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Critique : Bienvenue à Suburbicon de George Clooney

La folie de Clooney

Suburbicon est une paisible petite ville résidentielle aux maisons abordables et aux pelouses impeccablement entretenues, l’endroit parfait pour une vie de famille. Durant l’été 1959, tous les résidents semblent vivre leur rêve américain dans cette parcelle de paradis. Pourtant, sous cette apparente tranquillité, entre les murs de ces pavillons, se cache une réalité tout autre faite de mensonge, de trahison, de duperie et de violence… Bienvenue à Suburbicon.

Quand il ne fait pas la publicité pour une célèbre marque de café et qu’il ne joue pas pour les frères Coen et autres, George Clooney réalise. Depuis 2002 et la sortie de son premier long-métrage, Confessions d’un homme dangereux, George, a réalisé 6 autres films dont voici le petit dernier, Bienvenue à Suburbicon, plus communément appelé Suburbicon. Présenté à Venise en septembre dernier, le film met en scène un ami de longue date, Matt Damon, dans le rôle d’un père de famille habitant dans une banlieue typiquement américaine.

Suburbicon, c’est même plus qu’une banlieue. C’est la petite ville parfaite. Les maisons sont les mêmes, les habitants sont tous des blancs de classe moyenne. Mais un jour, de nouveaux voisins arrivent. Pas de chance, ce sont des noirs. C’est même un drame pour les habitants. Autre époque, autre mentalité… En fait, cette arrivée va, selon les habitants, tout bouleverser. Rien ne sera plus comme avant. Pour se débarrasser d’eux, les résidents vont camper devant la maison de la famille et faire du bruit en permanence, en journée comme la nuit.

Ce n’est pas le sujet principal du film, qui a une autre histoire mais, c’est présent en filigrane et montre, une fois encore, à quel point la société américaine est gangrénée par des problèmes de mentalité. Pendant tout le film, Clooney va montrer l’évolution de cette histoire qui, va servir de prétexte à un peu près tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi d’ailleurs.

Non, l’histoire principale de Suburbicon, c’est donc celle d’une famille dont la mère a été victime d’un accident de voiture et est depuis paraplégique. Le père a un bon poste dans une boite, le fiston a timide et n’a pas d’ami … sauf le petit garçon noir, leurs jardins étant mitoyens. Pour couronner le tout, la tante, la sœur de la mère, est tout le temps là. Un beau jour, après ce qui ressemble à un braquage, la mère décède, à cause d’une trop forte dose de chloroforme. A partir de ce moment là, tout va se compliquer.

Le récit est complètement absurde, ce qui n’est guère surprenant quand on voit qui l’a écrit. Ce sont Joel et Ethan Coen, metteurs en scène avec qui Clooney a tourné à plusieurs reprises, qui ont rédigé ce script que leur ami s’est chargé de tourner. La mort de la mère n’est peut-être pas due à un braquage qui a mal tourné. Les événements vont se déchainer autour de cette famille et Clooney s’amuse à filmer chacun de ces personnages, tous plus absurdes les uns que les autres. L’esprit des Coen est complètement là et Clooney s’est forcément inspiré de ses collaborations avec eux pour sa mise en scène. C’est moins incisif, moins percutant mais, avec une telle qualité d’écriture, l’exercice de style n’était pas un passage obligé. Clooney fait donc le job, en proposant toutefois de bonnes idées.

Le père de famille est incarné par un Matt Damon plus surprenant que jamais. Le personnage traverse des passages très difficiles mais cache aussi une autre personnalité ce qui donne l’occasion à Damon de s’éclater. On ne cite plus la géniale Julianne Moore qui, après Kingsman 2, aime décidémment les rôles de femmes barrées ou encore le trop rare Oscar Isaac qui propose une prestation inédite. La révélation s’appelle Noah Jupe, jeune comédien vu récemment dans la série The Night Manager ou encore dans le film HHhH. Jupe a le rôle principal, celui du fils. Il a beaucoup de charisme et on ne devrait pas tarder à le revoir sur grand écran tant il semble avoir du talent. Vu le ton choisi par Clooney, il était normal que les comédiens jouent avec un style proche du pastiche, de la caricature, parfois très appuyé. Cela cadre parfaitement avec ce que Clooney essaie de faire.

Dans l’ensemble, tout est assez bon. L’histoire est sympathique et se suit sans peine, les comédiens sont bons, Clooney fait un travail correct mais qui ne sort pas de l’ordinaire. Bref, ça fait le job. Mais. Il manque un petit quelque chose pour vraiment faire s’envoler le film. On ne prend pas de déplaisir, les vannes sont drôles mais il y a un goût de trop peu. Ce n’est pas assez percutant ni incisif. La faute à quoi ? Bref, Suburbicon, est une œuvre loin d’être honteuse mais, aussi tôt vue, presque aussitôt oubliée.