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Critique : Escobar de Fernando Leon de Aranoa

Two Lovers...

Two Lovers… 

Impitoyable et cruel chef du cartel de Medellin, Pablo Escobar est le criminel le plus riche de l’Histoire avec une fortune de plus de 30 milliards de dollars. « L’empereur de la cocaïne » met la Colombie à feu et à sang dans les années 80 en introduisant un niveau de violence sans précédent dans le commerce de la drogue.
Fascinée par son charisme et son pouvoir, la très célèbre journaliste Virginia Vallejo, va s’apercevoir qu’on ne s’approche pas de l’homme le plus dangereux du monde impunément…

« Ces vingt dernières années, on m’a proposé plusieurs fois de l’incarner au cinéma, mais j’ai toujours refusé parce que j’avais l’impression que ces projets n’allaient pas au-delà du stéréotype ». Ces quelques phrases, prononcées par Javier Bardem (qui incarne ici le rôle-titre), font relativement sens à la sortie de la projection. En effet, l’Escobar de Fernando Leon de Aranoa se contente de retranscrire littéralement le succès puis la chute de l’un des narco-trafriquants les plus célèbres de la planète. D’autant que cette énième adaptation de la vie de Pablo Escobar arrive en salle dans un contexte qui lui est a priori favorable, précisément grâce au succès public surprenant de la série télévisée Narcos.

Pourtant, Escobar semble explorer un sillon narratif inédit pour son sujet, en essayant de s’appuyer sur la biographie du trafiquant, Amando a Pablo, Odiando a Escobar, écrite par Virginia Vallejo, journaliste et l’une de ses amours furtives. Néanmoins, le film n’exploite jamais son parti-pris narratif, et fait preuve en ce sens d’une malhonnêteté crasse. Si le spectateur est d’emblée guidé par la voix de la journaliste, comme pour expliciter ce qui se joue à l’écran de manière très limpide, celle-ci est rapidement écartée (sa voix, mais aussi son personnage), notamment lorsqu’elle n’a plus d’impact direct sur la vie de Pablo Escobar.

Ainsi, l’adaptation d’Aranoa fait preuve d’un contre-sens grossier, d’autant que le personnage de Virgnia Vallejo n’est jamais pleinement fouillé, sinon à travers sa dimension strictement érotique. Un comble, donc, pour un film qui tente a priori d’adopter un « point de vue féminin ». Cette idée trouve par ailleurs sa manifestation explicite à l’écran dans une scène extrêmement embarrassante, en l’occurrence lorsque la journaliste retourne auprès du célèbre trafiquant pour lui demander de l’argent. Ce dernier fait mine de répondre favorablement à sa demande tout en lui empoignant les fesses, témoignant par extension un autre biais de sa caractérisation : il s’agit là d’un personnage qui n’existe qu’en tant que dominé.

Il n’y a donc pas grand-chose à tirer de cette énième adaptation d’une pauvreté formelle et narrative inénarrable. Les quelques scènes d’action du film, qui se limitent à des fusillades sur des routes encombrées, donc normalement propices à la paranoïa, ne sont jamais transcendées, mais constituent toutefois les seuls plaisirs du spectateur qui se voit extraire d’un éternel ennui.

Rien de nouveau sous le soleil des adaptations de la vie du célèbre narco-trafiquant colombien, qui se contentent en règle générale de retranscrire naïvement – et de manière parfois complaisante – son ascension spectaculaire et sa chute. L’Escobar d’Aranoa peut toutefois espérer jouir de la relative popularité de cette figure surprenante et du couple Bardem/Cruz, qui saura probablement attirer les foules en salle.