A l'affiche, Action, Critiques de films, Grid, Sorties Belgique, Sorties France

Critique : Justice League de Zack Snyder

Louange à la mère des horreurs

Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

Ah le DC Extended Universe… Il y a tant de choses à dire dessus. Parti avec près de 10 ans de retard par rapport à Marvel et son Cinematic Universe, DC, dont les droits appartiennent à Warner, se devait d’être une alternative en meilleure forme. Avec le temps, on était en droit de penser qu’ils auraient pu faire des films de meilleur calibre, sans les défauts des films Marvel. Mais non. De films en films, DC ne semble toujours pas savoir sur quel pied danser. Leur univers partagé semble incohérent et terriblement brouillon. Déjà, faire Batman v Superman, sorte de climax attendu par les fans, en second film de la franchise, c’était osé, pour ne pas dire stupide. Mais ils remettent le couvert. Depuis, il y a eu Suicide Squad et, ce qui est sans doute le meilleur film du DCEU bien qu’il ne soit pas extraordinaire non plus, Wonder Woman mais, c’est tout de même insuffisant. En effet, ce qui faisait la force d’Avengers, c’est que les spectateurs avaient eu le temps de faire connaissance avec les personnages et, le climax attendu a eu lieu. Ici, Justice League introduit trois nouveaux personnages que sont Cyborg, Aquaman et Flash. Les amateurs de comics les connaissent déjà plus ou moins mais, les spectateurs et fans, si ça existe, du DCEU, non, dans le sens où ils n’étaient pas présents à l’écran jusqu’à maintenant.

La tâche de Zack Snyder n’était donc pas aisée puisqu’il devait construire un film qui ait de l’ampleur, avec une équipe de super-héros dont trois d’entre eux devaient être introduits dans le film. Ce n’était pas impossible à faire mais, c’est déjà compliqué. Pour que cela fonctionne, il faut déjà un scénario béton et, les films passés ont déjà démontré que ce n’est pas forcément leur spécialité, autant dire que la confiance n’était pas à son maximum avant de voir le film.

Justice League, c’est donc Batman et Wonder Woman qui tentent de constituer une équipe de super-héros afin de sauver le monde, rien que ça, de la terrible menace qui pèse sur lui. Cette menace, c’est celle d’un méchant au nom improbable qui laisse penser qu’Henry Fonda, Dennis Hopper et Jack Nicholson vont débarquer à moto à tout moment. Ce fameux méchant est plutôt vénère, ça fait des centaines d’années qu’il ronge son frein, et veut récolter trois obscures boites qui, ensemble, peuvent détruire à peu près n’importe quoi. C’est donc une menace on ne peut plus sérieuse. Le premier souci, c’est que le film est dénoué de toute ampleur et envergure. La fin du monde, impossible d’y croire voire même de s’y intéresser en fait. C’est le point narratif le plus important du film et c’est le plus galvaudé. A se demander ce qu’on foutu les scénaristes.

Comme dit plus haut, il fallait aussi introduire de nouveaux personnages. On avait déjà pu les apercevoir furtivement au milieu de Batman v Superman. Ces caméos étaient déjà assez risibles, amenés comme un cheveu dans la soupe. A nouveau, l’excitation que leur apparition aurait dû procurer était nulle. Ici, c’est un peu mieux quoique toujours aussi laborieux. Tous ces personnages apparaissent car ils sont apparus sur le radar de Batman et Wonder Woman, ou plutôt d’Alfred, toujours incarné par un Jeremy Irons à la classe inégalable. Par conséquent, Tant Bruce Wayne que Diane partent à la recherche desdits individus. Bruce s’intéresse à Aquaman du côté de l’Islande, tandis que Diane se concentre sur Cyborg aux Etats-Unis. Concernant Aquaman, on ne sait finalement pas grand chose de lui et c’est un peu frustrant. C’est l’occasion d’en découvrir plus dans le film qui lui sera dédié et prévu pour l’an prochain mais, dans ce cas, pourquoi ne pas avoir fait ce film avant ? Ici, on voit un gars doué pour se battre et qui nage extrêmement bien. C’est tout. Niveau psychologie, si ce n’est qu’il a quitté Atlantis, on ne sait rien. Autant dire que c’est très maigre. Cela n’enlève rien au fait que Jason Momoa est sans doute la personne idéale pour le rôle. En ce qui concerne Cyborg, c’est un peu mieux. Il est lié aux précédents films par le fait que son père travaille sur l’épave du vaisseau extraterrestre qui s’est écrasé dans Métropolis et dont le rôle était important dans Batman v Superman. C’est d’ailleurs de cette épave que viennent les pouvoirs de Cyborg. En ce qui concerne son développement, c’est un peu mieux mais ça reste franchement léger. Pour Flash, amené via Bruce Wayne, c’est comme pour Aquaman. Psychologie zéro. Son seul atout, c’est d’être l’atout comique du film. C’est le petit nouveau enthousiaste par à peu près tout. A noter que la partie humour est un peu plus subtile que chez les voisins. Enfin bref, ces nouveaux personnages, bien qu’ils aient quand même quelques qualités, c’est difficile d’avoir beaucoup d’empathie pour eux. On se fiche un peu de ce qui va leur arriver, ce qui est bien dommage. C’est également dans Justice League qu’est introduit le nouveau commissaire Gordon, incarné cette fois ci par J.K. Simmons. Le pauvre bénéficie de peu de scènes mais, comme le personnage est bien ancré, y compris au cinéma, son introduction est relativement satisfaisante.

