Critiques de films, Drame

Critique : Le château de verre de Destin Daniel Cretton

Captain moins fantastic

Jeannette Walls, chroniqueuse mondaine à New-York, a tout pour réussir et personne ne peut imaginer quelle fut son enfance. Elevée par un père charismatique, inventeur loufoque qui promet à ses enfants de leur construire un château de verre mais qui reste hanté par ses propres démons, et une mère artiste fantasque et irresponsable, elle a dû, depuis son plus jeune âge, prendre en charge ses frères et sœurs pour permettre à sa famille dysfonctionnelle de ne pas se perdre totalement. Sillonnant le pays, poursuivis par les créanciers, et refusant de scolariser leurs enfants, les Walls ont tout de même vécu une vie empreinte de poésie et de rêve, qui a laissé des marques indélébiles mais qui a créé des liens impossibles à renier.

Si l’accroche est un peu taquine, c’est que Le château de verre, bien que très différent, a plusieurs points communs avec le succès surprise de 2016. Dans les deux films, on retrouve un père à l’éducation et au style de vie singuliers. Un road trip est partie prenante du récit et, les relations familiales peuvent être houleuses. De manière générale, c’est plus une certaine ambiance qui est commune à ces deux œuvres, d’où l’inévitable comparaison qui pourra être faite par tout un chacun. Cela s’arrête à peu près là niveau points communs mais, cela fait tout de même beaucoup. Fort heureusement, pour lui, le récit en lui-même se distingue largement.

Le Château de verre, c’est une promesse d’un père envers l’une de ses filles. Il lui a promis de construire une grande maison pour la famille, qui serait, comme son nom l’indique, majoritairement constitué de verre. Cette promesse, et cela les spectateurs le sentent rapidement, va être compliquée à tenir, voire plus, vu le style de vie imposé par les parents à leurs quatre enfants. Ils ne se posent jamais, ne travaillent pas. Enfin, ils enchainent les petits boulots mais ça ne dure jamais longtemps puisqu’ils bougent presque constamment. Leurs maisons ressemblent plus à des taudis qu’autre chose. Difficile d’élever correctement des enfants dans de telles conditions. Le père, évidemment, est alcoolique, rustre mais, quand il veut, il peut être tendre et bon envers ses enfants. Son éducation, c’est à la dure. Pour apprendre à sa fille à nager, il la jette dans l’eau, tout en étant à côté. La vie ne fait pas de cadeau donc, pas question pour lui d’en faire.

Devenus adultes, la rancœur est là. Mais la famille reste la famille. Quelle attitude adopter envers les parents ? Les haïr pour ce qu’ils leur ont fait subir ou les remercier d’en avoir fait des personnes dures grâce à ce qu’ils ont enduré ? La morale est douteuse et putassière et s’appréciera différemment selon les personnes et façon de penser. C’est difficile de trancher. Est-ce que la façon d’agir du père est bonne ? Non. A-t-elle eu des effets bénéfiques ? Probablement. Est-ce que tout cela est défendable ? Probablement pas. C’est là que réside le gros bémol du film. Le plus compliqué dans tout cela c’est que, aujourd’hui, car Le Château de verre est adapté d’un roman écrit par le personnage principal, les enfants sont, d’une certaine façon, reconnaissant envers leur père, décédé depuis quelques années maintenant.

La tâche du metteur en scène n’était pas aisée. Il ne s’est pas facilité la vie en rendant son récit un peu trop long, s’attardant trop sur certains détails, rendant un peu redondant son propos. Heureusement, il est appuyé par une Brie Larson et un Woody Harrelson en grande forme. De manière générale, le casting est une belle réussite. On peut regretter quelque peu que Naomi Watts en fasse par moments un peu trop, chose inhabituelle la concernant.

Le château de verre s’embourbe un peu dans son récit, s’attardant trop par moment et oubliant un peu son de dynamiter l’histoire mais cette dernière est portée par de talentueux comédiens. Au final, le film souffre un peu de ses quelques similitudes avec Captain Fantastic sorti un an plus tôt mais aussi de quelques longueurs. Il reste une histoire tout de même touchante bien que la morale soit discutable. Mais pour cela, chacun se fera son avis. On peu donc dire qu’il s’agit d’une semi-réussite pour le réalisateur de States of Grace.