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Critique : Downrange de Ryuhei Kitamura

Destination Finale

Six étudiants font du covoiturage, jusqu’à ce que leur véhicule se retrouve avec un pneu crevé dans un coin reculé et désertique des Etats-Unis. Sauf que ce pneu crevé n’est pas un accident, quelqu’un leur a tiré dessus et va les assassiner un par un.

Ryuhei Kitamura n’est pas un nouveau venu dans le cinéma de genre. Repéré grâce à des films comme Versus, l’ultime guerrier ou Godzilla : Final wars, il est approché par la compagnie de production américaine Lakeshore pour mettre en boîte l’adaptation d’une nouvelle de Clive Barker nommée Midnight Meat Train ou Le train de l’abattoir dans nos contrées. Budget confortable de 15 millions de dollars et star montante en tête d’affiche en la personne de Bradley Cooper lui permettent de prendre une nouvelle envergure internationale. Il avait d’ailleurs remporté le prix du public à Gérardmer en 2009. Le voilà aujourd’hui de retour avec Downrange, où 6 jeunes adolescents sont pris en chasse par un tireur isolé sur une route américaine suite à l’éclatement d’un des pneus de leur véhicule.

Avec ce huit clos en extérieur Kitamura nous plonge directement au cœur de son film. Fini la sempiternelle introduction d’une bande de jeunes qui part s’éclater le temps d’un week-end. Pas de quarterback, de pom-pom girl ou de geek fumeur de joints (clichés dont La cabane dans les bois s’était intelligemment moqués). Ils sont en co-voiturage, ne se connaissent pas pour la plupart. Au bout de 10 minutes la première balle fuse et le sang éclabousse l’écran. Une unité de lieu qui permet ainsi de profiter au maximum d’un budget sûrement serré.

Kitamura peut alors commencer à mettre en scène son jeu du chat et de la souris, entre un tireur fou et des personnages pris au piège derrière la carcasse de leur voiture. Point difficile dans ce genre d’exercice, renouveller régulièrement son script pour éviter de stagner et de se répéter. De par les réactions dans l’ensemble cohérentes des protagonistes le film tient la route et avance grâce à une pulsion de survie permanente, où chaque faux pas peut être sanctionné d’une mort définitive. Il y a une démarche ludique, malheureusement faible en tension vu le niveau de caractérisation des personnages, mais loin du voyeurisme dérangeant d’autres bobines du genre. Le côté gore légèrement cheap mais réussi, combiné à quelques traits d’humour noir ravageurs emmène le film du côté de la série B décomplexée et jouissive.

De nouveaux éléments sont introduits au fur et à mesure que progresse le récit, preuve du savoir faire du réalisateur qui chasse ainsi l’ennui et la répétition de son film. Il livre également un travail propre d’un point de vue technique, s’amusant à mouvoir sa caméra partout où il le peut dans ce décor clos et via un montage sec et direct. A noter une idée intéressante sur le changement du point de vue lorsque les protagonistes ont découvert la menace qui pèse sur eux. La caméra centrée sur ces derniers démarre alors un long mouvement de grue pour rejoindre le tireur camouflé dans un arbre deux cent mètres plus loin. Simple et efficace.

Un film mineur, loin de la stature de son Midgnight Meat Train, mais réalisé avec sérieux en bon artisan qu’est Kitamura. Malgré quelques incohérences dans son dernier acte, le réalisateur donne au spectateur ce qu’il est venu chercher, un train fantôme sanguinolent.