A l'affiche, Cannes 2018, Critiques de films

Critique : Capharnaüm de Nadine Labaki

Fugue vers la vie

À l’intérieur d’un tribunal, Zaïn, un garçon de 12 ans est présenté devant le juge.
Le juge : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? »

Zaïn : « Pour m’avoir donné la vie. »

Après Caramel, présenté à Cannes en 2007, Et maintenant on va où ? et un segment de Rio, I Love You, voici que la réalisatrice libanaise Nadine Labaki revient avec un nouveau long-métrage présenté dans la compétition cannoise. Cette fois encore, elle aborde un sujet très terre-à-terre et extrêmement touchant puisqu’il est question d’une famille nombreuse dont les enfants sont maltraités. Parmi eux se trouve Zaïn qui va fuguer et rencontrer une jeune migrante éthiopienne avec qui il va se lier d’amitié. Quand elle n’est pas là, c’est Zaïn qui est chargé de garder son bébé de 2 ans.

Dans Capharnaüm, il est question de survie, de responsabilité, de famille, de parentalité, de pauvreté, d’enfance, de justice, de morale, de la vie de migrant et bien d’autres encore. Cette multitude de thématiques montre à quel point le récit est riche. Bien entendu, ces sujets sont traités avec plus ou moins d’importance dans le scénario. A travers le personnage de Zaïn, ce sont surtout la survie, la précarité et la responsabilité qui sont abordés. En effet, parce qu’il quitte le domicile familial et devient responsable d’un enfant de deux ans, il doit faire preuve d’une grande responsabilité alors que ce n’est pas la sienne. C’est atterrant, inimaginable, horrible de voir ce qui se déroule devant nos yeux. Pourtant, il y a probablement bien plus de personnes que ce que l’on peut imaginer qui sont dans de pareilles situations.

Sans être putassier, Capharnaüm parvient à toucher les spectateurs en plein cœur, la faute à la prestation hallucinante de l’interprète principal, le jeune Zaïn Alrafeea, autre très sérieux candidat au prix d’interprétation masculine au cas où Capharnaüm ne remporterait pas la Palme d’Or. Il porte véritablement le film sur ses épaules. Son personnage fait preuve d’une grande force d’esprit, de beaucoup de volonté, d’abnégation. Zaïn Alrafeea incarne tout cela à la perfection. Il a pour partenaire un jeune garçon de deux ans. On ne peut évidemment pas parler de jeu d’acteur vu le trop jeune âge de l’enfant mais on peut tout de même souligner que ses réactions sont parfois très drôles et touchantes.

Il ne faut pas croire que Capharnaüm fait succomber le public uniquement pour son sujet. Tout d’abord, le film a des qualités intrinsèques. La mise en scène de Nadine Labaki est touchante. Le regard qu’elle pose sur les personnages est perçant. Elle ouvre les yeux sur des sujets qui n’ont parfois pas de portée en Occident ce qui fait du film une œuvre essentielle.

Capharnaüm a réussi son pari à savoir, parler de sujets ô combien difficiles mais importants. C’est une œuvre lourde de sens qui montre des personnages dans des situations précaires et honteuses tout en leur donnant beaucoup d’humanité. C’est facile d’avoir de l’empathie pour eux, d’être à leurs côtés. Impossible de rester insensible à cela. Chapeau au jeune Zaïn Alrafeea qui irradie l’écran de sa présence !