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Critique : Le Lendemain de Magnus von Horn

John le Maudit

Affiche du Lendemain, réalisé par Magnus von Horn, 2016
Affiche du Lendemain, réalisé par Magnus von Horn, 2016

John sort de prison après avoir purgé sa peine de deux ans. Il retrouve son père, son frère et son lycée mais les habitants de sa petite ville ne sont pas prêts d’oublier son crime.

Premier film de Magnus von Horn, bien reçu à l’avant-dernier festival de Cannes (il était présenté à la Quinzaine en 2015), Le Lendemain est imprégné de sa nationalité, froid comme le climat des pays nordique, se déroulant dans une Suède rurale austère, sans artifices. Cet univers et surtout cette société, les habitants de ce petit village s’imposeront petit à petit comme les meneurs du film. Von Horn fait de son personnage (Ulrik Munther) une matière d’étude, le criminel devient la brebis lancée dans la fosse aux lions. John, désirant se réinsérer, fait profil bas, on est bien loin du mugshot d’un meurtrier, on ne lui cherche pas d’excuse, on ne transforme pas son œuvre en portrait d’assassin. Le Lendemain est davantage le tableau d’une humanité obsédée par la violence, contenue à l’intérieur de chaque individu, une violence refoulée qui ne demande que prétexte pour s’exprimer. Et l’effet de meute poussera John à retrouver ses instincts les plus sombres s’il ne veut pas devenir victime. L’idée comme le traitement ont certes déjà été abordés plusieurs fois à l’écran mais l’intérêt et le point de vue toujours légèrement alternatif font naître l’intérêt.

Extrait du Lendemain, Magnus von Horn, 2016
Extrait du Lendemain, Magnus von Horn, 2016

Le lycée confortable mais sans âme, la nature brute et inhospitalière, des maisons propres et conventionnelles mais un crime et un déchaînement de haine : Le Lendemain nous rappelle l’Elephant de Gus Van Sant sur le massacre de Columbine, par son approche distante mais toujours bien sentie de ses sujets. Au milieu d’adolescents, John se distingue par une taille à peine plus grande, des cheveux un peu plus blonds, des vêtements un peu moins dernier cri pour devenir l’élément perturbateur. Si sa rage est en permanence refoulée, les autres le savent capable du pire mais en affichant au grand jour la véritable nature du jeune homme ils deviendront à leur tour de potentiels criminels. Enfin, l’adolescence est autant au cœur du Lendemain qu’elle l’était d’Elephant, les protagonistes semblent dépassés par leur rage, impuissants face à leur propre force, quand ils ne sont pas inconsciemment attirés, fascinés par la mort. L’adolescence est vie mais le drame, la fin, est tapie dans l’ombre des paysages et décors froids, présente dans l’atmosphère soigneusement développée du film. L’autre référence nous vient également d’un pays nordique, c’est La Chasse de Thomas Vinterberg, où l’intérêt de l’œuvre résidait en cette mise en scène de la violence intérieure et du déchaînement dont l’Homme peut faire preuve, utilisant les conventions judiciaires pour masquer ses pulsions haineuses, les déversant avec rage.

Extrait du Lendemain, Magnus von Horn, 2016
Extrait du Lendemain, Magnus von Horn, 2016

Qu’est-ce qui fait la responsabilité d’un meurtrier ? Aucune explication n’est donnée comme le procès de John reste sous silence. Magnus von Horn ne fait pas de psychanalyse ou ne juge pas la situation mais l’expose pour créer un drame glaçant : la pire intériorité de son personnage principal finit par se retrouver chez chacun, l’Homme est violence. Ce recul sensible dans le but de privilégier une approche des thématiques plutôt que des sujets est grandement appréciable puisque la société, le cadre familier, le microcosme des personnages se retrouve dans un angle particulièrement intéressant. Si la mise en scène s’attarde sur les apparences sécuritaires, une éducatrice calme, un frère innocent, un lycée confortable, c’est pour faire davantage jaillir la bestialité, l’horreur dans le quotidien – une horreur toujours calibrée, avec une langage cinématographique bien maîtrisé.

Le premier film de Magnus von Horn est une observation cérébrale mais aussi sensible de la violence contenue chez chacun, dans notre pire intériorité. En s’attachant obstinément au parasite qui ne peut rien prôner pour sa défense, à part sa triste humanité, Le Lendemain propose une vision toujours aussi intéressante pour un film consciencieux.