Critiques de films

Critique : Beauty (Skoonheid), d’Oliver Hermanus

Après Kaboom, c’est au tour de Beauty de rafler la Queer Palm à Cannes alors qu’il était présenté dans la sélection Un certain regard, une première pour un film en Afrikaans.

 

Affiche du film Beauty d'Oliver Hermanus
Affiche du film Beauty d'Oliver Hermanus

 

François se déteste. Convaincu que sa vie est gâchée, il est pris de court quand une rencontre fortuite bouleverse son existence propre et rangée. Christian, 23 ans, est le fils d’un vieil ami. De l’avis de tous, il est l’incarnation parfaite du beau jeune homme dans la fleur de l’âge. François s’en trouve secrètement désarmé, consumé par une passion dévorante et une convoitise malvenue. S’étant toujours appliqué à se complaire dans le dégoût de lui-même, le voilà qui laisse sortir des émotions contenues depuis toujours, tentant désespérément d’obtenir de la vie ce qu’il a toujours désiré : le bonheur.

 

Voici que le second film d’Oliver Hermanus (après l’inconnu Shirley Adams en 2009) débarque à Cannes d’une façon silencieuse que son film ne l’est. L’histoire est suffisamment convaincante pour faire l’effort d’aller se traîner dans une salle obscure pour admirer le travail effectué. D’autant que Beauty – sans que l’on connaisse encore le résultat final – est déjà historique de part sa présence et le fait qu’il soit en Afrikaans. Dans son speech, Beauty veut nous raconter la frustration déprimante de François, l’archétype d’une minorité silencieuse. D’un point de vue social, il est un ennemi isolé, blanc, parlait l’Afrikaans et résidant dans la capitale bâtie par les colons. La preuve en est lorsque François est filmé dans l’entreprise qu’il dirige, seul dans son bureau, sans aucun lien avec ses employés. Dans une Afrique de Sud post-Apartheid, Beauty pointe du doigt le racisme insidieux, mais n’en fait pas un sujet primaire. Il l’évoque, sans l’exploiter en profondeur. Il nous manque donc un côté viscéral, une véritable dénonciation. Loin d’être captivant dans les dialogues, Oliver Hermanus tente de se rattraper sur des thématiques plus intimistes et moins commodes encore. Ainsi, son film parle d’homosexualité refoulée et cachée. François vit emmuré dans son mensonge et ne peut exprimer ses émotions. Il devient un voyeur et l’action s’intensifie uniquement dans quelques rares scènes, dont une de viol très ambigüe.

 

Extrait du film Beauty (2011)
Extrait du film Beauty (2011)

 

Beauty plonge son spectateur dans l’antipathie et une moiteur ambiante. Impossible de s’attacher aux personnages, tant les émotions sont difficiles à percevoir. Ce qu’on pourra penser du film ne peut se faire que grâce à la perception du spectateur. Il est le seul à pouvoir rendre ce film crédible. Beauty joue trop sur les non-dits pour nous emmener dans une histoire captivante. A force de trop abuser des plans sur les regards, du champ-contrechamp ou encore sur des silences, Beauty nous plonge dans un ennui profond. A croire que certains pourraient être victime d’une asthénie nerveuse, tant ce film est morose à en devenir agaçant.

 

L’avis : Film sans rythme basé sur les non-dits, Beauty ne captive pas une seconde malgré des thématiques qui sur le papier pouvaient sembler reluisantes. Une erreur de parcours espérons-le.  

 

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