Critiques de films, Espionnage

Critique : Jason Bourne de Paul Greengrass

Bourne entre dans l’ère post-Snowden

Affiche de Jason Bourne de Paul Greengrass (2016)
Affiche de Jason Bourne de Paul Greengrass (2016)

Ils l’avaient annoncé, pas question de faire un quatrième épisode de la saga Jason Bourne s’ils ne trouvaient pas le bon scénario. Cela n’a pas trop plu à la production qui a lancé une espèce de suite/spin-off avec Jeremy Renner en tête d’affiche. Alors que Tony Gilroy, le scénariste historique de la saga, était aux commandes, le film a globalement déçu et était largement en deçà du niveau de la trilogie ayant donné à Matt Damon son statut de star. Près de 8 ans après La vengeance dans la peau, Paul Greengrass et Matt Damon remettent le couvert. Ce qui a changé depuis 2008 ? Edward Snowden. Cela a visiblement convaincu la paire qu’il y avait de la matière à exploiter avec l’agent secret amnésique. Mais est-ce que ça va convaincre la critique et le public ? Rien n’est moins sûr.

La traque de Jason Bourne par les services secrets américains se poursuit. Des îles Canaries à Londres en passant par Las Vegas…

Il n’y a rien de pire que de voir un film que l’on attend énormément parce que, si le résultat n’est pas à la hauteur des espérances, la déception est immense. La saga Jason Bourne est certainement une des sagas d’espionnage et d’action les mieux réalisées de ces dernières années. Elle a de nombreux fan ce qui, au vu de sa qualité, est compréhensible. La paire Greengrass/Damon a très bien fonctionné à de multiples reprises, sur la saga Bourne ou Green Zone. Les deux hommes font rarement de mauvais choix et donc, l’optique de les voir se réunir à nouveau pour un nouvel opus sur Jason Bourne était on ne peut plus alléchant. Hautes étaient les attentes, terrible fut la chute. En 2012, on n’aurait jamais pensé dire que le film avec Jeremy Renner dans le rôle d’un agent d’Outcome serait meilleur qu’un vrai film Bourne. Ce jour est pourtant arrivé.

La trilogie Bourne fonctionnait parce qu’elle avait un fil conducteur qui tenait en 3 parties et qui pouvait facilement être agrémenté de péripéties. Le spin-off fonctionnait beaucoup moins car pas dans la même veine et parce que son scénario était bien maigre. Ici, on sent une volonté de revenir à ce qui a fait le succès de la série à savoir, la recherche de son identité par Bourne. Comme il a plus ou moins retrouvé la mémoire concernant son histoire suite aux événements survenus dans la trilogie, il fallait trouver autre chose. Cette chose : papa. Et oui, l’éternelle figure paternelle qui n’était sans doute pas celui qu’il prétendait être. Ce n’est évidemment pas l’arc narratif principal, la quête d’identité étant presque reléguée au second plan. Le sujet principal est une énième machination du côté des instances des agences de renseignement, le tout saupoudré de préservation de la vie privée et des données personnelles avec un soupçon d’Edward Snowden dont le nom sera prononcé furtivement.

Extrait de Jason Bourne de Paul Greengrass (2016)
Extrait de Jason Bourne de Paul Greengrass (2016)

Le gros problème du scénario, c’est son aspect fourre-tout. On ne peut s’empêcher de penser que le prétexte donné pour faire ce film est maigre ou alors, terriblement mal exploité. Parce que ça ne s’arrête pas là. Si l’histoire est fourre-tout, elle aurait pu au moins être passionnante ou, au moins, intéressante et haletante. Même ça, Greengrass n’y parvient pas. La première heure se suit sans trop de peine mais la seconde… on voit les minutes défiler. On peut probablement cibler un problème d’écriture des personnages. Si Bourne et Nicky Parsons sont de retour, les autres personnages sont tous nouveaux dans la franchise. Entre le chef de la CIA, la brillante analyste, l’atout et le génie millionnaire, il y avait pourtant de quoi faire. Concernant certains d’entre eux, leur évolution est trop évidente. Pour d’autres, cela va parfois trop vite. Enfin, il y en a pour lesquels l’intérêt est tout à fait relatif alors qu’il aurait du être beaucoup plus important.

La saga Bourne est réputée pour ses poursuites et ses cascades. Côté poursuites, le compte y est. Les scènes se déroulant à Athènes et Las Vegas sont à la hauteur des espérances. Côté cascades en revanche, c’est moins intéressant que ce que les 3, voire 4, premiers films ont pu faire. Cela ne serait pas trop grave si le film était prenant comme on le disait plus haut mais, il y a un autre problème qui contribue à ce plantage : le montage. Le film parle beaucoup, il y a peu de scènes d’action particulièrement intéressantes et les enchaînements sont laborieux. Si la mise en scène de Greengrass est toujours aussi efficace, il faut noter un manque général de tension. Greengrass n’a pu insuffler la dose suffisante pour atteindre les standards de la saga.

Extrait de Jason Bourne de Paul Greengrass (2016)
Extrait de Jason Bourne de Paul Greengrass (2016)

Malgré un petit coup de vieux, ça fait 8 ans depuis le dernier film ne l’oublions pas, Matt Damon tient toujours la dragée haute à ceux qui lui font face. Avec ses tempes grisées, il incarne un Jason Bourne plus mature mais toujours aussi létal quand cela s’avère être nécessaire. L’autre vieille connaissance des fans est Nicky Parsons qui est interprétée par Julia Stiles. Le personnage, tout comme l’actrice, a changé et Stiles est très bien dans son rôle. Son évolution est intéressante quoi qu’un peu courte malheureusement. Enfin, on en arrive aux nouveaux venus : Tommy Lee Jones, Alicia Vikander et Vincent Cassel. Ce dernier, comme dans à peu près tous les films anglo-saxons dans lesquels il joue, a un jeu assez limité. En tout cas, on n’est pas fan. Plus il vieillit moins il articule, il s’agit de Tommy Lee Jones dans un rôle de directeur de la CIA assez classique. Sa prestation l’est tout autant. Rien de neuf à l’horizon. Enfin, on retrouve l’omniprésente Alicia Vikander dans un rôle d’analyste à la Nicky Parsons. La comparaison est évidente. Trop. Le personnage est probablement l’un des plus intéressants du film, dommage que ça ait déjà été vu dans la saga et que l’exploitation qui en est fait est trop prévisible.

L’exigence est haute et pourrait sembler sévère mais non, Jason Bourne n’est pas un mauvais film pour autant. Il se fait simplement qu’il est loin du niveau de qualité de ses prédécesseurs. Paul Greengrass est un gage de qualité. Moins dans ce cas ci. Le plaisir de retrouver des personnages connus et appréciés est évidement appréciable mais ne suffit pas à compenser le scénario un peu léger et la technique qui ne suit que laborieusement pour ne pas dire péniblement. Un coup d’épée dans l’eau qui mérite peut-être une seconde vision mais, à chaud et vu juste après une nouvelle vision de la trilogie (voire quadrilogie donc), le constat est limpide, il ne fait pas le poids.