Critiques de films, Drame

Critique : Insyriated (Une famille syrienne) de Philippe Van Leeuw

L’enfer, ce n’est pas toujours les autres

Dans la Syrie en guerre, d’innombrables familles sont restées piégées par les bombardements. Parmi elles, une mère et ses enfants tiennent bon, cachés dans leur appartement. Courageusement, ils s’organisent au jour le jour pour continuer à vivre malgré les pénuries et le danger, et par solidarité, recueillent un couple de voisins et son nouveau-né. Tiraillés entre fuir et rester, ils font chaque jour face en gardant espoir.

Insyriated, retitré en France Une famille syrienne, est un hommage aux oubliés de la guerre. C’est, comme aucun de ses titres ne l’indique, un film réalisé par un belge qui a été marqué des propos tenus par une amie qui n’avait pas eu de nouvelles de son père coincé dans son appartement d’Alep depuis trois semaines. Généralement, les films de guerre s’intéressent au conflit, aux enjeux politiques, aux différentes parties prenantes sauf une, les civils. Avec Insyriated, Philippe Van Leeuw montre le quotidien d’une famille syrienne qui subit le régime de Bachar el-Hassad de plein fouet. Prix du public à la dernier Berlinale, prix de la mise en scène, de la meilleure comédienne (ex-aequo à Hiam Abbass et Diamand Abou Abboud) et du public au festival du film francophone d’Angoulème, la moisson de prix est remarquable éloquente. Le film plait, tant au niveau professionnel que du public.

Cela s’explique relativement facilement. Van Leeuw a fait un choix de mise en scène fort en décidant de réaliser un huis-clos. En effet, jamais la caméra ne sort de l’appartement où vit la famille. Cet exercice de style a plusieurs effets. Tout d’abord, il donne un sentiment de claustrophobie intense. C’est une façon d’isoler les personnages, les couper du reste du monde et ce malgré la présence de la télévision dans l’appartement. Ce procédé, au vu de la pression extérieure permanente, est haletant et ne s’essouffle jamais. C’est également un évident moyen qui permet aux spectateurs de se lier à ces mêmes personnages. C’est primordial pour l’empathie et, inévitablement, spectateurs et personnages sont connectés par un lien indéfectible. Bien entendu, le huis-clos n’est pas un procédé neuf, même pour un film de guerre. L’an dernier, Clash était un joli coup dans le même genre et d’autres films notables ont utilisé la même chose, comme Dégradé par exemple. Mais, Insyriated prouve, une fois encore, sa diable efficacité.

Outre l’exercice de mise en scène, Insyriated est surtout une mine riche en thématiques, telles que le partage, l’entraide ou encore la responsabilité. C’est également un film qui permet à ses comédiens de se libérer complètement. Dans cet espace clos, confiné, ils parviennent à donner corps à leurs personnages, à leur donner de la personnalité, une âme. Ce processus a une importance capitale car, sans cela, le film n’existerait pas. Le jury du festival du film francophone d’Angoulème ne s’y est pas trompé, Hiam Abbas et Diamand Abou Abboud sont tout simplement fabuleuses. Elles montrent de la grâce, de la force et de la pudeur alors que leurs personnages sont confrontés à des conditions extrêmement difficiles et compliquées. Le conjoint de chacune d’entre elle est à l’extérieur, dans l’inconnu.

Amateurs de huis-clos, Insyriated est fait pour vous. C’est un portrait saisissant des victimes oubliées de la guerre en Syrie, les civils, cloîtrés chez eux. En étant au plus près de ses personnages, Philippe Van Leeuw rend une copie haletante qui ne laissera pas intacts les spectateurs, d’autant plus que le résultat est sublimé par les prestations de ses comédiens et, surtout, comédiennes, Hiam Abbas et Diamand Abou Abboud en tête.