Animation, Critiques de films

Critique : Happy Feet 2, de George Miller

Après le succès de Happy Feet en 2006, auréolé d’un Oscar – mérité – du meilleur film d’animation, George Miller reprend les mêmes ingrédients en améliorant les qualités du premier. Soyez prêt à taper des pieds !

 

Affiche du film Happy Feet 2, de George Miller
Affiche du film Happy Feet 2, de George Miller

 

Mumble, le roi des claquettes, est bien ennuyé quand il découvre que son fils Erik est allergique à la danse. C’est alors que ce dernier s’enfuit et rencontre Sven Puissant, pingouin capable de voler ! Mumble comprend qu’il ne peut nullement rivaliser avec ce personnage charismatique qu’Erik tente d’imiter… Mais la situation ne fait qu’empirer quand le monde est menacé par des forces telluriques… Erik prend conscience que son père ne manque pas de cran lorsqu’il mobilise le peuple des pingouins et d’autres créatures fabuleuses, du minuscule Krill au gigantesque éléphant de mer, Elephant Seals, pour rétablir l’ordre…

 

 

Happy Feet n’est pas qu’un film avec des pingouins qui dansent et chantent. C’est un peu plus que cela. C’est un film d’animation brillamment réussi qui nous propose à l’adulte d’aller chercher en lui sa part – consciente ou non – d’enfant, et aux plus petits de mettre en exergue une part d’adulte qui sommeille en eux. Car oui, qu’on se le dise, Happy Feet était, et est toujours à la vue de sa suite, une belle réflexion sur l’Homme et le monde qui l’entoure. En effet, passez l’originalité de manchots chanteurs et d’un autre différent (puisqu’il danse avec ses pieds comme un Dieu), et vous trouverez tout l’intérêt intellectuel d’un bon film d’animation. Disney et Pixar ont déjà joué cette carte-là dans des films comme Le Roi Lion ou Toy Story et tout le monde a vu le succès de ces derniers pour en témoigner. Si le premier a connu un succès quasi-dithyrambique – pour un film hors des majors spécialistes du genre (196 millions de billets verts), le second a fait un flop aux États-Unis en attendant sa sortie internationale. Happy Feet 2 n’a fait qu’un peu plus de 50 millions de dollars. Tentons d’expliquer pourquoi et de comprendre l’échec d’un film incompris.

Extrait du film Happy Feet 2 (2011)
Extrait du film Happy Feet 2 (2011)

 

Au premier abord, Happy Feet 2 semble avoir pompé nombre d’éléments déjà présents dans le premier. Si Mumble a cultivé sa différence et en a fait un atout majeur, son fils n’est pas attiré par la danse et après une fugue aux côtés de son oncle Ramon, il désire voler tel un oiseau. Les points communs sont nombreux, le rôle de Ramon auprès d’Erick est fortement ressemblant à celui qu’il avait auprès de Mumble dans le premier. Jusqu’au détail près : dans le premier opus, Mumble – encore bébé – se cache dans une crevasse de glace pour échapper à des rapaces ; dans le second, son fils s’y cache aussi pour échapper à la honte qui s’abat sur lui parce qu’il ne sait rien faire de ses pieds. Les exemples peuvent être assez nombreux. L’argument qui en ressort : le scénario n’a pas évolué, il n’y plus d’originalité. Il y a pourtant une suite logique. Mumble est à peine adulte lorsqu’il forme un couple avec Gloria, et ensemble, ont un enfant. Erick se sent lui aussi différent. Il s’enfuit donc avec deux de ses meilleurs copains et se retrouve en Adélie où des choses ont changé. Des nouvelles races de pingouins sont présentes, le gourou Lovelace sauvé d’une marée noire porte un pull tricoté, lui donnant une allure de rasta bien délirante, et une nouvelle personne a fait son apparition. Dès le début, Happy Feet 2 a marqué son intérêt : physiquement, défilent devant nous des images de cosmos, avec une voix-off très sérieuse. Dans le premier, nous avions ces éléments, mais utilisés d’une manière beaucoup plus laxistes (notamment la voix-off naïve).

Extrait du film Happy Feet 2 (2011)
Extrait du film Happy Feet 2 (2011)

 

Happy Feet cultive aussi des sujets bien actuels. D’un part en fil conducteur, nous retrouvons la thématique de la planète en danger. Les Empereurs se retrouvent prisonniers de leur nid douillet parce que la glace bouge dangereusement. Ramon revient en Terre-Adélie où la verdure a fait son apparition. Puis il y a la relation entre l’homme – les étrangers ici, des aliens dans le premier – et l’animal, symbolisée par la différence entre l’animation et la prise de vue réelle. Elle aussi présente dans le premier opus, elle se renforce ici, mais n’apparaît pas franchement plus pertinente (la scène du scientifique marin guitare en action est profondément second degré et en même temps assez ridicule, preuve que cela fonctionne mieux avec des pingouins). De plus, Happy Feet 2 aborde avec brio le culte de la personnalité, avec un nouveau personnage, Sven, un étrange pingouin au bec rouge, qui sait voler. Il s’agit d’une belle allégorie de l’homme au-dessus d’un autre parce qu’il possède quelque chose de particulier qui le rend plus fort. A cette même personne de revenir à la réalité quant on parle de supercherie. A la différence de Mumble qui va persister et assumer – avec raison – sa différence, Erick va revenir à la réalité. Et c’est là qu’intervient une autre différence : Happy Feet 2 fait l’apologie de la famille et du vivre-ensemble, assumer sa personnalité est passé au second plan. Enfin, Happy Feet se démarque en faisant apparaître des nouveaux personnages, et notamment Will et Bill le krill (doublés par Brad Pitt et Matt Damon), deux délirantes crevettes microscopiques. Là encore, pas de hasard : Will est un animal à la base de la chaîne alimentaire, qui désire grimper pour s’affirmer ; Bill est un trouillard de première, un poil homo. Une quête initiatique à tous les niveaux, sublimée par une 3D plus que sympathique. Pour un coût de 130 millions

L’avis : Une bande originale encore plus féroce et un humour encore plus décapant, Happy Feet 2 continue de nous épater avec un rythme fou, des thématiques intelligentes et pertinentes. On est bien en présence d’une suite réussie, qui surfe sur les qualités du premier opus, pour en tirer le meilleur. Le film d’animation de l’année 2011 ?