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Critique : Le monde est à toi de Romain Gavras

… pour autant que tu le veuilles

François, petit dealer, a un rêve : devenir le distributeur officiel de Mr Freeze au Maghreb. Cette vie, qu’il convoite tant, vole en éclat quand il apprend que Dany, sa mère, a dépensé toutes ses économies.

Poutine, le caïd lunatique de la cité propose à François un plan en Espagne pour se refaire. Mais quand tout son entourage : Lamya son amour de jeunesse, Henri un ancien beau-père à la ramasse tout juste sorti de prison, les deux jeunes Mohamed complotistes et sa mère chef d’un gang de femmes pickpockets, s’en mêle, rien ne va se passer comme prévu !

Ce n’est pas facile d’avoir pour père un réalisateur. Encore moins quand il est aussi connu et important que Costa Gavras. Pourtant, depuis maintenant quelques années, Romain Gavras fait son petit bonhomme de chemin. Après un premier long-métrage il y a 8 ans, Notre tour viendra, plusieurs cours et une solide carrière dans la pub, voici qu’il réalise son second long-métrage de fiction présenté à la Quinzaine des réalisateurs.

Le pitch est simple. Il s’agit de François, un dealer, qui rêve de distribuer la licence Mr Freeze au Maghreb. Sa mère ayant dilapidé ses économies, il va devoir réaliser un gros coup pour amasser un maximum d’argent et ainsi financer son projet. Le patron de la cité lui donne une mission en Espagne. François va essayer d’en profiter pour mettre son plan en action. Dans cette mission, il est aidé par toute une série de personnages qui vont de sa mère à son ex en passant par un pote complètement idiot ou encore des caïds de la cité envoyés par le chef. Ce sont tous des personnages hauts en couleurs.

L’ensemble est terriblement efficace et, surtout, très drôle. C’est un film ambitieux qui va là où peu de metteurs en scène français vont, faisant du Monde est à toi un film atypique qui dénote avec le reste du paysage cinématographique de l’Hexagone. La formule n’est pas neuve. Il y a quelques mois à peine, le film flamand Patser reprenait le même schéma narratif de mecs qui font un coup, se font arnaqués et vont arnaquer les arnaqueurs. Patser était sans doute un petit peu plus réussi d’ailleurs. Cependant, ce n’est pas parce qu’il a un manque d’originalité évident que Le Monde est à toi n’est pas une réussite pour autant.

L’écriture est soignée et est généreuse. Généreuse en action, en gags, en situations rocambolesques et bien d’autres encore. On rit beaucoup devant le film. Enormément même. C’est notamment dû au personnages secondaires, ceux d’Isabelle Adjani (la mère de François) et Vincent Cassel (l’ex de sa mère). Cassel, que nous avons rencontré et dont vous retrouverez prochainement l’entretien réalisé, incarne un homme complètement idiot qui va se mettre à regarder des vidéos complotistes à cause des deux jeunes de la cité les accompagnant. Cela fait plaisir de les revoir dans des rôles barrés et dans lesquels ils excellent. Le premier rôle revient à Karim Leklou qui, depuis 3 ans maintenant, commence vraiment à exploser, ce qui est mérité. Le rôle de son ex est tenu par Oulaya Amamra, découverte à Cannes avec la Caméra d’Or Divines il y a quelques années. Quelques rôles de troisièmes plans viennent accompagner les comédiens principaux. C’est ainsi que l’on peut voir Philippe Katerine et François Damiens dans des rôles décapants.

S’il ne renouvelle rien du tout, Le Monde est à toi est tout de même un film réussi qui parvient à faire rire énormément. C’est le genre de film dont le cinéma français manque et, rien que pour cela, il faut l’encourager.