Biopic, Critiques de films

Critique : La Promesse de l’aube d’Eric Barbier

Une vie si remplie…

De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…

Romain Gary a tout vu, tout connu. Il a un parcours de vie assez hallucinant, particulièrement remarquable. Beaucoup seraient jaloux de lui. Il faut dire qu’il a vécu des événements que la plupart d’entre nous ne vivons pas. Lui, ce ne fut que ça. Mais il y a un gros hic. En fait, quasiment aucun de ses choix de vie ne furent les siens. Au-dessus planait l’ombre de sa mère. Elle voyait Romain faire ceci et cela. Devenir un grand écrivain, devenir soldat,… Il aura tout fait. Tous les rêves que sa mère avait pour lui, il les a accomplis.

Le film retrace cette vie remplie, en commençant par le début de la fin, au Mexique, avant de repartir vers les débuts en Pologne, de basculer vers leur déménagement en France, les études, la guerre,… Forcément, un tel parcours ne peut que susciter l’admiration. C’est impressionnant de voir toutes les étapes par lesquelles un seul être peut passer au cours d’une vie. Un des défauts majeurs du film c’est que, cette richesse, la mise en scène n’a pas toujours su la sublimer, la rendre intéressante et ou prenante. Bien sûr elle est souvent rendue esthétiquement intéressante ou remarquable mais, il manque un petit quelque chose. Le rendu final donne une sensation de formatage académique très classique.

Il en est logiquement de même pour la gestion de la narration linéaire. S’il y a bien l’un ou l’autre flashbacks, l’ensemble est tout de même dans l’ordre chronologique, montrant ainsi une accumulation d’événements les uns après les autres. C’est souvent le même problème avec les biopics c’est que, bien souvent, les metteurs en scène se suffisent de l’histoire elle-même, espérant qu’elle est assez remarquable pour en faire un film. Ce n’est pas complètement faux mais, le résultat est assez banal au final. La question qui se pose est celle de faire le choix de ne parler que d’une période en particulier ou de narrer la quasi totale existence de la personne. Eric Barbier n’a pas su trancher totalement, bien qu’il n’aille pas jusqu’au bout de la vie de Romain Gary.

Gary est interprété par un Pierre Niney en grande forme. Sa candeur et son énergie dingue lui donnent beaucoup de prestance à l’écran et ce même s’il reste souvent dans un registre de jeu qu’on lui connaît déjà. Il en est de même concernant Charlotte Gainsbourg, toujours aussi juste et dramatique mais sans jamais tomber dans l’hystérie.

La promesse de l’aube, c’est une œuvre somme relativement trop classique qui se repose trop sur la richesse de la vie de son personnage principal, l’auteur Romain Gary. Ce n’est évidemment pas complètement inintéressant, ces expériences ne pouvant que susciter le respect et l’admiration mais, cela ne suffit pas pour donner quelque chose de neuf voire singulier. Les prestations de Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg sont évidemment à souligner. En bref, c’est bien fait mais rapidement oublié. Dommage.