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Critique : Coco de Lee Unkrich & Adrian Molina

¡ Viva !

Depuis déjà plusieurs générations, la musique est bannie dans la famille de Miguel. Un vrai déchirement pour le jeune garçon dont le rêve ultime est de devenir un musicien aussi accompli que son idole, Ernesto de la Cruz.  Bien décidé à prouver son talent, Miguel, par un étrange concours de circonstances, se retrouve propulsé dans un endroit aussi étonnant que coloré : le Pays des Morts. Là, il se lie d’amitié avec Hector, un gentil garçon mais un peu filou sur les bords. Ensemble, ils vont accomplir un voyage extraordinaire qui leur révèlera la véritable histoire qui se cache derrière celle de la famille de Miguel…

On connaît Lee Unkrich pour avoir co-réalisé les deux derniers Toy Story. Il est également scénariste et producteur mais, cette fois-ci, on le retrouve à nouveau à la réalisation ou, plutôt, co-réalisation. La tradition abordée dans le film est mexicaine, pays dont est originaire l’autre co-réalisateur, Adrian Molina. En effet, comme tout le monde, ou presque, le sait, le jour des morts est particulièrement célèbre et célébré au Mexique. C’est même probablement l’une des fêtes les plus importantes de l’année. Cela avait déjà été le sujet d’un film, La légende de Manolo, coproduit par Guillermo Del Toro mais, cette fois-ci, c’est Pixar qui s’intéresse à cette tradition.

Pas d’inquiétude, Coco a assez de différences avec La légende de Manolo afin de ne pas faire une redite. Bien entendu, il y a certaines similitudes, ce qui est normal quand la thématique centrale est identique mais, dans l’ensemble, les deux films n’ont pas grand chose en commun.

Dans la famille de Miguel, la musique est tout simplement bannie, la faute à un ancêtre qui a abandonné sa famille pour la musique. Le soir de la fête des morts, il se fait que Miguel arrive étrangement dans au Pays des Morts. Sa famille, décédée donc, pourrait le renvoyer chez les vivants mais à une seule condition, que Miguel arrête de vouloir faire de la musique ce qui, pour le garçon, est totalement exclu. Une personne vivant au Pays des morts (vous remarquerez la bizarrerie de la tournure) pourrait toutefois l’aider à le renvoyer chez les vivants mais, la tâche ne sera pas aisée. Et Coco ? Il s’agit de l’arrière grand-mère de Miguel, une petite dame en fin de vie dont le rôle est primordial quant à la survie de Miguel.

En fait, la structure narrative de Coco est très classique, éculée carrément. On devine aisément par avance les péripéties et rebondissements qui vont se produire et ce jusqu’à la fin. Il est facile de savoir si la piste que Miguel suit va aboutir ou non. Comme il est relativement facile également de savoir si les personnages sont bons ou non. Bref, la formule a déjà été usée mais, plusieurs éléments font que Coco est malgré tout un excellent film. Le premier de ces éléments est que c’est tout simplement touchant. L’énergie de Miguel, son amour pour la musique, son altruisme, son enthousiasme, l’amour qu’il porte à sa famille, tout cela fait que c’est difficile de ne pas être touché par le film. Et si on n’est pas touché, c’est tout de même plaisant et met un peu de baume au cœur de voir ce petit garçon se démener avec et pour sa passion.

Le second élément est l’univers. Le Mexique, on connaît mais, la nouveauté, c’est le fameux Pays des morts. Pixar a récemment montré son génie avec Zootopie où il fallait aussi créer une ville imaginaire de toutes pièces. Il en est de même ici. Le Pays des morts a une structure et un fonctionnement bien à lui, forcément inspiré de ce que l’on connaît dans la réalité. Il n’empêche qu’il est très riche, diversifié, imaginatif et, surtout, magnifique. Que ce soit dans les beaux ou moins beaux quartiers, la ville est juste subjuguante. Elle est à l’image de ce qu’est la fête des morts au Mexique, colorée, pleine de vie (encore un paradoxe), d’animation, avec une énergie folle. Les moins beaux quartiers, où se retrouvent les morts qui tombent petit à petit dans l’oubli, ne sont pas moins inintéressants. Ils sont la preuve que cet univers a été pensé jusqu’à ses moindres détails.

Autre point fort, les personnages dont le principal, et plus important, est Miguel. C’est à travers ses yeux que les spectateurs découvriront ce monde complètement inconnu des vivants. Pour les mexicains, il est rêvé voire fantasmé et fait partie de leur culture. Pas sous cette forme là probablement mais l’esprit est là. Voir cela prendre forme sous ses yeux est donc quelque chose de fort pour Miguel. C’est aussi à travers lui que passent tous les messages et sont traitées toutes les thématiques du film. Par mi celles-ci on peut compter la mort évidemment, la famille, les souvenirs et l’importance qu’ils ont, la transmission, le fait d’aller au bout de ses rêves et objectifs et, surtout, l’importance de ne pas forcément tenir compte des limites que nos proches peuvent nous mettre pour nous empêcher de réaliser nos rêves. Cela fait beaucoup mais est toujours traité avec sagesse et bienveillance.

L’autre personnage très important c’est Hector, un mort resquilleur qui tente de rejoindre le monde des vivants mais qui n’a pas l’autorisation. Pour qu’un mort franchisse le fameux pour séparant les deux mondes, il faut que la famille vivante mette la photo du défunt sur un autel. Bien qu’il ne soit pas oublié de sa famille, ce qu’il fait qu’il est encore « vivant » dans le monde des morts, Hector n’a pas de photo mise sur un autel, ce qui l’oblige à rester dans la ville des morts. Il est excentrique, carrément marginal ce qui le rend évidemment attachant. Il se révèle être un compagnon parfait pour Miguel bien qu’un poil encombrant.

Outre tous ces aspects, ce qui fait une grande partie du charme de Coco, c’est tout simplement la culture mexicaine. Plein de joie, d’allégresse, de couleurs, de musique, elle résonne partout. Elle donne une ambiance et atmosphère particulières qui réchauffent les cœurs. Et qui dit Mexique dit mexicains. Cela semble couler de source et pourtant… Le fait que Pixar n’ait pris que des comédiens mexicains (ou d’origine mexicaine ou latinos) pour faire les voix des personnages, même en anglais pour la version originale, est quelque chose de plutôt réjouissant. C’est ainsi que l’on retrouve des personnes comme Anthony Gonzalez (Miguel), Gael García Bernal (Hector), Benjamin Bratt (Ernesto de la Cruz) ou encore Selene Luna (tante Rosita) en ce qui concerne les personnages principaux.

Coco n’est pas la plus grande réussite de Pixar en ce qui concerne l’histoire, qui recèle tout de même de quelques jolies trouvailles mais, son dynamisme, sa chaleur, sa richesse visuelle, ses personnages attachants et son énergie latine contagieuse rendent le tout distrayant, amusant et même touchant. Les sujets abordés parleront à tous et sont bien expliqués pour les plus jeunes notamment. Donc, pour Pixar, c’est presque un sans faute.