Critiques de films, Epouvante-horreur, Thriller

Critique : Get Out de Jordan Peele

On avait rien vu d’aussi bien depuis It Follows !

Rose et Chris sont ensemble depuis quelques mois. Quelques mois d’idylles qui amènent le couple à franchir une étape importante : Rose décide d’amener Chris chez ses parents dans une petite banlieue très tranquille, très bourgeoise et très blanche. Si Chris a une légère appréhension sur le fait que les parents de Rose puissent avoir du mal avec le fait qu’il soit noir, cette dernière le rassure rapidement. En effet pourquoi avoir peur de présenter un petit ami noir, après tout nous sommes en 2017, on ne devrait même plus faire attention à la couleur de peau d’un individu. Seulement une fois arrivé, Chris n’est pas très à l’aise. Les deux seules autres personnes de couleurs sont le jardinier et la femme de ménage, mais surtout ils ont un comportement dérangeant et très effrayant.

Premier long-métrage en tant que réalisateur pour Jordan Peel qui signe avec Get Out un film marquant, effrayant, drôle mais surtout d’une incroyable finesse en terme d’écriture. Ce n’est pas la première fois qu’un acteur comique passe à la réalisation en sortant de son registre de jeu (Ben Stiller par exemple avec La vie rêvée de Walter Mitty ou Disjoncté), mais on peut dire qu’en ce qui concerne Jordan Peele, le changement est radical et le résultat très remarqué. Effectivement, quelques semaines après sa sortie outre-Atlantique Get Out cumule encore 99% de critiques positives sur le site Rotten Tomatoes. Mais qu’est-ce que a bien pu créer un tel consensus autour de ce film de genre ?

On se souvient bien de la folie critique autour de It Follows de David Robert Mitchell, et c’est bien l’originalité de ce dernier et la beauté de l’image qui avaient animé les journalistes à l’époque. En ce qui concerne Get Out, on pourrait même affirmer, qu’il a placé la barre encore au-dessus de par l’analyse sociale que le film nous offre. On peut s’attendre à plusieurs scénarios en lisant la prémisse de Get Out ; un torture porn dans la veine d’un Hostel où des bourgeois blancs torturent par racisme, un lavage de cerveau pour rétablir des codes colonialistes… Mais le film prend une toute autre direction enchaînant de subtils twists, (bien loin des gros sabots de Shyamalan).

Narrativement le film a une construction, en somme, très classique : deux protagonistes se retrouvent dans un lieu dangereux et tentent de s’en sortir, tandis qu’un « side-personnage » essaye de comprendre les irrationalités de la situation. Pour Chris, les choses déraillent à partir du moment où sa belle-mère (interprétée par l’incroyable Catherine Keener (Dans la peau de John Malchovitch)) l’hypnotise (un peu) de force, soit disant pour l’aider à arrêter de fumer. Heureusement pour lui Rose sa petite amie, se rend compte également que l’attitude de ses parents mettent mal à l’aise Chris et prend son parti.

Le film puise toute sa force dans ses dialogues, qui mettent en exergue le message du réalisateur sur le racisme moderne. Lors d’une scène centrale du film, les amis riches, vieux et blancs de la famille de Rose, s’adressent à Chris avec une complaisance toute particulière. De « jolies » phrases ponctuées de « Oh mais j’ai voté pour Obama » ou encore « On a jamais fait mieux que Tiger Wood dans le monde du golf » etc. Une sur-justification déplacée qu’ils déclament avec un sourire figé tout en acceptant un martini de la part de Georgina, la domestique afro-américaine de la famille Armitage. Le racisme n’est plus montré avec un virulent rejet mais bien par une appropriation de la culture afro-américaine par une partie de l’Amérique embourgeoisée et toujours guidée par des principes néo-colonialistes. Plus question de dénigrer, le mot d’ordre a changé, c’est derrière un sourire de bienveillance que le racisme s’opère.

Si nous enlevons, le message coup de poing de Get Out, le film s’impose également comme un excellent film d’horreur. Si Cure for Wellness se révèle être une immense déception malgré de beaux efforts, Get Out rehausse le niveau prouvant que film de genre, scénario original et grand public ce n’est pas incompatible. Par exemple, l’utilisation des jump scare a été faite avec parcimonie, privilégiant les scènes d’ambiance. Les séquences « oniriques » sont des petites merveilles de réalisation, esthétiques et plastiques, mais surtout sont toujours là pour étayer un propos (ce que Cure For Wellness ne faisait pas). Car un film de genre qui sort du lot c’est avant tout une question d’équilibre. Parmi le nombre incalculable de films d’horreur à petit ou moyen budget qui sortent chaque année, dans nos direct to dvd ou dans les salles obscures, certains sortent du lots : Green Room, Don’t Breathe, It Follows, ou des plus discret comme The Invitation, pour n’en citer que quelques-uns, (tous choisis volontairement dans le système de production américain). Si ces quelques longs-métrages se font remarquer c’est de par leur équilibre. Ils respectent parfaitement les codes d’un film de genre/d’horreur tout en apportant un message, une finesse stylistique, ou tout simplement une pâte d’auteur. Get Out est là pour nous rappeler qu’il y a quelques décennies de cela, le film d’horreur était un médium fort pour parler de véritables problèmes de société. (Le cinéma d’horreur et notamment de Zombies des années 70 par exemple).

In Fine, Get Out mérite son succès public et critique. Si le film se démarque de par son message qui s’ancre parfaitement dans l’actualité, il peut exister également comme magnifique objet filmique. Des frissons aux rires, de l’angoisse à la réflexion, ce premier long-métrage transmet toutes les nuances d’émotions qu’un film peut offrir. Casting impeccable, montage millimétré, scénario original (dans les deux sens du terme), Get Out est bien plus que le film d’horreur que l’on zappe sur Netflix avec une pizza. Get Out c’est la nouvelle petite merveille du cinéma de genre grand public.