Critiques de films, Espionnage

Critique : Alliés de Robert Zemeckis

Changement de ton

Affiche de Alliés de Robert Zemeckis (2016)
Affiche de Alliés de Robert Zemeckis (2016)

Casablanca 1942.  Au service du contre-espionnage allié, l’agent Max Vatan rencontre la résistante française Marianne Beauséjour lors d’une mission à haut risque. C’est le début d’une relation passionnée. Ils se marient et entament une nouvelle vie à Londres. Quelques mois plus tard, Max est informé par les services secrets britanniques que Marianne pourrait être une espionne allemande. Il a 72 heures pour découvrir la vérité sur celle qu’il aime.

La première décennie de ce millénaire fut consacrée au cinéma d’animation pour celui à qui l’on doit la trilogie culte de Retour vers le Futur. Depuis quatre ans maintenant, Zemeckis est revenu au cinéma de fiction live. Ses « débuts » furent laborieux avec Flight puis ça s’est considérablement amélioré avec The Walk l’an dernier. Un plus tard, ce qui est une durée courte pour « Bob », il est déjà de retour avec Alliés, une fresque d’espionnage sur fond de Seconde Guerre Mondiale. Il n’y a aucun doute là-dessus, Zemeckis est revenu à un haut niveau de qualité.

Si vous avez lu le synopsis, vous en savez déjà beaucoup sur l’histoire. Si vous ne l’avez pas lu, ne le lisez pas, il en dit beaucoup trop. C’est à se demander pourquoi les productions font des synopsis pareils… Alliés, c’est une histoire d’espionnage. Deux espions, un canadien et une française, ont une mission commune à Casablanca. Les 45 premières minutes sont consacrées à cette mission tandis que la dernière heure, après une petite transition, montre la vie après la mission et certaines des conséquences. Dans cet univers, les apparences sont forcément trompeuses. C’est une des grandes idées du film. Cette construction en deux parties est très intéressante parce qu’elle permet de jongler entre plusieurs style. La mission à Casablanca est du film d’espionnage un peu musclé puisqu’il comporte ses séquences d’action. Cela a évidemment un impact sur la mise en scène, point abordé dans les paragraphes suivants. La dernière partie est de l’espionnage plus « calme », un peu à la John Le Carré. Cette alternance apporte une certaine dynamique bénéfique à l’œuvre.

Extrait de Alliés de Robert Zemeckis (2016)
Extrait de Alliés de Robert Zemeckis (2016)

Pour qu’un tel film fonctionne, il fallait évidemment des personnages solides. Le héros Max Vatan, qui apparaît dans le film lors d’une très jolie scène, est un espion canadien tandis que Marianne Beauséjour est l’espionne française. Le spectateur découvre les personnages au même rythme que qu’eux-mêmes apprennent à se connaître. Il n’y a donc pas d’informations balancées à la figure des spectateurs. Tout est intelligemment et naturellement distillé dans la première partie. Ils sont intrépides mais réfléchis et ont l’aboutissement de la mission comme objectif premier. Il faut qu’ils soient crédibles tout en ne se laissant pas dicter par ses sentiments. Bien qu’il y ait logiquement un aspect mélo au film, le brillant Steven Knight, réalisateur de Locke et scénariste d’autant de films géniaux que moins bons, parvient à garder une certaine mesure afin de ne pas tomber dans la caricature et l’excès.

Evidemment, quand il s’agit de reconstituer une période particulière de l’Histoire, il faut que le département artistique soit à la hauteur. Dans ce cas ci, il n’y a pas grand chose à reprocher. Que ce soit les décors ou les costumes, le résultat est très impressionnant. La qualité est d’un niveau trop rarement vu au cinéma. Il fallait également que la mise en scène de Zemeckis réponde aux attentes. On ne met pas en scène un film d’espionnage de la même manière qu’une comédie ou autre. Zemeckis donne beaucoup de mouvements à sa caméra. Il joue avec les éléments de décors pour cadrer et parvient sans peine à plonger son récit dans une atmosphère idéale. La légèreté, voire le lyrisme, est parfois de mise comme dans cette séquence de voiture au milieu du désert. Enfin, c’est impossible de parler d’un film de Bob Zemeckis sans parler de son fidèle acolyte Alan Silvestri, l’homme à qui on doit toutes les musiques. Il signe une partition qui accompagne admirablement le film. Il évite d’en faire de trop alors que l’histoire et le contexte auraient pu le justifier.

Extrait de Alliés de Robert Zemeckis (2016)
Extrait de Alliés de Robert Zemeckis (2016)

Last but not least, il y a Brad Pitt et Marion Cotillard qui font de l’excellent travail. Première chose à souligner, Cotillard parle un anglais tout à fait correct ce qui évite le cliché de la française à l’accent infâme. C’est tellement rare dans un film anglo-saxon que c’est bien de le signaler. Dans le même ordre d’idée, le français de Brad Pitt est généralement compréhensible. Pitt et Cotillard sont de tous les plans ou presque. Le fait que leur duo était une des conditions essentielles pour que le résultat soit là. Au final, il n’y a pas d’inquiétude à avoir, l’alchimie est bien là. Le talent des deux comédiens est immense et, quand ils sont épaulés de seconds rôles tous aussi talentueux, c’est encore mieux. On peut compter sur la présence de Lizzy Caplan, August Diehl, Jarred Harris, Simon McBurney, Thierry Frémont ou encore Matthew Goode. Il y a aussi quelques surprises comme Camille Cottin qu’on n’attendait pas vraiment dans un film de Zemeckis.

Depuis qu’il s’est remis aux films live-action, Robert Zemeckis ne fait que se bonifier. Il lui a fallu un peu de temps pour être véritablement à un haut niveau mais il y est parvenu. Alliés est probablement l’un des plus beaux films d’espionnage, avec une touche mélo-dramatique, que l’on ait vu depuis un petit temps. La technique est impressionnante, Zemeckis est inspiré dans sa mise en scène et le casting est aux petits oignons. Bref, c’est une très belle réussite de la part de Zemeckis que l’on aimerait voir poursuivre dans cette voie là.