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Critique : Le Musée des merveilles de Todd Haynes

La surprise cannoise de Todd Haynes !

 

Ben est un jeune garçon qui a récemment perdu sa maman dans un accident de voiture, et qui ne connait pas son père. Rose est une petite fille sourde, qui est prête à tout pour rencontrer la vedette des films muets qu’elle va voir religieusement au cinéma de son quartier. Ben grandit dans les années 70, Rose dans les années 30. Mais leurs destins sont étroitement liés.

Après Carol, ce drame parfait, hitchockien, sensuel, à l’interprétation et à la réalisation impeccable, Todd Haynes revient à Cannes en changeant totalement de registre, puisque Wonderstruck est un long-métrage pour enfants ! Surprenant, ce virage radical a décontenancé une partie du public cannois, qui n’a pas forcément compris le film comme tel. Pourtant, Wonderstruck comprend toutes les grandes thématiques des chefs-d’oeuvre cinématographiques jeunesse des années 1980 et 1990. Les deux histoires qui s’entremêlent par le biais d’un montage alterné, sont toutes les deux des quêtes identitaires d’enfants en âge de vouloir connaitre leurs passés pour pouvoir se construire.

Ben n’est pas sans rappeler la fougue d’une autre jeune héros de film jeunesse réalisé par un grand nom du cinéma : Hugo Cabret de Martin Scorsese ! Les ressemblances ne sont pas fortuites, car Wonderstruck est tiré d’un roman nommé Black Out de Brian Selznick, également auteur du livre qui a donné Hugo Cabret. Comme quoi il n’y a pas de hasard. Des enfants vaillants, que la vie a malmenés, les deux films mettent en lumière des personnages forts, mais gardent également une thématique semblable : l’art et notamment le cinéma. Au travers d’Hugo Cabret, Scorsese nous offrait un singulier hommage à Méliès, ici Todd Haynes nous montre son amour pour le cinéma muet. Toutes les séquences avec Rose sont en noir et blanc, et le réalisateur se sert de la surdité de sa protagoniste pour enlever la voix des autres personnages. Un procédé malin qui revient tout au long du film.

Il faut dire que l’ambiance et le design sonore du film apportent une grande part de magie au film. Après un orage, Ben perd l’ouïe (après le premier tiers du film), mais pas la parole, puisqu’il n’est pas né sourd. Lorsqu’il arrive à New York pour trouver des informations sur son père, les spectateurs sont noyés dans une bande son seventies. Ce n’est qu’au moment de la rencontre entre Ben et un autre petit garçon nommé Jamie, que nous entendons à nouveau des voix de personnages.

C’est beau de voir des enfants aussi jeunes jouer aussi bien ! Les années 80-90 ont crée une flopée d’enfants stars, les road-movies, les comédies et les films d’aventure mettant en scène des enfants étaient monnaie courante (Maman j’ai raté l’avion, E.T., Les Goonies, Stand by me, …) Il est très intéressant de voir comment Todd Haynes réussit à ramener à l’écran ces grandes quêtes qui ont fait notre enfance, tout en y ajoutant une originalité maitrisée dans la mise en scène et dans la narration. Julianne Moore est touchante dans ses rôles de star du muet et de vieille dame sourde et muette, mais le jeune Oakes Fegley sait se montrer à la hauteur de sa partenaire de jeu. On avait déjà pu le voir dans l’adaptation live de Peter et Eliott le Dragon de David Lowery avec Bryce Dallas Howard. C’est donc un acteur à suivre, que Todd Haynes a su repérer au bon moment.

En fin de compte, cette soixante-dixième édition du festival de Cannes commence en force, et impose déjà une diversité dans sa sélection. Après le très décalé Les Fantômes d’Ismaël d’Arnaud Desplechin, Cannes offre à son très exigeant public une retombée en enfance, dans les bras d’un grand réalisateur qui nous prouve que le cinéma jeunesse a sa place en compétition officielle.