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Critique : Green Room de Jeremy Saulnier

« Nobody leaves »

Un groupe de punk rock fauché accepte malgré eux de jouer dans la soirée d’un gang skinhead. Si l’ambiance n’est guère agréable, ce n’est que lorsqu’ils se retrouvent mêlés à une sordide affaire de meurtre que les choses dégénèrent vraiment : bloqués dans une petite loge avec le cadavre et l’amie de celle-ci, ils sont à présent menacés par le propriétaire des lieux et son inquiétante équipe.

Après Blue Ruin, Jeremy Saulnier faisait de Green Room une attente importante, annoncée à la Quinzaine des réalisateurs, pour le Festival de Cannes 2015. Le film s’avère bien être un survival totalement assumé, évoluant dans une ambiance bien annoncée et mettant en scène un groupe de musiciens ratés aux personnages presque tous identiques et sans reliefs. Lorsqu’ils sont, suite à un malheureux hasard, témoins d’un meurtre, ils sont pris en otage et, contrairement à ce qu’on pourrait penser au premier coup, ne s’en sortent pas trop mal. Il faut dire que le film a l’intelligence d’appuyer ses péripéties sur les décisions et plans de ses protagonistes plutôt que sur leur stupidité – hélas, grande facilitée d’aujourd’hui, ce qui corse un peu l’ensemble et ne rend le long-métrage trop désagréable à regarder. Bien que fortement appréciable, cette construction s’avère cependant vite insuffisante face à une vacuité de plus en plus persistante et à la fadeur des personnages et de leurs dialogues. Même Imogen Poots (pourtant excellente et magnétique) ne parvient jamais à se détacher du groupe et, là où des clivages idéologiques d’extrême gauche et extrême droite se devraient d’être présents, les opinions de chacun restent invalidées, la dichotomie aurait gagnée à bénéficier d’un meilleur traitement.

Quant à Patrick Stewart, il campe un personnage qui semble copié (à la perfection, là n’est pas son tort) et non pas seulement sur le look, à l’Heisenberg de Breaking Bad, un tout-puissant charismatique chef nazi d’un calme et d’une bienséance à toute épreuve, cette similitude allant même jusqu’aux craintes du personnage qui voit à plusieurs reprises son statut menacé mais s’obstine à imposer son pouvoir. Tout comme Heisenberg, il contraste avec son entourage de jeunes voyous, ici des skinheads stéréotypés aux allures de  naïves machines à tuer décérébrées et grosses brutes épaisses qui parlent allemand à leurs chiens de combat, histoire d’enfoncer l’étiquette de nazis avec de gros sabots et de présenter noir sur blanc leur cruauté sur-répétée de long en large, dont on en voit finalement pas grand chose.

Il semblerait que le film ait un propos sur la liberté de penser d’un peuple sans que l’on sache où le trouver, peut-être dans l’aspect sectaire du groupe néo-nazi (bien que l’idéologie soit sous-traitée) qui cause du tort à nos héros mais aussi à ses propres membres, englués dans un mensonge, mensonge qui ressort à travers le cadavre d’une jeune femme que l’on imagine vaguement objet de convoitises. On s’arrête également sur le rapport aux armes ou au détour d’une vague conversation un peu forcée et sans grande subtilité faisant allusion à la guerre en Irak entre deux tentatives d’évasions. Ces tentatives ne prenant en haleine seulement quand Green Room commence à instaurer un certain suspens, soit dans son dernier quart, ce qui est assez dommage.

Le film manque de consistance et rigueur, n’entraînant que très difficilement son spectateur dans une première moitié plutôt pénible et sans grand rythme – lacune importante pour un survival qui se doit d’instaurer un certain suspens, avant que l’action vienne se corser dans le dernier quart de l’œuvre duquel on tire un certain plaisir grâce à un suspens un peu plus présent et un décollage de la mise en scène. Le sous-texte pourtant imposé avec de gros sabots ne parvient pas à ressortir, entraînant toujours la question de son existence et de la sur-analyse. L’exercice de genre ressort comme étant gratuit mais surtout peu réussi, heureusement remonté par de dernières minutes mieux orchestrées, qui tendent vers une certaine jouissance pour le spectateur.

Green Room reste un exercice de genre faible et englué dans ses lourdeurs comme dans ses longueurs. Il patauge très souvent et n’offre qu’un faible intérêt pour son traitement.Le fond ne ressort pas suffisamment, la forme peine trop à nous entraîner. On admet cependant un attrait divertissant pour un décollage malheureusement trop tardif qui capte assez longtemps l’attention du spectateur pour lui offrir un spectacle un peu plus positif à garder en mémoire. Même si son ensemble ne s’avère pas si catastrophique pour autant et pourra peut-être trouver son public, le film se classe dans une catégorie plutôt mineure.