Comédie, Critiques de films, Drame

Critique : Another Happy Day, de Sam Levinson

Fils de Barry, réalisateur oscarisé de Rain Man, Sam Levinson, signe son premier long-métrage avec cette comédie sur une famille déchirée aux caractères bien trempés, qui se réunit lors d’un mariage pour donner lieu à un lachage de fauves. Plaisant !

 

 

Affiche du film Another Happy Day, de Sam Levinson
Affiche du film Another Happy Day, de Sam Levinson

 

 

Lynn débarque chez ses parents pour le mariage de son fils aîné, Dylan. Elle est accompagnée de ses deux plus jeunes fils, Ben et Elliot. La propension de ce dernier à mélanger alcool, drogues et médicaments ne le prive pas d’une certaine lucidité sur la joie des réunions de famille.
Et la réunion, de fait, est joyeuse : grands-parents réac, tantes médisantes, cousins irrémédiablement beauf. Sans compter le premier mari de Lynn qui arrive flanqué de sa nouvelle femme tyrannique. Chaque matin annonce décidément un nouveau jour de bonheur. Une comédie sur des adultes en guerre, des ados en crise et le mariage qui les rassemble tous… pour meilleur et pour le pire.

 

Another Happy Day a remporté un peu par surprise le Prix du meilleur scénario au festival du film indépendant de Sundance en 2011. Pourquoi par surprise ? Deux raisons à cela. D’une part, le fait que l’équipe n’était pas au courant de la sélection du film puisque c’est un producteur (non crédité au générique) qui a envoyé une copie au festival. La seconde, c’est qu’une fois récompensé, on se rend compte que le scénario est loin d’être le fort travaillé de Sam Levinson. En effet, le jeune réalisateur hérite de l’amour du cinéma transmis par son père, et ne voit sa vie que dévouée à cet art. Son premier film est une sorte de laboratoire, où le scénario se distingue avec une forte tendance au fouillis. Ezra Miller (la réelle vedette du film, aux dépends d’Ellen Barkin) résume d’ailleurs bien l’état d’esprit du film : « j’ai eu le script entre les mains, j’ai rien compris, mais ça m’a donné envie de faire ce film ». Le jeune Sam Levinson se distingue déjà : il veut de l’acteur fort en gueule (d’où sa rencontre magique avec Ezra) pour une histoire décalée avec un regard sur la famille différent, sans concession et sans larmoyant trop facile. Il faut croire que sur le papier, le pathos ambiant est déjà bien présent. La chronique familiale tourne autour de Lynn, une mère en totale dépression, dont aucun enfant n’a suivi le « chemin parfait ». Seul celui qui se marie –mais qu’elle n’a pas élevé- est resté sur le bon chemin, en passe de se marier. Sa fille est une dépressive scarifiée et n’arrive toujours pas à s’en remettre, son aîné Elliot compte à 17 ans, quatre cures à son actif, alors que son petit dernier, aussi intelligent soit-il est atteint d’un début de syndrôme d’Asperger. Ajoutez à cela que Lynn est en train de voir son ex-mari s’encroûter avec une belle femme tyrannique (une ravissante Demi Moore). La totale. Mais au lieu de jouer l’apitoiement et de susciter la compassion, Sam Levinson va mettre le rire comme exutoire et se servir des vérités assénées pour faire imploser cette famille, dans le bon sens du terme.

 

Extrait du film Another Happy Day (2012)
Extrait du film Another Happy Day (2012)

 

 

La réelle force du film réside dans la performance d’Ezra Miller et cette faculté du jeune acteur à briller, à illuminer chacune de ses apparitions dans le film. Il a le personnage parfait en même temps, celui d’un ado torturé qui garde un mauvais souvenir de ses cures mais qui n’arrive pas à faire le deuil d’une enfance ratée et d’une addiction loin d’être terminée. Pour autant, avec son regard plein de lucidité et ses réflexions sans concession, il nous sert sur un plateau tous les problèmes de cette famille. Il excelle dans les situations de crises, balance sur sa famille sans vergogne, et ose affronter sa mère sans peur. Pourtant, Sam Levinson filme un personnage touchant et attachant en même temps, et dont la relation avec sa mère étonne tant elle est paradoxale, violente et douce. Il est clairement le personnage numéro un et 75% du film repose sur sa faculté à dire les choses clairement, avec un ton mélangeant l’humour cynique, le dramatique et le réalisme. Ezra Miller, révélé en adolescent terrible dans We need to talk about Kevin, brille une nouvelle fois dans un casting un peu plus fourni. Sans aucune formation théâtrale ou d’acteur, il dégage une sincérité absolument pertinente. Et ce n’est pas Ellen Barkin, plus agaçante en chien battu (pleure, crie, crie en pleurant…), qui pourra dire le contraire. Si l’actrice n’est pas convaincante, son personnage l’est, et finalement ce scénario qui semblait un si gros défaut lors de la première demi-heure, s’éclaircit petit à petit et laisse découvrir le personnage torturé et emprisonné qu’elle est.

 

L’avis : Au final, cette comédie chorale enchante et touche, aussi impertinente dans son humour, que réaliste dans son dramatique, malgré quelques longueurs récurrentes et un début de film lent à se mettre en place.