur en scène sera très attendu !