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Critique : Le Brio d’Yvan Attal

Prose ou rhétorique

Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. A la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés.

Après s’être intéressé aux clichés sur les juifs, Yvan Attal revient aux affaires dans ce qui va être une joute verbale. Sur un scénario de Victor Saint-Macary, qui sort prochainement son premier long-métrage en tant que réalisateur, Ami-Ami, Attal illustre ce que c’est que de devoir s’imposer dans la société quand on vient de la banlieue mais pas que. C’est une lutte de générations, de cultures, de genres. C’est aussi une question de transmission et d’image que l’on reflète. Enfin, c’est surtout, un film qui illustre la richesse du langage et les techniques d’éloquence.

Dans sa structure narrative, Le brio est très classique. Avec des parties facilement identifiables, le film ne surprend jamais. Cependant, pour sa défense, ce n’est pas son but non plus. Non. L’exercice, difficile, est plutôt d’offrir un spectacle verbal aux spectateurs. L’histoire est celle de Neïla, une fille issue de banlieue qui rêve de devenir avocate et entre à l’Assas, grande université parisienne. Un de ses professeurs la prend un peu à partie le premier jour et son dérapage va l’obliger à devoir coacher la fille dans le concours d’éloquence. C’est naturellement que le film est plutôt bavard. Des personnages qui parlent beaucoup, ce n’est pas toujours très attrayant. Le défi est donc difficile. Pourtant, Yvan Attal, grandement aidé par l’écriture, réussi ce pari. Les joutes verbales sont vraiment délicieuses. Il y a celles qui prennent place au sein de l’école, que ce soit pendant les séances d’entrainement de Neïla que celles durant le concours mais ce n’est pas tout. Il y a également de beaux échanges dans la vie de tous les jours. A force d’apprendre des techniques, Neïla les mets en application au quotidien. Cela passe par ses amis d’enfance dans sa banlieue. Encore une fois, c’est la rencontre entre des mondes que tout oppose.

Ce sont ces rencontres qui sont particulièrement prenantes. Celles entre Neïla et son professeur, celle entre Neïla et le garçon qui est amoureux d’elle depuis qu’ils sont petits,… Vu le contexte, du concours d’éloquence particulièrement, le niveau verbal, très appuyé, passe très bien. Ce n’est pas comme ça que la majorité des gens parle mais, vu ce contexte, cela fonctionne parfaitement. On sent tout le soin qui a été apporté à l’écriture de manière générale mais, surtout, celui qui a été apporté aux dialogues qui sont tout simplement savoureux voire jouissifs.

La rencontre entre la fille de banlieue et le professeur, raciste et conservateur, est également une des réussites du film, qui est beaucoup due au travail des comédiens. Camélia Jordana, encore peu vue au cinéma, livre une jolie prestation mais, la surprise provient de Daniel Auteuil qui livre ici l’une de ses meilleures performances depuis de nombreuses années.

Le brio, c’est un film qui ne se veut pas intello mais qui montre simplement la rencontre entre des univers qui n’étaient pas faits pour se croiser. Le talent d’écriture fait que c’est agréable de voir ces gens parler, d’apprécier ces joutes verbales et ces structures de phrases un peu soutenues. Camélia Jordana et Daniel Auteuil sont excellents et l’alchimie entre leurs personnages fonctionne parfaitement.