Cannes 2015, Critiques de films, Drame, Guerre, Histoire

Critique: Le Fils de Saul de László Nemes

Le Grand Prix de ce dernier festival de Cannes porte sur le Sonderkommando, une part peu connue des camps de la mort.

Affiche du Fils de Saul
Affiche du Fils de Saul

Auschwitz-Birkenau, 1944. Saul est un prisonnier forcé d’aider les nazis dans leurs tâches d’extermination. Un jour, il croit reconnaître son fils à travers le cadavre d’un enfant, auquel il décide d’offrir une véritable sépulture. Le Fils de Saul a fait parler de lui en termes plutôt élogieux, le premier film de Làszlo Nemes a même obtenu le Grand Prix, lors de la révélation du Palmarès de ce 68ème festival de Cannes.

A partir d’un fait peu connu de l’Histoire, à savoir celle des prisonniers juifs forcés de travailler pour les nazis, Laszlo Nemes nous offre un petit prodige de mise en scène, où tout semble particulièrement fluide, à travers des enchaînements de plans séquences époustouflants. Les moindres gestes sont calculés avec rigueur mais paraissent on ne peut plus naturels. Le réalisateur évite, avec un cadre toujours très resserré, tout voyeurisme quant à l’horreur du camp, et nous la fait partager à travers les yeux de son héros, un homme porté par l’amour pour son fils, et épargné par tout pathétique qui aurait pu être potentiellement engendré. Un homme qui s’est également habitué à l’horreur qu’il voit chaque jour, en nettoyant les chambres à gaz et pelletant les cendres de ses coreligionnaires. A défaut de pouvoir nous montrer les images insoutenables et de représenter l’irreprésentable, Laszlo Nemes se concentre sur la vie brut et l’histoire intime de son héros, avec un réalisme surprenant.

Le réalisateur part de cette idée selon laquelle la majeure partie des personnes connaissent les faits et choisit un point de vue aussi particulier que réussi : il pose la vie face à la mort, Saul face aux cadavres anonymes jusqu’au jour où il y reconnaît son fils. Laszlo Nemes ne montre pas directement l’Histoire (qu’il faut déjà connaître) mais son impact sur un homme, tout en parvenant à en faire ressortir toute l’horreur et la brutalité. En désirant offrir une sépulture à son fils, Saul veut lui faire retrouver une identité, cette identité que les nazis se sont efforcés de faire perdre aux juifs, en instaurant des mesures visant à les traiter comme des bestiaux, à les déshumaniser totalement.

Extrait du Fils de Saul
Extrait du Fils de Saul

Géza Röhrig, l’interprète de Saul est une des révélations de ce festival puisqu’il porte véritablement le film, la caméra ne quittant son sujet que très rarement. On n’est pas prêt d’oublier son regard perçant et son mélange de force et de calme, alors qu’il bouillonne intérieurement.

La seule reproche que l’on peut faire à ce film aussi brut qu’intéressant, indéniablement réussi, c’est sa fin qui, aussi intelligente et lourde d’idées soit-elle, garde quelques airs d’exercices encore scolaires. Mais ce détail reste vraiment mineur, la force globale de l’œuvre surpassant aisément ces quelques secondes mal amenées dans l’esprit du spectateur.

Le Fils de Saul est un premier film qui a déjà tout d’un grand. Porté par un acteur dont le nom (à savoir Géza Röhrig) se fera très vite retenir, il traite avec brio et pudeur un sujet extrêmement dur et difficile, à travers une brillante mise en scène, aussi complexe que très fluide.