Critiques de films

Critique : Contagion de Steven Soderbergh

Distribution de grande qualité et chef d’orchestre talentueux à l’œuvre, le paranoïaque Contagion, aussi attendu soit-il, mélange les genres, et d’un thriller catastrophe, on en tire un mélo politique façon grosse production hollywoodienne. Convaincant pour autant ?

Une pandémie dévastatrice explose à l’échelle du globe… Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le sous Directeur Cheever, confronté à un vent de panique collective, est obligé d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse. Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr. Leonora Orantes, de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant suscite une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on « cache la vérité » à la population…

 Qu’il était attendu ce Contagion, nouveau film du talentueux Steven Soderbergh, à qui l’on doit déjà Traffic, la saga des Ocean’s ou encore le biopic Che. Quelques mois auparavant, la blogosphère spéculait sur le casting de ce futur film catastrophe. Aujourd’hui, alors que le film sort à peine en France, les premiers constats sont là : Contagion est un semi-échec pour Soderbergh. « Quoi ! Au bout de quatre lignes, le mec s’amuse à dire ça ». Exactement ! Avec des allures de blockbuster et un budget avoisinant les 70 millions (il n’est donc par définition pas un blockbuster), Contagion est le deuxième plus gros budget de la filmographie de Soderbergh, après la saga des Ocean’s. Jusqu’ici tout va bien. Sauf que lorsque le film sort aux Etats-Unis, son principal terrain de chasse, il fait un score un peu inattendu. Au bout de trois semaines, le film n’est pas rentabilisé. Et Soderbergh sait déjà que son long métrage ne restera pas dans les annales du box-office américain. En fin de course, le film dépasse à peine les 70 millions de billets verts. Un score qui fait pâle figure face aux 200 millions de recettes de Traffic, qui avait déjà coûté moins cher ! Soit, mais tout ceci n’est qu’une question de chiffre, et un chef-d’œuvre au cinéma, ce n’est pas forcément des millions de dollars en termes de recette.

Extrait du film Contagion (2011)
Extrait du film Contagion (2011)

Aussi soit-il talentueux, Steven Soderbergh est loin d’être le premier à avoir exploité la thématique de la pandémie prête à ravager la planète, si ce n’est pas déjà fait. Wolfgang Petersen en 1994 avec Alerte ! ou encore Je suis en légende de Francis Lawrence en 2007, qui a connu un succès public conséquente. N’oublions pas non plus les films de genre qui ne sont pas en reste et donnent une tout autre dimension à la pandémie, que ce soit avec des films comme 28 jours plus tard, de Danny Boyle  ou Les Infectés, d’Alex Pastor. Avec Contagion, Soderbergh a voulu prendre la tension du film d’horreur, tout en le mixant à la pression politique et géopolitique que pourrait poser ce problème, réunissant également l’échelle globale à celle strictement personnelle et plus intime. Contagion joue la carte de la paranoïa en filmant en plans serrés les zones de contacts de transmission d’un virus. Du métro à la poignée de main en passant par les toux ou encore les objets touchés par des contaminés, tout y passe, tous les éléments sont compressés afin de faire tomber le spectateur dans une sensation de stress et d’inconnu face à la dangerosité du phénomène. Sauf que Contagion arrive par exemple, après la crise de la grippe H1N1 et tous les débats que ce virus a suscité à l’échelle nationale, voir internationale. Autant dire que l’argument paranoïaque fonctionne moins bien. Enfin avec Contagion, Soderbergh a voulu éviter le poncif du film catastrophe à l’américaine. Il ne l’évite pas franchement, mais arrive par la subtilité de son propos à détourner notre attention vers d’autres points plus positifs. Prenons par exemple le cas d’Alan Krumwiede, un blogueur influent, qui représente le poids du 2.0 et joue la carte de la vérité face aux mensonges du gouvernement. Il incarne la liberté d’expression et le poids communicatif des réseaux sociaux et des blogs, et de leurs rôles dans ce genre d’événement à l’échelle mondiale. Ce personnage joué par Jude Law retient donc l’attention, car il est quelque peu nouveau dans ce genre de film où d’habitude il serait passé pour anecdotique. En revanche, il est à l’image du film, crédible dans ses renseignements, mais très bavard aussi.

Avec une grosse distribution autour des oscarisés Matt Damon, Kate Winslet, Marion Cotillard, et d’autres comme Jude Law ou Laurence Fishburne, Steven Soderbergh signe un Contagion suffisamment intéressant à suivre pour que le public sache l’apprécier à sa juste valeur. Il y insère des thématiques modernes, mélange les genres, du film catastrophe au genre politique sans oublier la tension du film de genre. Il n’en restera pas un film modèle pour ce genre, mais plutôt un travail maîtrisé, bavard et parfois brouillon, mais globalement passionnant.