Cannes 2015, Critiques de films, Drame

Critique : Dheepan de Jacques Audiard

Audiard est de retour avec une palme … dorée !

Affiche de Deephan de Jacques Audiard
Affiche de Deephan de Jacques Audiard

Est-ce qu’Audiard a déjà fait un film vraiment mauvais ? Probablement pas. Depuis quelques années, il accumule les récompenses. Avec De Battre Mon Cœur s’est Arrêté d’abord, Un Prophète ensuite et puis De Rouille et d’Os. Dheepan ne fait pas exception à ce qui est devenu une règle avec lui puisqu’il lui apporte une des plus belles, une qu’il aurait même davantage méritée avec certains de ses précédents films, la Palme d’Or du Festival de Cannes. On y reviendra dans les paragraphes suivant bien évidemment mais, si Dheepan est clairement un beau film, il n’est sans doute pas celui qui méritait le plus cet honneur. Voir que c’est ce film-ci de la filmographie d’Audiard qui reçoit la Palme fait presque tâche tant Dheepan est quand même nettement plus faible que ses prédécesseurs (de la filmographie d’Audiard, pas nécessairement de ses prédécesseurs de la Palme d’Or, quoique…).

Afin de quitter leur pays en guerre, 3 inconnus se rassemblent afin de pouvoir être exilés en tant que réfugiés. Ils ne se connaissent absolument pas mais ressemblent vaguement à des personnes décédées, Dheepan, Yalini et Illayaal, dont les passeports ont été retrouvés. Ils vont arriver en France, sans parler le moindre mot de français et seront quasiment livrés à eux-mêmes. Vendeur à la sauvette au départ, Dheepan va ensuite parvenir à trouver un meilleur logement à ce qui est devenu sa famille et trouver un job de concierge dans un immeuble d’un quartier qui semble difficile. Les dealers y font la loi ce qui peut être un risque pour les familles des immeubles.

C’est là qu’on touche au problème. Avec ce film, Audiard et son fidèle scénariste Thomas Bidegain, touchent à des thématiques qu’ils ont déjà abordées par le passé. Mais ici, il y en a beaucoup trop : l’immigration, la guerre, la révolution, la famille, la banlieue,… C’est vraiment de trop et, du coup, les auteurs s’éparpillent sans creuser et aborder pertinemment et intelligemment un des thèmes. Cela part un peu dans toutes les directions et laisse au spectateur un goût d’inachevé. Il y a pourtant plein de bonnes idées mais cela ne suffit malheureusement pas.

Première Palme d'or pour Jacques Audiard.
Première Palme d’or pour Jacques Audiard.

La réalisation de Jacques Audiard est toujours aussi bonne. On sent qu’il sait comment gérer son espace, qu’il gère le timing et le dynamisme d’une scène. Ses acteurs sont très bien dirigés et l’ensemble fonctionne très bien. Tous les secteurs du métrage sont maîtrisés. Jacques Audiard est très clairement un des meilleurs réalisateurs français et il le prouve encore avec ce film-ci.

Le casting est excellent. Les trois acteurs principaux sont tous trois des débutants si ce n’est Jesusthasan Anthonytasan, qui incarne Dheepan, qui avait déjà joué dans un film il y a quelques années. Ses deux comparses, Kalieaswari Srinivasan (Yalini) et Claudine Vinasithamby forment avec lui un trio qui fonctionne parfaitement et qui vit dans une réalité faussée. Les seconds rôles, incarnés par Vincent Rottiers (Valentin Valentin, Bodybuilder, La Marche) et Marc Zinga (Les Rayures Du Zèbre, Qu’Allah Bénisse La France et qui sera en fin d’année dans Spectre) sont également très bons. Il n’y a pas de fausse note dans la composition de ce casting, tout sonne très juste.

Car même en étant un Audiard mineur, Dheepan reste toutefois largement au-dessus du lot de bien des films français que l’on voit durant une année. Si tous les films pouvaient être ratés comme celui-ci, on serait déjà bien contents.