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Critique : Laissez bronzer les cadavres d’Hélène Cattet et Bruno Forzani

Il était une fois en Corse

La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un véritable champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire !

Après Amer puis L’étrange couleur des larmes de ton corps, le duo Cattet/Forzani propose un nouveau film, toujours dans la même veine bien que plus accessible. Il est ici question d’un braquage en Corse et les braqueurs se planquent dans une petite demeure en ruines. En même temps, ils croisent sur leur route de retour deux femmes et avec une enfant qui se rendent au même endroit pour voir le propriétaire. Mais elles sont recherchées et, à un moment, la police, deux motards, va être impliquée.

Cette histoire est tout à fait simple. Il y a différentes parties qui sont impliqués dans différents événements plus ou moins liés. Tous vont se retrouver au même endroit, cette petite demeure en ruines. Pour les braqueurs, l’enjeu est de quitter les lieux rapidement, avec leur butin, des lingots d’or, de préférence. Pour les femmes en fuite, il s’agit de retrouver de la sécurité tandis que, pour les flics, arrêter tout ce petit monde serait plutôt gratifiant. Evidemment, les choses vont rapidement dégénérer. Les coups vont partir dans tous les sens. Les alliances vont se faire et se défaire et ainsi rythmer les échanges. Les comparaisons ne sont pas toujours bienvenues car souvent trompeuses mais, d’une certaine manière, Laissez bronzer les cadavres pourrait être assimilé à un Reservoir Dogs croisé avec un western.

On connaît le duo Cattet et Forzani pour leurs films très graphiques, très travaillés esthétiquement, inspirés par le giallo. Ici, l’inspiration est moins directe mais, cela ne donne pas une esthétique moins intéressante, que du contraire. Au niveau des accessoires et costumes par exemple, on trouve un côté vintage intéressant. Cela donne un côté intemporel au film, ce qui fait qu’il perdurera certainement dans le temps. Dans le paragraphe précédent, une comparaison avec Reservoir Dogs était faite. Il était mis que Laissez bronzer les cadavres était un mix du film de Tarantino avec un western. Si Cattet et Forzani ont quelque peu délaissé le giallo, ils en ont tout de même mis quelques éléments dans ce film ci, notamment au niveau du choix des couleurs. Mais, l’influence principale vient plutôt des westerns. Laissez bronzer les cadavres est un western moderne en fait. Au niveau des plans, du découpage, les évidences sont là. Visuellement, on pourrait se croire devant un film de Sergio Leone. Le décor un peu désertique de la Corse joue également beaucoup, tout comme cette maison en ruines. Les codes du western sont partout, même dans la musique ! Ennio Morricone est carrément présent dans la bande originale. Et le tout est couronné par la toujours superbe photographie de Manu Dacosse, dont l’oeil affuté est toujours aussi efficace pour filmer l’érotisme et l’onirisme des metteurs en scène.

Le casting comprend beaucoup de visages peu vus ou connus ce qui est plutôt rafraichissant. Elina Löwensohn est absolument glaçante. Elle est probablement la comédienne qui attire le plus l’œil durant le film, de par sa prestance et son charisme. Les autres comédiens, dont beaucoup de têtes seront reconnues par les amateurs de courts-métrages, sont évidemment très bons. Parmi ceux-ci on peut noter les présences de Pierre Nisse, Stéphane Ferrara, Bernie Bonvoisin, Marc Barbé ou encore Marine Sainsily.

Les amateurs de westerns ou de films comprenant de belles fusillades seront servis. Laissez bronzer les cadavres est un mix des deux réussi, qui fait la part belle à ses comédiens et leur environnement. Les décors sont très beaux et magnifiquement filmés. Ici, Hélène Cattet et Bruno Forzani sont moins dans l’exercice de style mais, ils n’ont pas délaissé la mise en scène pour autant, loin de là. C’est radical, moins que leurs précédents films, donc ça risque de ne pas plaire à tout le monde mais, ceux qui vont aimer risquent de beaucoup aimer.