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Critique : Kakekomi de Masato Harada

Une comédie dramatique historique sur la condition des femmes dans le Japon de 1841

Affiche japonaise de Kakekomi
Affiche japonaise de Kakekomi

Dans les années 1840, sous l’ère Edo, le Japon connaît le pouvoir abusif d’un censeur sans pitié qui interdit notamment les femmes artistes. Le temple Tokeiji, à Kamakura, permet aux femmes d’obtenir exceptionnellement le divorce, par mandat du shogunat. Jogo est une jeune femme délaissé par un mari flemmard et infidèle depuis qu’elle s’est brulé le visage à la forge qu’elle tient seule, O-Gin est la maîtresse d’un homme d’une certaine ampleur, Shinjiro, docteur novice et aspirant écrivain. Ces personnages s’y croiseront…

Kakekomi met en scène une période historique du Japon et des institutions méconnues par les occidentaux de ce fait un certain temps d’adaptation peut se révéler nécessaire et n’est pas aisé puisque le rythme du film surprend un peu au début, la mise en place peu évidente. Par film en costume, on entend plus facilement projet ambitieux, grandiloquent, romanesque soit à peu près tout le contraire de Kakekomi qui se distingue par son agréable simplicité, sa mise en scène qui, sans être totalement minimaliste, s’en approche et son genre qui bascule au fur et à mesure sur de la pure comédie, sans pour autant délaisser les enjeux dramatiques.

C’est, sous son aspect de film historique sur un sujet complexe et appréhendé par la pédagogie nécessaire, une œuvre humble, à l’humour léger et universel. Kakekomi s’affiche comme ode au féminisme qui, après un certain temps, va jusqu’à traiter d’une condition qui s’étend au-delà du Japon, tout en gardant en tête son contexte et en l’exploitant le maximum. Mais le destin de ces femmes cherchant droits et respect n’est pas un outil qui représente uniquement la condition féminine, c’est un appel à l’écoute de l’autre et au respect de ceux qui sont toujours nos semblables.

Kakekomi choisit de présenter une période de l’Histoire à travers l’humain et réussit amplement cet objectif, en partie grâce à ses interprêtes touchants et les relations construites entre les personnages. Les interractions sonnent juste, l’alchimie est évidente et la réalisation se plaît, avec beaucoup de pudeur, à amorcer les sentiments de chacun.

Un film en costumes plutôt atypique, parfois mal rythmé, mais qui présente, à travers le destin de personnages attachants, une période méconnue du Japon pour les occidentaux que nous sommes. Kakekomi est la surprise de Kinotayo, une jolie ode pleine d’humanité agréable à visionner, toujours très instructive sans l’aspect austère, malgré son début maladroit. Un film pédagogue malgré lui et aux allures engagées : à voir.