Critiques de films, Epouvante-horreur

Critique : Ça d’Andy Muschietti

Le film d’horreur de l’année?

Plusieurs disparitions d’enfants sont signalées dans la petite ville de Derry, dans le Maine. Au même moment, une bande d’adolescents doit affronter un clown maléfique et tueur, du nom de Pennywise, qui sévit depuis des siècles. Ils vont connaître leur plus grande terreur…

Un film d’horreur n’a pas forcément besoin d’être terrifiant pour être un bon film. C’est bien sûr un atout important — l’objectif initial du genre est, après tout, de provoquer la peur —, mais nombreux sont les films qui ont prouvé que la frayeur n’était pas une condition sine qua non de leur réussite. Ça, le dernier long-métrage d’Andy Muschietti, en est un bon exemple. Qu’il soit parvenu ou non à vous faire bondir de votre siège n’enlève rien à ses qualités intrinsèques  : c’est un film captivant et puissant, réalisé avec autant de soin que d’inventivité. C’est aussi une des meilleures adaptations d’un roman de Stephen King.

Le Ça que Muschietti nous propose est une version relativement fidèle de l’œuvre originale, quoique partielle. Pour ce premier volet, le réalisateur se concentre en effet sur les chapitres «  enfant  » du roman, réservant aux événements qui se dérouleront 27 ans plus tard un autre film. Malgré ce changement assez majeur (le parallélisme entre les deux époques était essentiel à la narration du livre), le film capture parfaitement l’esprit du roman, entre hymne nostalgique aux amitiés enfantines et portrait des multiples formes que peuvent prendre la terreur et le trauma.

Les enfants dont il est ici question sont au nombre de 7. Âgés d’une douzaine d’années, ils se font surnommer «  Les Losers  », une manière de se réapproprier la place qui leur est attribuée dans leur petite ville du Maine, Derry. Liés par une profonde amitié, les membres du groupe mènent des vies qui balancent entre jeux insouciants et épreuves traumatisantes. Certains ont des parents abusifs, d’autres vivent dans une maison endeuillée, ou supportent mal leur surpoids, et c’est le plus souvent à l’extérieur du cercle familial qu’ils trouvent une échappatoire, imparfaite, à leurs problèmes. Leur été est rythmé par des jeux, des courses à vélo et l’exploration des recoins méconnus de la ville. Leur répit n’a cependant qu’un temps, puisque la menace qui plane sur leur vie depuis toujours, une force invisible aux yeux des adultes et prompte aux infanticides, émerge. Ils l’appellent «  Ça  », mais sa forme favorite est celle du terrifiant clown Pennywise. Angoissante combinaison de comptines enfantines, d’impossibles contorsions, et d’une triple mâchoire, le clown est un monstre jubilatoire, une créature dont le déguisement devrait supposément faire de lui un être comique et puéril, mais dont les tours de passe-passe n’ont que deux objectifs  : terrifier et tuer.

Incarner un tel personnage n’est pas tâche facile. Il nécessite d’adopter un comportement loufoque, mais de ne pas tomber dans le ridicule, sous peine d’en faire une figure risible plutôt qu’effrayante. Fort heureusement, Bill Skarsgård s’avère être l’homme de la situation. Tout en explorant le personnage dans ses aspects les plus grotesques et désinhibés, il maintient un parfait contrôle de sa présence physique et vocale, et nous livre un Pennywise mémorable, et délicieusement cruel.

La réussite du personnage doit également beaucoup aux effets spéciaux qui lui sont attachés. Une bonne partie d’entre eux sont évidemment en images de synthèse, mais le film fait régulièrement usage d’effets plus «  pratiques  », des mouvements de caméra, des ruses de montage ou d’astuces de maquillage qui renforcent le sentiment que le clown et ses terribles tours sont des cauchemars devenus réalité. De manière générale, le long-métrage regorge de trouvailles pour mettre son monstre en scène, et faire de chacune de ses apparitions une spectaculaire démonstration de sadisme.

Le film puise bien évidemment dans la dense mythologie du livre, ce qui joue souvent à son avantage  : le monde de Ça foisonne de détails, sur la ville, sur son passé et sur ses personnages, et possède une texture qu’on ne retrouve que rarement dans le cinéma d’horreur. Certains éléments abordés trop rapidement risquent peut-être d’échapper aux spectateurs n’ayant pas lu le roman, mais cela ne devrait cependant pas gêner leur appréciation du film. Compte tenu de l’épaisseur du bouquin de King, Ça impressionne avant, condensant son récit sans jamais sacrifier l’efficacité de sa narration ou de son rythme. 

Le meilleur atout de Ça est peut-être son casting de jeunes têtes. L’amitié qu’éprouve leur personnage l’un envers l’autre est la pierre angulaire du film, et leurs charmantes performances rendent palpable leur camaraderie. Ils sont touchants dans leurs vulnérabilités, et les particularités amusantes de leurs personnalités en font des personnages terriblement sympathiques. Ça, on ne s’y attendait pas forcément, possède une solide dose d’humour.

En termes de frayeurs, le film variera d’un spectateur à l’autre. Personnellement, l’expérience fut plus impressionnante que terrifiante. L’angoisse était souvent là, mais jamais aussi puissante qu’elle n’aurait pu, ou qu’elle aurait dû l’être. Le film ne ménage pourtant pas ses effets  : Muschietti fait preuve d’une inventivité tout simplement admirable dans la construction spatiale et narrative de ses scènes d’épouvante. Le plus probable coupable de cet état de fait est peut-être la musique, envahissante et surtout redondante, qui minimise et parasite trop souvent les effets de surprises du film.

Mais qu’importe  : même s’il ne vous fait pas hurler de terreur, Ça risque fort de hanter votre esprit. C’est un formidable film d’horreur et une immersion délicieuse dans un monde fascinant où l’innocence de l’enfance côtoie la plus grande cruauté.