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Critique : Battle of the Sexes de Valerie Faris et Jonathan Dayton

Homme vs femme

1972, la championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s’engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C’est alors que l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l’affronter en match simple…

Après leur pépite Little Miss Sunshine puis le pétillant Ruby Sparks, le duo composé de Valerie Faris et Jonathan Dayton se retrouve pour un nouveau sujet croustillant et plein de promesses. Il est question du match qui s’est vu affronter Bobby Riggs, tennisman à la retraite contre Billy Jean King, une des stars du tennis féminin de l’époque. Riggs était un gros macho, convaincu de la supériorité de l’homme face à la femme, qui devrait se contenter de rester dans la cuisine et faire le ménage.

Le sujet est encore brûlant d’actualité. En ce début de 21ème siècle, la question de l’égalité n’est certainement pas réglée. Alors, dans les années 70, où les mœurs et la façon de penser étaient différents, autant dire que les conditions étaient toutes autres. C’est l’époque de la création de la WTA, l’équivalent féminin de l’ATP, ce qui avait déjà fait grand bruit. Plusieurs hautes instances tennistiques ne voyaient d’ailleurs pas cela d’un bon œil. Le remue-ménage créé par Riggs avec son match d’exhibition le mettant en scène contre une joueuse de tennis ne fut qu’une étape supplémentaire dont l’issue sera importante, on s’en doute.

Battle of the Sexes est le genre de film qui ne surprend guère dans le sens où, même si on ne connaît pas l’histoire réelle, on sait déjà comment cela va se terminer. Mais dans certains cas, dont celui-ci, cela importe peu. Ce qui compte, c’est de voir comment les événement se sont enchainés et développés. C’est de voir quel était le contexte de l’époque et voir la tournure qu’a pris ce combat pour l’égalité entre hommes et femmes.

Doté de beaucoup d’humour, comme toujours avec Faris et Dayton, le métrage surprend par son ton, aux antipodes de l’autre film tennistique du moment, Borg/McEnroe, une autre réussite dans son genre. Le sujet est important, les enjeux le sont tout autant mais cela n’empêche pas d’y mettre de la légèreté. Cela est dû notamment au personnage de Riggs, très atypique. C’est quelqu’un de loufoque, qui n’a pas toujours le sens des réalités. Confier ce rôle à Steve Carell, inoubliable dans Little Miss Sunshine, était une idée qui coulait de source. On peut même dire que c’était une évidence. L’acteur américain fait ce qu’on l’a déjà vu faire de nombreuses fois mais, cela cadre tellement bien avec l’esprit du film et, il le fait tellement bien qu’une fois encore, on ne peut que prendre du plaisir devant sa prestation.

Le reste du casting n’est pas en reste. Le rôle principal revient à Emma Stone, dans un rôle tout autre que celui de La La Land. Ici, elle incarne une joueuse volontaire mais, plus timide, plus réservée. Son image publique est très importante. Cela permet à Stone de mettre beaucoup de nuances dans son jeu. Concernant les seconds rôles, on retrouve des géniales Andrea Riseborough et Sarah Silverman, un super duo formé d’Alan Cumming et Fred Armisen, une super Elisabeth Shue et un Bill Pullman au regard toujours aussi puissant.

Battle of the Sexes, c’est un sujet difficile traité de façon relativement classique qui prend son envol grâce à ses personnages, ses comédiens et son ton. Le duo Faris/Dayton fait encore du très bon travail, différent de leurs précédents films bien qu’on y retrouve des similitudes évidentes.