Animation, Critiques de films

Critique : La Légende De Manolo de Jorge R. Gutierrez

La Légende De Manolo n’est pas le film d’animation classique. Visuellement, le long métrage surprend. Mais l’histoire, bien que complexe, suit une formule épurée.

Dans la petite ville mexicaine de San Angel, Manolo et Joaquin sont amis depuis l’enfance. Ils tombent amoureux de Maria. Maria a un esprit furieusement rebel et indépendant qui lui vaut d’être envoyée en Espagne dans un couvent pendant plusieurs années. A son retour en ville, Maria découvre que Manolo est devenu toréador. Cependant, le jeune homme refuse de tuer les bêtes qu’il combat, ce qui lui vaut la désapprobation de son père. De plus, il ne rêve que d’une chose : chanter, mais il ne veut pas décevoir son paternel qui le force à rejoindre la tradition familiale en affrontant les taureaux. Joaquin a lui aussi du mal à sortir de l’ombre de légende de son père, le chasseur du terrifiant bandit Chacal. Alors que les deux amis s’affrontent pour séduire Maria, Manolo doit, par amour, faire un choix qui le pousse à défier ses démons.

Le Mexique tient le rôle principal du film. Ce choix des studios est bien réfléchi. Aux Etats-Unis, les Latinos représentent une des communautés à l’expansion démographique la plus importante. Par ailleurs, avec Halloween qui arrive, les enfants vont vouloir aller au cinéma et cette animation leur est dédiée. Au début du film, j’avais un peu peur de retrouver des clichés souvent émis à propos du Mexique. Cette crainte s’est vite évanouie. Certes, on retrouve les traditions populaires culinaires, vestimentaires, culturelles du pays sud-américain. Pourtant, on ne sombre à aucun moment dans le matracage, dans le surplus. Au contraire, on découvre un peu de nouvelles coutumes de manière « ludique », via des références assez subtiles qui ponctuent l’histoire sans qu’on se rende compte. « Pour atteindre une audience universelle, il faut être spécifique », explique Guillermo Del Toro, le producteur du film, reprenant ainsi citant un autre réalisateur. Cela résume bien l’oeuvre : même si le contexte est spécifique, on retrouve des thèmes classiques, qui manquent presque d’originalité. Deux amis amoureux de la même fille farouche ; une héroïne indomptable, naturellement belle et engagée ; des ados qui doivent « écrire leur propre histoire » ; l’importance de la famille : tous ces sujets ont été vus et revus. Cependant, si on garde en tête que le film s’adresse avant tout aux enfants, on pardonne volontiers passer ces petites faiblesses d’autant plus que le scénariste Jorge R. Gutierrez a choisi d’aborder la mort, concept plutôt rebutant pour les enfants. La Légende De Manolo parle de la mort pour les petites têtes blondes. Pari risqué mais assez bien relevé car l’humour et les bonnes intentions enjolivent le tableau.

Extrait de The Book of Life (2014)
Extrait de La Légende De Manolo (2014)

Quant aux adultes que le scénario laisse un peu sceptiques, ils se satisfairont amplement des superbes images. On quitte l’animation Pixar et Disney, léchée au possible. Les animateurs de La Légende De Manolo ont eux aussi policé chaque plan mais tout resplendit de couleurs et de créativité. Chaque séquence revêt une multitude de détails qui reflètent une ambiance, un ton correspondant exactement aux chapitres de l’histoire. Le royaume des oubliés rend triste par sa grisaille et sa noirceur combinées. Le pays des âmes chéries vibre de couleurs toutes plus vives les unes que les autres. Le réalisateur/scénariste et les animateurs inventent de véritables mondes, tous plus impressionnants les uns que les autres. Et on ne s’ennuie pas une seconde. A chaque minute, on a un nouveau rebondissement. Les scènes d’actions s’enchaînent à la vitesse grand V. (Du coup, quelques enfants se perdront peut-être dans la complexité du scénario.)

Extrait de The Book of Life (2014)
Extrait de La Légende De Manolo (2014)

Les choix musicaux donnent le sourire, tout comme la chaleur des personnages. On y croit donc. Petite différence avec la version américaine : sur l’autre continent, certains héros et leurs adversaires ont un accent mexicain, qui a totalement disparu dans la version française. Je ne pense pas qu’on y perde grand chose, personnellement, même si la version américaine semblera peut-être plus drôle à certains.

En résumé, La Légende De Manolo ravira les plus grands par la beauté et l’originalité de son animation. Bonne idée que de situer l’histoire au Mexique et ainsi, d’en faire découvrir la culture. On passe un bon moment en famille, malgré un scénario qui ne sort pas des sentiers battus.