Le film a connu une gestation mouvementée. Suite à une tragédie familiale, Zack Snyder a abandonné le projet en cours de tournage, remplacé au pied levé par Joss Whedon, l’architecte … d’Avengers ! Whedon a (re)tourné beaucoup de scènes afin d’y apporter sa patte mais, ce n’a pas été suffisant. Petite bizarrerie d’ailleurs, Whedon n’est pas crédité comme co-réalisateur, l’honneur revient uniquement à Snyder, ce qui est tout à l’honneur de Warner. Ces difficultés supplémentaires n’ont évidemment pas aidé l’équipe à concrétiser ce projet de façon correcte. Mais la responsabilité est quand même à imputer aux metteurs en scène. Parmi les personnages, on ne sent pas d’esprit d’équipe, de camaraderie, ce qui est logique vu que, pour la plupart, ils viennent de se rencontrer. Lors du premier rassemblement de la Justice League, il n’y a absolument aucun sens de l’épique. C’est censé être un grand moment mais cela ressemble à une scène presque quelconque. Pourtant, c’est Dany Elfman qui est à la musique. L’épique, il connaît. Il ressuscite même quelques vieux thèmes bien connus des fans, dont celui d’un personnage qui fait son retour, retour censé être « inattendu » (mais, gros indice, le comédien a participé à toute la promo).

Autre gros point noir du film, et probablement le pire, les effets spéciaux. On le sait, ce genre de blockbuster coute un sacré paquet de pognon. Et, on le sait aussi, les effets visuels coutent bonbon, ce qui fait augmenter rapidement la facture. Dans des films comme celui-ci, le cahier des charges exige un niveau de qualité sans reproche. C’est loin, très très loin d’être le cas. Rarement des effets visuels si ratés ont été vus au cinéma. C’est une véritable bouillie visuelle. Cela ressemble également beaucoup trop à un jeu vidéo par moments. Pour un jeu vidéo, on dirait que les graphismes sont bons mais, pour un film hollywoodien de cette trempe, c’est tout simplement inacceptable. Les comédiens, Ben Affleck et sa froideur habituelle, pour ne pas dire transparence, tout comme Gal Gadot en Wonder Woman, font le service minimum mais, ça ne suffit pas. Il en est de même pour la flopée de comédiens impliqués, que ce soit Jason Momoa, Amy Adams, Ezra Miller, Diane Lane ou encore Ray Fischer.

Petite chose pour terminer, Marvel est définitivement une inspiration pour DC puisque, cette fois ci, des scènes post-génériques font leur apparition. La première, en début de générique, est comique tandis que la seconde, à la toute fin, est là pour donner l’envie aux spectateurs. On ne dévoilera rien mais, il faut reconnaître qu’elle est tentante et satisfaisante, bien plus que ne l’est Justice League. Cependant, quand on voit le résultat des films du DCEU, ce n’est pas sûr que le traitement des futurs éléments soit optimal ou rassurant.

On aurait aimé dire que Warner était enfin sur de bons rails mais ce n’est malheureusement pas le cas. Le scénario manque de cohérence, de soin, de personnages forts auxquels le public peut s’identifier et pour lesquels il pourrait avoir de l’empathie. On se fiche de leur destin tout comme on se fiche du sort de la Terre, la faute à un méchant inintéressant et absolument hideux, reproche que l’on peut faire à tout le film tant les effets spéciaux visuels sont infâmes. Le casting, la mise en scène bancale et le montage approximatif n’y changent rien. Bref, et presque comme attendu, Justice League est raté. Dommage car il y avait évidemment un large potentiel pour faire quelque chose d’enfin épique.