A l'affiche, Cannes 2018, Critiques de films

Critique : Cold War de Pawel Pawlikowski

Le jardin de l’amour

Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible.

Voici l’œuvre poétique et fataliste de ce début de festival. Tout droit venue de Pologne, Cold War est déjà su frapper au cœur les festivaliers. Avec son format carré et son noir et blanc, Pawel Pawlikowski livre une œuvre atypique qui se démarque largement du reste de la compétition.

Dès les premières minutes, le cadre est posé. Le format est carré, moyen cinématographique qui permet de mettre le sujet en lumière, de se focaliser dessus. Il est question d’une histoire d’amour, ce cadrage indique que rien ne compte en dehors de cette histoire. C’est eux contre le reste du monde. Mais on y reviendra plus tard. Les images sont en noir et blanc et, durant quelques minutes, des personnages défilent, dans plusieurs contextes. Ce qui les rassemble tous, c’est la musique. Ici on voit un groupe jouer, là on voit des personnes en train d’écouter la radio. Le film poursuit et se lance véritablement dans le récit en découvrant une troupe de musique et de danse. Des auditions ont lieu afin de tester les candidats. Le but de cette troupe est de mettre en avant le folklore polonais, histoire de renforcer le sentiment nationaliste suite à la guerre. On est en 1949, il y a du boulot à faire.

L’histoire d’amour qui se déroule ici a lieu entre Wiktor, un professeur de musique, et Zula, une chanteuse qui rejoint la troupe. Ce que Pawel Pawlikowski va raconter, c’est une histoire d’amour impossible, celle où l’amour est pur, brut. C’est l’histoire de deux êtres qui se ratent en permanence et, quand ils se retrouvent, les choses se compliquent. Ce sont des personnages qui doivent être ensemble mais ne le peuvent. La volonté du gouvernement polonais de se servir de la troupe comme carte de visite à l’international va amener une rupture. Idéologique évidemment mais elle va surtout provoquer une séparation physique. A partir de ce moment là, l’histoire de Wiktor et Zula ne trouvera jamais son rythme.

La mise en scène de Pawel Pawlikowski est extrêmement précise. Rien n’est laissé au hasard. Il met véritablement en avant ses personnages et, par conséquent, laisse une énorme place à ses comédiens. La construction des scènes est fabuleuse, très intelligente. C’est le cas de très nombreuses scènes, dont la dernière, d’une beauté fatale. Les performances des deux comédiens, Joanna Kulig (qui avait déjà travaillé avec Pawel Pawlikowski dans Ida et qu’on a pu voir dans Les Innocentes d’Anne Fontaine) ainsi que Tomasz Kot, deux acteurs dont l’alchimie à l’écran est limpide, sont à souligner car, sans eux, le film ne serait définitivement pas le même. Jeanne Balibar ainsi que Cédric Kahn ont des petits rôles/caméos.

Cold War est une histoire d’amour comme il en existe peu, ou beaucoup trop, c’est selon. C’est un film qui compte de nombreux talents dont celui de son metteur en scène en tête. Pawel Pawlikowski a pu s’épauler d’un talentueux casting et d’une équipe technique solide pour sublimer un scénario d’une efficacité dévastatrice.