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Critique : Dogman de Matteo Garrone

Une vie de chien

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

Après la parenthèse Tale of tales, Matteo Garrone renoue avec son premier amour, celui qu’il porte aux histoires noires. Cette fois ci, Garrone s’intéresse à Marcello, un toiletteur pour chien qui vit dans une petite ville. Suite au retour de Simo, le quartier va tomber dans la terreur. Simo s’en prend à tous et Marcello en fait partie.

Dogman est le nom du magasin de Marcello. Il est apprécié de tous dans le quartier. Il bosse bien, est agréable, retrouve ses amis au bar de la place du quartier. Bref, c’est un homme sans histoire si ce n’est qu’il a tendance à fournir de la coke aux autres de temps en temps. L’arrivée de Simo va véritablement bouleverser la vie de tous. Marcello est son ami mais ce qu’il apprécie par dessus tout, c’est la quiétude de sa vie. Simo va tout remettre en question et abuser de sa force afin d’arriver à ses fins. D’une part, il y a les autres commerçants et amis de Marcello tandis que de l’autre il y a Simo. Au milieu, Marcello. Le toiletteur sera pris en tenaille entre ses amis de longues dates et celui qui sort de prison. D’un côté, il y a la sérénité, la vie paisible du quartier. De l’autre, une vie infernale l’attend.

C’est ce tiraillement auquel Matteo Garrone s’intéresse particulièrement. Il explore la vie de cet homme qui est calme et va sombrer petit à petit. Garrone s’intéresse aux aspects qui font que Marcello pourrait prendre parti pour ses amis du quartier mais aussi à l’engrenage qui se met en place suite à l’arrivée de Simo. Ce sont des manières de vivre différentes et les enjeux ne sont pas les mêmes. La façon qu’il a de filmer la vie quotidienne de Marcello ne rend l’explosion qui va se produire encore plus folle. Car évidemment, va arriver un point de non retour. Une cassure. Avec qui ? Vous le découvrirez en salle mais, ce n’est pas spécialement l’issue qui est la plus intéressant, c’est plutôt la façon qui va conduire Marcello à cet état.

La mise en scène et le sens du rythme de Garrone sont toujours aussi diablement efficaces. On notera également l’énorme travail réalisé au niveau de la photographie. Elle évolue durant le film, passant de quelque chose de plutôt clair à d’assez sombre après un moment clé. Que ce soit au niveau des cadrages ou de la composition des cadres, rien n’est laissé au hasard. Ce qui impressionne également, ce sont les décors. Ils ont un cachet énorme, sont poisseux et très détaillés.

Mais si Dogman fera beaucoup de bruit, c’est surtout et avant tout grâce à la performance de son comédien principal Marcello Fonte. Il irradie l’écran tant il a de la prestance, du charisme. Il n’est pas forcément très grand ni costaud mais il a un visage incroyable. Le rôle de Simo est tenu par la bête Gianlucca Gobbi tout en puissance.

Avec Dogman, Matteo Garrone signe un retour réussi à un cinéma qui lui est plus familier. L’histoire, la montée en puissance jusqu’à la rupture, la gestion du tempo, Garrone sait y faire. L’histoire est sublimée par la présence de Marcello Fronte, une révélation qui fera parler d’elle dans le futur, c’est une certitude. En tout cas, on mettrait bien une piécette sur un prix d’interprétation masculine faute de concurrence sérieuse (à part peut-être les comédiens de Yomeddine). A voir !