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Critique : Call me by your name de Luca Guadagnino

Un film qui a la pêche

Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais.

Après la déception de A Bigger Splash, malgré un certain attrait esthétique, et avant de réaliser le remake du chef-d’œuvre de Dario Argento Suspiria, Lucas Guadagnino s’est intéressé à l’Italie des années 80. Il s’agit d’une adaptation du roman d’Andre Aciman qui raconte les émois amoureux d’Elio, un jeune homme de 17 ans. Entre les filles de son âge et le doctorant américain venant travailler dans la même villa que lui, les sens d’Elio seront mis en éveil.

Call me by your name est un film casse-gueule. Depuis février 2017, il écume les festivals mais les studios ne savent pas trop comment le vendre. Il traite, entre autres, d’homosexualité, ce qui semble compliquer la tâche aux distributeurs. Après quelques succès en festivals, le film a connu une sortie américaine en catimini. C’est l’incrédulité totale. En Europe, c’est un peu pareil. La sortie était initialement prévue chez nous après mars 2018 mais, petit à petit, avec le buzz qui annonce une saison de récompenses fournies, les choses semblent changer afin d’arriver, on l’espère, à une sortie digne de ce nom. Mais finalement, pourquoi est-il si casse-gueule que ça ?

Ce qui est une des grandes forces du film, c’est qu’il ne traite pas l’homosexualité de front. Ce n’est tout de même pas un sujet tertiaire mais, si on remplace l’un des hommes par une femme, cela donne une histoire d’amour d’été tout ce qu’il y a de plus classique. Pourquoi tant de buzz dans ce cas ? Le traitement fait tout. Luca Guadagnino prend son temps (le film dure 2h10 tout de même), comme tout le monde prend le temps par des temps chauds en été, pour développer les personnages et, surtout, leurs sens. Il prend le temps de montrer Elio et ses questionnements. Car un flirt d’été avec une demoiselle apporte tout autant de questions et de réponses que le flirt avec Oliver, le doctorant américain. Mais l’un serait-il plus qu’un flirt ? Serait-ce carrément de l’amour ? Avant même d’être un film sur une histoire d’amour, Call me by your name est avant tout un film sur l’être humain et la découverte de soi. C’est vraiment cela qui est le moteur de chaque action d’Elio.

Guadagnino propose un contre-pied à ces interrogations de jeunesse. Elio, bien qu’il apprécie la solitude, aime se confier à ses parents, toujours à l’écoute et de bons conseils. La mère, sublime Amira Casar est très tendre avec son fils. Le père, incarné par un tout grand Michael Stuhlbarg, est évidemment l’apport masculin, plus carré et a un sublime monologue de fin qui montre l’ouverture d’esprit et la bienveillance qu’a le couple envers ses enfants. Cet apport de perspective donne au récit un peu de recul et de souffle. Tout cela fonctionne grâce à un environnement optimal. Guadagnino laisse les scènes durer et prend le temps de montrer les décors. Il a aussi choisi un environnement musical très plaisant qui s’imbrique parfaitement avec le ton général du film.

Si le film a tant fait parler de lui, c’est aussi grâce à son duo de comédiens principaux formé par Timothée Chalamet et Armie Hammer. Le premier, franco-américain, passe du français à l’anglais en passant par l’italien avec grande facilité. Ce changement de langues permanent est d’ailleurs la touche très européenne du film alors que les américains ont tendance à mettre de l’anglais partout. Chalamet est la révélation de cette saison de récompenses. D’ailleurs, les récompenses, il les enchaine, ce qui en dit long sur sa prestation. Son partenaire de jeu, Armie Hamme, ne démérite aucunement. Il joue avec tant de malice que de tendresse ce qui n’est pas forcément habituel chez lui. La complicité entre les comédiens frappe tant elle est d’une puissance dévastatrice. Tout passe par leurs regards, leurs mouvements et gestes, aussi furtifs soient-ils.

Call me by your name est une oeuvre sur la découverte de soi et des premiers émois amoureux et sexuels. Elle aborde l’homosexualité de manière subtile et jamais frontale, ce qui fait sa réussite. Ce qui fait que le film crée tant de bruit autour de lui, c’est avant tout grâce aux talentueux Timothée Chalamet et Armie Hammer. Une révélation pour l’un, enfin un grand rôle pour l’autre. Luca Guadagnino a su traiter le roman originel avec tact et livre une œuvre tendre et aboutie qui devrait faire date.