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Critique : La belle et la meute de Kahouter Ben Hania

Une jeunesse tunisienne

Lors d’une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef.  Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc.  Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?

Le printemps arabe a inspiré de nombreux réalisateurs. La Tunisie a été complètement libérée. L’an dernier, il y eu Hedi, primé à Berlin. Cette année, c’est à Cannes que le film tunisien choc s’est révélé. La belle et la meute était présenté dans la section Un Certain Regard.

Réalisé par la jeune Kahouter Ben Hania, La belle et la meute est un film choc. Sa thématique est celle de la justice, de la cause féministe, de la dignité. L’épreuve traversée par la jeune Mariam est celle d’un viol. Ce que le film va montrer, ce sont les minutes et heures qui suivent. D’abord, il faut reprendre ses esprits, savoir quoi faire. Aller à l’hôpital ? Aller porter plainte ? Dans quel ordre procéder ? Un problème majeur va s’imposer, les coupables. Apparemment, ce serait des policiers qui auraient abusés de la jeune femme. Dans un tel cas de figure, comment aller porter plainte alors que c’est auprès des coupables qu’il faut le faire ? C’est un vrai casse-tête, un enfer, que va vivre Mariam, mais aussi Youssef, son compagnon d’infortune qui n’a rien pu faire. Sur le fond, les différentes étapes traversées sont toutes difficiles et éloquentes.

Quant à la forme, c’est un procédé inhabituel que Kahouter Ben Hania a mis en place. L’histoire est racontée au travers d’un peu moins de dix plans-séquence. Chacun d’eux dure au moins une bonne dizaine de minutes. Cela implique une mise en place en béton. Tous les mouvements, tant des personnages que de la caméra, les dialogues, les entrées et sorties de cadre, tout doit être parfaitement millimétré, comme du papier à lettre. La mécanique fonctionne très bien et, forcément, impressionne.

Malgré la dureté du sujet, et c’est un peu délicat de la dire, il faut un certain temps afin de pleinement rentrer dans le récit. Une fois passée la demi-heure, la tournure que prennent les événements donne un coup de dynamisme à cette histoire qui s’embourbait quelque peu. Le résultat final est entièrement satisfaisant et ce en partie grâce à sa comédienne principale, Mariam Al Ferjani, tout simplement splendide tant elle est pleine de grâce, de force et de fragilité. Sa prestation est remarquable, ni plus ni moins.

La belle et la meute n’est pas une œuvre facile, ni à voir ni à digérer. Son propos est particulièrement difficile. Le processus de mise en scène établi par Kahouter Ben Hania est virtuose bien que pas neulf mais, il fonctionne complètement. L’ensemble met un peu de temps à se mettre à en place mais, après quelques temps, on rentre dans l’histoire. Quoi qu’il en soit, parler de ce sujet de telle manière était nécessaire et, rien que pour ça, le film a une excellente raison d’avoir été fait.