BIFFF 2014, Critiques de films, Fantastique

Critique: Enemy de Denis Villeneuve

Gyllenhaal et Villeneuve, bis repetita

Tourné avant Prisoners, Enemy sort enfin dans nos salles. C’est suite au tournage de ce film que Jake Gyllenhaal a accepté de retourner avec le réalisateur québécois Denis Villeneuve (frère de Martin que nous avions rencontré pour son film Mars Et Avril au BIFFF 2013), réalisateur à qui on doit le poignant Incendie, nommé aux Oscars il y a quelques années. Il donc de retour dans les salles, un peu plus de 6 mois après Prisoners avec Enemy, un drame fantastique aux allures d’Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick.

L’histoire est celle d’Adam Bell (Jake Gyllenhaal), professeur d’histoire à l’université, jeune homme à la vie bien monotone. Il va travailler, rentre, passe un peu de temps avec sa compagne Mary (Mélanie Laurent) et va dormir. Tout va changer le jour où il va se décider à regarder un film. Dans ce film, il va remarquer un acteur de seconde zone qui est son sosie parfait : Anthony Saint-Claire (Jake Gyllenhaal). Ce dernier a également sa petite vie posée avec sa compagne Helen (Sarah Gadon). Adam va donc se mettre à la recherche d’Anthony afin de trouver une explication à tout cela.

Le scénario de Denis Villeneuve est intéressant, intriguant, ça ne fait aucun doute. Ce n’est pas un film qu’on peut ne regarder que d’un œil, il faut être attentif, réfléchir et se projeter dedans afin de bien comprendre tout ce qui se passe et où ça mène. Bien que les bases soient relativement simples, la mécanique interne est complexe. Les rouages ne sont pas évidents du tout, d’où le fait qu’il faut être concentré pour être sur de bien tout comprendre. Idéalement, il faudrait voir le film 1 à 2 fois pour être certain d’avoir bien tout compris. Les thèmes abordés sont nombreux : crise existentielle, le monde du subconscient, l’identité, l’introspection,… C’est un vrai film identitaire, avec toute la complexité qui va avec.

Extrait de Enemy de Denis Villeneuve (2014)
Extrait de Enemy de Denis Villeneuve (2014)

Le problème, c’est que la mise en place prend trop de temps, la résolution prend trop de temps. Le film qui dure 1h30 est beaucoup trop long. Il ferait un excellent court-métrage de 25/30 minutes mais, en long-métrage, ça ne fonctionne pas vraiment. Pas que l’histoire n’ait pas de potentiel, loin de là, mais, au vu du dénouement proposé, on est en droit de penser qu’un court-métrage aurait été plus approprié. Cela aurait même pu être excellent. Parce que du coup, Villeneuve se perd un peu en route. Il étire le film en longueur ce qui donne l’impression que le film manque de consistance.

Au niveau de la mise en scène, c’est, comme d’habitude avec Denis Villeneuve, très bon. Il pose sa caméra à des endroits judicieux et permet de s’imprégner de l’ambiance glauque du film. Cela est appuyé par la photographie qui est vire vers le jaune pâle. Un choix de mise en scène qui donne un ton particulier à l’ensemble. Ce parti pris du réalisateur permet de renforcer le sentiment de la perte de repères d’Adam. Il n’arrive pas à se sortir de cette situation qu’il a lui-même initiée. Villeneuve trouble le spectateur. Ce qui semble évident, il est là pour faire en sorte que ce ne le soit plus tant que ça.

Extrait de Enemy de Denis Villeneuve (2014)
Extrait de Enemy de Denis Villeneuve (2014)

Au casting, on retrouve donc Jake Gyllenhaal dans le rôle d’Adam Bell et d’Anthony St Claire, Mélanie Laurent dans le rôle de Mary et Sarah Gadon dans celui d’Helen. Tous trois sont très bons, Gyllenhaal plus particulièrement car c’est le personnage le plus troublé de l’histoire. Il s’en sort vraiment bien d’autant plus que l’exercice n’est pas facile. A ses côtés, Mélanie Laurent et la très sympathique Sarah Gadon sont là pour interpréter les compagnes respectives de chacun des personnages joués par Gyllenhaal. Elles sont aussi très bien. Mélanie Laurent joue plus sur l’intrigue tandis que Sarah Gadon joue plus sur l’innocence. Une combinaison qui fonctionne bien à l’écran.

Malheureusement, comme dit plus haut, tout cela ne suffit pas. Malgré un scénario intelligent, un bon casting et une réalisation ingénieuse, on ne peut s’empêcher de voir passer le temps devant Enemy qui aurait donné un meilleur résultat dans un format plus court. Restent quand même les capacités de Denis Villeneuve qui prouve, si besoin était, qu’il est très certainement un des réalisateurs à suivre.