A l'affiche, Critiques de films

Critique : El habitante de Guillermo Amoedo

The Boy

À la nuit tombée, trois jeunes femmes pénètrent par effraction chez un politicien corrompu, espérant mettre la main sur une grosse somme d’argent en liquide. Après avoir ligoté chacun des membres de la famille et trouvé les billets qu’elles cherchaient, le trio de voleuses entend des bruits étranges en provenance du sous-sol…

Seul représentant de l’Amérique latine à Gérardmer, El Habitante (rebaptisé The Inhabitant à l’international) s’aventure sur le chemin de la possession démoniaque. Genre qui explosa la rétine des spectateurs en 1973 lors de la sortie de L’Exorciste de Friedkin, toujours le meilleur représentant actuel du genre. Après une traversée du désert durant les années 80/90, au profit du slasher notamment, la mode revient dans les années 2000 via le found footage, accouchant de films plus (Projet Blair Witch) ou moins (Devil Inside) réussis. Depuis quelques années c’est James Wan qui a marqué le genre de son empreinte avec ses sagas Conjuring et Insidious. Les épisodes réalisés par le maître étant d’une modernité et d’une efficacité assez incroyables, mention spéciale à Conjuring 2 qui a poussé la mise en scène de la peur et le style de son réalisateur jusque dans ses retranchements.

Ayant participé aux scénarios de Knock Knock et The Green Inferno aux côté d’Eli Roth, le réalisateur chilien, se lance le pari de revisiter le mythe. Conscient du lourd héritage auquel il doit faire face, il aborde le genre sous un angle déjà entre-vu, mais jamais poussé aussi loin. Lors du braquage d’un politicien corrompu, 3 jeunes femmes se retrouvent confrontées à la fille de ce dernier, possédée par une entité démoniaque.

Amoedo retire ici le côté «grand-guignol» inhérent au genre. Pas d’insultes à profusion, de vomi éructé ou d’esprits frappeurs aptes à se tapir dans l’ombre. Il vise un démon beaucoup plus humain et surtout proche de sa véritable conception : celle de tourmenter l’âme humaine. Le diable dans El Habitante fait ressortir toute la noirceur des protagonistes à travers des visions déformées de la réalité ou en énoncant des vérités cachées destructrices. Le réalisateur s’intéresse à ce démon insidieux, à sa force primale. Il fait revivre aux protagonistes leurs traumatismes enfouis, les poussant ainsi dans des face à face déchirants. Plus que la douleur physique, c’est la douleur morale qui est au cœur du film.

Le cinéaste ne vire pas pour autant dans l’abstraction lourde et utilise le côté visuel du genre pour illustrer la souffrance qui poursuit les jeunes femmes. Une silhouette noire se déplace à leur côté, se cache dans les recoins de la maison. Symbole de leur passé trouble, de cette page qui n’est pas tournée et amène à une vie de mensonges, mais également matérialisation d’un passé violent cause de nombreux maux et de non-dits. Allié à une forme léchée rappelant parfois l’utilisation que Carpenter fait du scope pour insister sur un décor et le vide, le film se fend d’une photo qui tend vers le rouge orangé, représentation d’un Mal qui gangrène le film et d’un enfer sur Terre.

On regrettera une fin trop déjà-vu pour ce style de films, un dernier twist dispensable venant presque annihiler le propos du film ainsi que quelques jump scares pas très inspirés. El habitante propose néanmoins une lecture originale du thème de la possession en accentuant son propos sur la vraie nature du diable, celle de s’engouffrer dans les brèches de l’âme humaine.