Biopic, Critiques de films, Festivals, Gand 2017

Critique : I, Tonya de Craig Gillepsie

La maîtrise de Margot Robbie

 

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Craig Gillepsie semble aimer les histoires vraies. Après Their Finest Hour l’an dernier, le revoici déjà de retour avec I, Tonya, un biopic sur la patineuse artistique Tonya Harding. Son histoire avait fait grand bruit au début des années 90 mais, sans doute que beaucoup de monde ne la connaît pas. Et c’est tellement absurde que ça méritait d’être traité au cinéma.

L’ouverture se fait au travers d’interviews. Parmi les intervenants on retrouve Tonya elle-même, son ex-mari, son ancien garde du corps, sa mère, sa coach et un journaliste sportif. En quelques phrases chacun, les spectateurs peuvent déjà saisir le style auquel ils vont faire face. Certains n’ont pas leur langue dans leur poche et sont très directs et crus. I, Tonya, ce sont des conflits, des fortes personnalités qui vont s’affronter, s’aimer, se détester, bref, c’est violent.

Au départ, Gillepsie montre l’enfance de Tonya et la façon par laquelle elle va arriver au sommet, ou presque le sommet. Il s’intéresse à l’environnement familial, et l’absence d’environnement familial, mais, principalement, au personnage de la mère, incarné par une fantastique Allison Janney. Cette dernière est très sûre d’elle, arrogante, méchante. Ce n’est pas vraiment la mère dont les petites filles rêves. Mais c’est aussi une mère qui fait tout pour la réussite de sa fille, par la manière forte. La douceur et la souplesse sont des mots inconnus de son vocabulaire. En fait, c’est un peu la figure cinématographique classique du parent dur avec ses enfants mais dont l’éducation difficile les a forgé.

La relation entre Tonya et sa mère va être au cœur du récit quasiment en permanence. Cette relation, complètement conflictuelle, va être ajoutée d’une autre relation compliquée, celle entre Tonya et son futur mari, relation qui a commencé quand elle avait 15 ans. Entre Tonya et Jeff, son mari donc, ce sera tout aussi violent. Et l’amour qu’elle éprouve pour lui ne fera que compliquer les choses. Avec de telles relations empoissonnées, c’est difficile pour Tonya de se concentrer sur son patinage.

Ces relations auront des conséquences importantes sur la carrière de Tonya, jusqu’à cet incident comme ils l’appellent de 1994. Une adversaire de Tonya fut blessée au genou. Le commanditaire ? Jeff. A partir de ce moment là, tout va partir dans tous les sens. Les bras cassés qui ont fait le coup rappellent ceux de Fargo tant l’amateurisme transpire de partout.

I, Tonya, ce sont plusieurs niveaux de lecture. Il y a l’affaire mais aussi tout ce qui gravite autour. C’est le portrait d’une femme, c’est le portrait d’une partie de l’Amérique et de certains aspects du pays. Tout cela est très sérieux mais, I, Tonya est aussi une comédie. Le traitement insufflé est intelligent et très drôle. L’ouverture du film, dont on parlait plus haut, donnait déjà le ton. La suite, ce seront des scènes très cocasses pour ne pas dire absurdes voire surréalistes dans certains cas. L’humour est tant dans les dialogues que dans les mouvements et décisions des personnages, ce qui fonctionne très bien.

La mise en scène de Craig Gillepsie est bonne mais ce que l’on remarque surtout c’est le travail de montage visuel. Son rythme est bon, sans temps morts. Autre chose également, la photographie, du belge Nicolas Karakatsanis, à qui l’on doit les films de Michael Roskam. Gillepsie et lui font un travail absolument remarquable lorsqu’il s’agit de filmer les scènes de patinage artistique. Il y a une dynamique rarement vue à l’écran qui montre ce sport sous un regard inédit.

Enfin, impossible de parler du film sans mentionner la prestation de Margot Robbie qui signe ici l’une de ses meilleures prestations à l’écran, si pas la meilleure. On ne l’a jamais vue comme ça auparavant mais, espérons qu’elle réitère les rôles plus difficiles dans le futur. A noter également les présences de Sebastian Stan, Allison Janney qui, comme mentionné plus haut, incarne la mère de Tonya et livre une prestation particulièrement remarquable, Bobby Cannavale dans des apparitions toujours très drôles ou encore Paul Walter Hauser dans un rôle surprenant et très réussi.

I, Tonya n’est pas juste un biopic. C’est aussi une comédie policière succulente façonnée de bien belle façon. Craig Gillepsie signe une œuvre aboutie et très travaillée. Force est de constater que les efforts payent car le résultat est probablement supérieur aux possibles attentes. Les performances des comédiens, Margot Robbie et Allison Janney en tête, sont la cerise sur un gâteau on ne peut plus appétissant. Au final, Craig Gillepsie débarque là où on ne l’attendait pas et, il a réussi son coup.