Drame

Critique : Elefante Blanco, de Pablo Trapero

Quand le réalisateur de Carancho et Leonara réunit Ricardo Darin et Jérémie Rénier devant sa caméra, cela donne un coup de poing sans retour.

 

Affiche du film Elefante Blanco, de Pablo Trapero
Affiche du film Elefante Blanco, de Pablo Trapero

 

Le « bidonville de la Vierge » dans la banlieue de Buenos Aires. Julian et Nicolas, deux prêtres et amis de longue date, œuvrent pour aider la population. Julian se sert de ses relations politiques pour superviser la construction d’un hôpital. Nicolas le rejoint après l’échec d’un projet qu’il menait dans la jungle, où des forces paramilitaires ont assassiné les habitants. Profondément choqué, il trouve un peu de réconfort auprès de Luciana, une jeune assistante sociale, athée et séduisante. Alors que la foi de Nicolas s’ébranle, les tensions et la violence entre les cartels dans le bidonville augmentent. Quand le ministère ordonne l’arrêt des travaux pour l’hôpital, c’est l’étincelle qui met le feu aux poudres.

 

 

Elefante Blanco commence par une longue et cruelle introduction. Nicolas (Jérémie Rénier), d’origine belge, est sorti de la jungle par son ami proche et prêtre Julian (Ricardo Darin, probablement le meilleur acteur sud-américain) après qu’un terrible et tragique saccage mené par des paramilitaires ait eu raison d’un projet personnel. On n’en saura guère plus. Devant la grandiloquence d’une musique, les cadres rapprochés et étriqués d’un cinéaste qui aime filmer au plus près de l’action tout en collant un réalisme déconcertant de facilité, Elefanto Blanco s’introduit avec force dans le milieu hostile qu’il compte dépeindre, avec des dialogues minimalistes, préférant l’expression des corps et des visages, et bien sûr, les images sans équivoque d’un bidonville livré à lui-même. Derrière le constat, Pablo Trapero, réalisateur plébiscité depuis Carancho son dernier long-métrage, va servir une narration aux enjeux complexes lorsqu’il s’agit de rentrer dans les profondeurs, mais en surface captivante, un brin manichéenne et assurément poignante.

 

Extrait du film Elefante Blanco (2013)
Extrait du film Elefante Blanco (2013)

 

Outre la peinture d’un quotidien engagé au milieu de la pauvreté dans une des plus grandes mégalopoles d’Amérique du Sud, Elefante Blanco raconte le destin de deux amis, rassemblés par une cause et la foi, face aux réalités d’un monde qu’ils ne peuvent contrôler. Tour à tour poignant, horrible, réaliste, haletant, Elefante Blanco reste immersif et interpelle son spectateur, pris dans un cercle vicieux dont la fin suinte la tragédie à des kilomètres. Qu’importe, dans cette horreur quasi révoltante, deux rayons de soleil tentent d’amener paix et stabilité. Pablo Trapero veut également montrer que si la religion peut adoucir les mœurs et rassembler, elle n’est pas la clé de tous les problèmes. Pendant que les manipulations politiques ou la nouvelle place acquise par la drogue échappent à la communauté religieuse, celle-ci voit les idéaux se fracasser même si son humanisme n’en reste que plus beau. Sans fulgurance ni accointance, Pablo Trapero signe un film coup de poing qui n’est autre qu’un hommage à Carlos Mugica, un prête jésuite assassiné en martyr sous l’ordre d’un ministre véreux. Aujourd’hui, la figure de cet homme respecté est devenue une référence historique, y compris pour l’actuelle président d’Argentine Cristina Fernandez de Kirchner.