Critiques de films, Drame, Romance, Thriller

Critique : Bellflower, d’Evan Glodell

Etre indé au cinéma, c’est hype. Etre indé et le faire bien, c’est encore autre chose. Ainsi, le film Bellflower est hors catégorie, parce que c’est du beau cinéma indé comme on en croise rarement. Chronique.

 

Affiche du film Bellflower, d'Evan Glodell
Affiche du film Bellflower, d'Evan Glodell

 

 

Woodrow et Aiden, deux amis un peu perdus et qui ne croient plus en rien, concentrent leur énergie à la confection d’un lance-flammes et d’une voiture de guerre, qu’ils nomment « la Medusa ». Ils sont persuadés que l’apocalypse est proche, et s’arment pour réaliser leur fantasme de domination d’un monde en ruine. Jusqu’à ce que Woodrow rencontre une fille… Ce qui va changer le cours de leur histoire, pour le meilleur et pour le pire.

 

 

Depuis Sundance 2011, Bellflower s’est ouvert une voie royale. Et comment ! Le premier long-métrage d’un type totalement investi dans son projet, au point de se mettre à sec et d’en être scénariste, producteur, monteur et interprète, ça ne peut que se féciliter. Et cela fonctionne encore mieux lorsque ce long métrage en question vous scotche d’une manière presque indescriptible. Du beau cinéma, fait avec le cœur et un talent mesuré, un film déroutant, agressif, mais en tout point passionnant.

 

Dans une première partie sobre et plutôt lente, le spectateur fait connaissance avec les deux personnages principaux que sont Woodrow (Evan Glodell) et Aiden (Tyler Dawson), meilleurs amis. Dans leur monde à eux, ils se préparent à l’apocalypse, et renforcé par une muscle-car qui crache du feu, ils s’imaginent roi d’un no man’s land. Une utopie de geek peut-être, mais surtout l’histoire de deux passionnés. Dans cet imaginaire post-apocalyptique se glisse une autre passion, une romance qui va toucher Woodrow, ce personnage timide et fonciérement attachant, en plein cœur. Une autre passion, qui va faire basculer l’histoire de ces deux amis dans un tout autre quotidien. Dans la première partie, tout va bien. Le spectateur vit avec le bonheur de ces deux tourtereaux, et derrière les dialogues apparemment basiques se dégage une véritable histoire rendue sincère en l’espace de quelques minutes. Le film navigue ainsi entre la légère intrusion SF, la  romance et même au road-movie lorsque Woodrow se paye un petit aller-retour dans un coin pommé du Texas avec sa nouvelle dulcinée (Rebekah Brandes). Et le tout avec une habilité sans faille, et presque aucune longueur même si le film évolue sur un faux-rythme. L’histoire captive avec trois fois rien.

 

 

Extrait du film Bellflower (2012)
Extrait du film Bellflower (2012)

 

 

La seconde partie est en revanche complétement différente. Plus rythmée et tourbillonnante, elle verse dans le thriller, avec quelques scènes de violences et une sorte de course-poursuite aussi physique que psychologique. Les personnages deviennent torturés, aussi bien par l’action que par les sentiments. Le spectateur en vient alors à se placer face à ces personnages alternent entre attirance et répulsion. Plus déroutant, parce que plus difficilement compréhensible aussi, cette seconde partie est pourtant clairement l’illustration d’un cinéma maîtrisé, où la notion de romance noire post-apocalyptique prend tout son sens. L’imagination des deux potes ne relèvent plus de l’impossible. Dans un monde qui ne semble pas bouger autour d’eux, leurs vies sont en train de tomber dans une véritable apocalypse, et la muscle-car Medusa reflète cette impossibilité technique à résoudre le problème. Bellflower déroule son pitch dans un esthétisme presque sulfureux, avec un rendu vieillot. Pour se faire, Evan Glodell a conçu sa propre caméra, la Coatwolf Model II (tout est expliqué sur le site fastcodesign). A cela rajoutons une BO rétro concoctée par Jonathan Keevil, entre les musiques additionnelles de Lykke Li ou Ratatat.

 

L’avis : Bellflower, une création originale et immersive, une relecture torturée et étonnante de l’apocalypse, quand des vies se brisent après s’être aimées. Une romance noire dans un film de genre puissant et déroutant, doté d’un budget ridicule (17 000 dollars) et une volonté de fer. Un film passionné sur des passionnés fait par des passionnés, c’est la recette du succès de Bellflower. Et il est loin de l’avoir voler.