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Critique : L’échappée belle de Paolo Virzi

Road trip gériatrique

Les années ont passé, mais l’amour qui unit Ella et John Spencer est resté intact. Un matin, déterminés à échapper à l’hospitalisation qui les guette, ils prennent la route à bord de leur vieux camping-car et mettent le cap sur Key West. Ils découvrent alors une Amérique qu’ils ne reconnaissent plus… et se remémorent des souvenirs communs, mêlés de passion et d’émotions.

Après les jolis succès des Opportunistes puis de Folles de joie, Paolo Virzi s’est lancé dans l’aventure américaine avec ce premier long-métrage en anglais. Exit l’Italie, bonjour les Etats-Unis. Exit les italiens, bonjours les anglais et canadiens que sont Helen Mirren et Donald Sutherland. Pour cette nouvelle étape de sa carrière, Virzi s’est offert un casting de luxe mais a gardé une certaine simplicité dans l’histoire, dans la lignée de son œuvre précédente.

L’échappée belle est un road movie que font les deux protagonistes principaux, Ella et John Spencer, incarnés donc par Helen Mirren et Donald Sutherland. Ils forment un couple vieillissant. Lui n’a plus toute sa tête, elle ne sait pas conduire. Autant dire que partir à l’aventure dans leur vieux camping-car (appelé Leasure Seaker, qui est le titre original du film et dont la traduction pourrait être le « chercheur de plaisir) n’est sans doute pas l’idée la plus brillante qui soit. C’est en toute logique que leurs deux enfants s’inquiètent quand ils constatent, au petit matin, l’absence de leurs parents.

Au fur et à mesure que les étapes avancent, Ella va tenter de remémorer certains souvenirs au travers d’un projecteur de diapositives. Les enfants, les vacances, tout y passe. Et chaque soir, au coin du feu des différents campings dans lesquels ils font étape, c’est la même routine, projection de souvenirs. Rien à y faire, la maladie est bien là et John en reviendra difficilement. Paolo Virzi filme ses personnages avec beaucoup de tendresse. Il les accompagne dans ce périple et emmène avec lui les spectateurs. Il s’égare quelque peu au milieu du film où il y a un petit coup de mou. Quelques longueurs se font sentir mais, rapidement, il reprend le cap et dynamise le récit afin de l’amener vers son dernier arc.

L’échappée belle ne serait pas ce qu’il est sans les prestations exemplaires et d’une rare justesse de son casting. Cela faisait longtemps que l’on n’avait plus vu un Donald Sutherland aussi bon. Pas qu’il soit mauvais d’habitude mais, ici, il trouve vraiment un grand rôle, ce qui devient de plus en plus rare pour des comédiens sur la fin de leur carrière. Helen Mirren fait de l’excellent travail également alors que sa tâche n’est pas aisée puisqu’elle doit jouer la matriarche de la famille, parfois dépassée par la maladie de son mari. A la fin, Paolo Virzi conclut avec une touche douce-amère mais pleine de joie et de poésie. Il ne pouvait mieux terminer.

Avec L’échappée belle, Paolo Virzi signe des débuts réussis en anglais avec une histoire classique de road movie, du troisième âge cela dit, incarné par un très solide duo formé par Helen Mirren et Donald Sutherland. C’est un film qui plaira à tous et, bien qu’il souffre d’un coup de mou et de quelques longueurs, réussi à émouvoir et attendrir les spectateurs.