Critiques de films

Critique : Contracorriente, de Javier Fuentes-Leon

En signant son premier long-métrage sur le thème de l’homosexualité, Javier Fuentes-Leon s’en sort grâce à la direction d’acteurs et un film émouvant avec des évidences maîtrisées.

 

Affiche du film Contracorriente, de Javier Fuentes-Leon
Affiche du film Contracorriente, de Javier Fuentes-Leon

 

Miguel est un jeune pêcheur, très apprécié et bien intégré à Capo Blanco, un petit village avec de fortes traditions catholiques sur la côte Nord du Pérou. Marié à Mariela qui attend leur premier enfant, Miguel vit secrètement une histoire d’amour passionnée avec Santiago, un beau et mystérieux peintre qui vit à l’écart du village…

 

 

Ces dernières années, l’homosexualité et l’identité sexuelle ont fasciné plusieurs cinéastes. Du grand public (Le Secret de Brokeback Mountain) à la comédie (I love you Philip Morris), en passant par le film d’auteur latin (Plan B) ou l’acte sous acide (Kaboom), les fortunes furent diverses, et les résultats jamais franchement réguliers. C’est d’Amérique du Sud que nous vient le premier long-métrage de Javier Fuentes-Leon qui évoque l’identité sexuelle sous un angle dramatique. Jamais polémique, toujours tendre, délivrant quelques bonnes vérités, Contracorriente possède plusieurs qualités. Au niveau de l’histoire, le film se penche sur l’homosexualité comme définition de la virilité au travers de l’identité sexuelle. Qu’est-ce que c’est être un homme, même gay. Le film réfléchit aussi sur la discrimination et l’homophobie, un clin d’œil à la société péruvienne qui n’accepte pas l’homosexuel comme une personne normale. Le personnage tiraillé du film (Miguel, joué par un très bon Christian Mercado) n’est pas directement touché par l’homophobie. C’est ce qu’on pourrait croire pourtant. Mais on découvre petit à petit que ce sont ses préjugés qui le détruisent et l’empêchent de s’assumer comme il le devrait. Il est question de tolérance envers soi-même, et ce qu’il va vivre lui offre à plusieurs reprises l’occasion de se regarder dans un miroir et d’assumer ce qui est vu d’extérieur comme une différence. Car après tout, qui est-ce qui entretient la différence entre des identités sexuelles diverses ?

 

Extrait du film Contracorriente (2009)
Extrait du film Contracorriente (2009)

 

Outre une thématique actuelle intéressante, Contracorriente est une œuvre artistiquement agréable à regarder. On a la sensation de voir vivre une peinture impressionniste, avec des corps filmés sans barrière, une sensualité évidente, le tout dans un décor très attirant et lumineux. Une sorte de poésie découle de ce drame, aussi bien visuelle qu’écrite. Jamais réellement long, peut-être un poil trop naïf sur certains passages, Contracorriente est avant tout un message : celui de s’assumer malgré le poids des conventions sociales, qu’il est malhonnête de cacher sa vraie nature, au risque d’affecter les personnes autour de soi. Un vrai débat s’est imposé dans le film sur cette question qui revient comme dans un cercle vicieux. Le premier film de Javier Fuentes-Léon y-a-t’il répondu ? Il donne des pistes, explorent les différents avis, filme une évolution narrative, le tout dans un style agréable à regarder.

 

L’avis : D’une belle histoire d’amour avant tout universelle, Contracorriente est une réflexion sur les préjugés que l’on perpétue sur notre identité sexuelle, notre regard sur l’autre et nous-mêmes. Javier Fuentes-Leon signe là un premier film d’une belle facture, intelligent et émouvant.