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Critique : Au Revoir Là-Haut d’Albert Dupontel

Il était une fois en France

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire…

Pour la première fois, le réalisateur déjanté Albert Dupontel adapte une roman avec le prix Goncourt 2013 : Au Revoir La-Haut de Pierre Lemaitre.

Après une ouverture virtuose dans les tranchées de 14-18, le personnage de Dupontel raconte son histoire dans la France de l’entre-deux guerres. L’interprète de Bernie joue ici à merveille un comptable issue des classes populaires qui va devoir se mêler à la bourgeoisie parisienne pour organiser une arnaque, l’influence de Chaplin est chez Dupontel encore une fois très présente notamment grâce à son interprétation à la fois burlesque et émouvante !

Pour lui donner la réplique, Laurent Laffite (de la Comédie Française) livre une interprétation impérial dans le rôle d’un lieutenant sadique en temps de guerre et véritable escroc dans la vie civile sans compter une belle pléiade d’acteurs comme Emilie Dequenne, Niels Arestrup ou encore le jeune Nahuel Pérez Biscayart. Un des grands atouts du film de Dupontel est sans aucun doute son casting.

A travers cette structure de la « petite histoire dans la grande histoire » parfaitement maîtrisé grâce aà un montage qui ne fait que très peu d’aller-retour entre les deux époques, le réalisateur peint le portrait d’hommes brisés au sens propre comme au sens figuré en quête de justice et d’amour… Le réalisateur d’ Enfermés Dehors se permet aussi quelques hommages visuels assez géniaux à Il était une fois dans l’ouest notamment dans sa représentation des victimes oubliées de cette période comme les tirailleurs sénégalais ou les travailleurs chinois tout en parvenant à conserver un registre comique.

Pour reconstituer le Paris de l’époque et l’univers des tranchées, le cinéaste a tourné principalement en studio tout en donnant à son image un côté granuleux et des couleurs très vives pour l’aspect fantaisiste, là encore le film est une vrai prouesse technique qui on l’espère sera distinguée aux prochains Césars…

Habitué à des petites comédies underground tournées avec deux francs-six-sous, le défi pour Dupontel était de réussir à faire un grand film d’époque authentique tout en y apportant sa touche de fantaisie et de burlesque… Au bout de deux heures on peut dire que le pari est réussi grâce à sa narration maîtrisée, ses thématiques, sa sublime photo et ses acteurs exceptionnels !

En plus de réussir son pari de cinéaste, Dupontel livre au spectateur un grand film d’époque touchant et fantaisiste… Un des coups de coeur de cette fin d’année !