Critiques de films, Western

Critique : Les 8 Salopards de Quentin Tarantino

Tarantino, clap huitième. 

Affiche des 8 Salopards de Quentin Tarantino (2016)
Affiche des 8 Salopards de Quentin Tarantino (2016)

Après la Guerre de Sécession, huit voyageurs se retrouvent coincés dans un refuge au milieu des montagnes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, ils réalisent qu’ils n’arriveront peut-être pas à rallier Red Rock comme prévu…

Pour son huitième long-métrage, Quentin Tarantino continue sur sa lancée entamée avec Django Unchained puisqu’il s’exerce à nouveau au western. C’est désormais de notoriété publique, le film a failli ne pas se faire. Le scénario a fuité sur internet peu après que Tarantino ait annoncé que ce serait son prochain film et que le tournage aurait lieu à l’été 2014. Il annonce alors ne plus tourner le film mais, quelques mois plus tard, il fait une lecture publique du scénario avec les acteurs qu’il songeait engager à la base. Finalement, en mai 2014, Tarantino décide de tourner le film dont le tournage aura lieu en novembre 2014 et voici qu’il débarque dans nos salles en janvier 2016.

Chaque film de Quentin Tarantino est attendu mais, il faut bien dire que celui-ci avait un petit quelque chose en plus. Bien sûr, il y a le talent de scénariste et de dialoguiste de Tarantino, mais il y a aussi son casting qui faisait saliver : Kurt Russel, Samuel L. Jackson, Tim Roth, Walton Goggins, Jennifer Jason Leigh, Michael Madsen, Bruce Dern et Demian Bichir, c’est plutôt jouissif sur le papier. Enfin, le dernier élément qui donnait vraiment envie, c’est le nom du compositeur de la musique. Et c’est loin d’être un jeune premier puisqu’il s’agit d’Il Maestro Ennio Morricone qui signe ici son premier western depuis 1981 et le fait avec brio.

Avec Les 8 Salopards, le natif de Knoxville nous emmène dans la région de Red Rock. Un chasseur de primes, John Ruth, emmène Daisy Domergue. En chemin, ils croisent la route de Marquis Warren, un ancien soldat de l’Union, et de Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Les conditions climatiques, tellement mauvaises, vont les forcer à s’arrêter dans un relais où ils seront coincés avec 4 personnes : un général confédéré, un conducteur de troupeau, un bourreau et celui qui s’occupe du relais. Il y a donc deux lieux : la diligence et le relais.

Kurt Russel et Samuel L. Jackson face à face dans Les 8 Salopards de Quentin Tarantino (2016)
Kurt Russel et Samuel L. Jackson face à face dans Les 8 Salopards de Quentin Tarantino (2016)

Le talent de dialoguiste de Tarantino se fait sentir dès les premières paroles. L’échange entre Kurt Russel et Samuel L. Jackson met les choses au clair directement. On sait dès cet instant ce que sera la suite : un enchainement de scènes aux dialogues affutés et intelligemment construits accompagnés de twists drôlissimes et efficaces. On savait à quoi s’attendre et on n’est pas déçu. Pour être honnête, on avait même des craintes. Le style Tarantino, on le connaît et on avait peur qu’après 30 minutes, ça ne fasse plus son effet. Force est de constater qu’on s’est trompés et qu’on ne voit pas les 2h40 passer. Si ce n’est un petit passage légèrement trop long au début, il n’y a rien à signaler. Il faut dire que le scénario est terriblement efficace. Tarantino est le roi pour les huis-clos, il l’avait admirablement démontré avec son cultissime Reservoir Dogs. Il est d’ailleurs quasiment impossible de ne pas penser à ce film en visionnant Les 8 Salopards tant des ressemblances sont présentes au-delà de choix de casting comme Tim Roth et Michael Madsen.

La mise en scène du réalisateur de Pulp Fiction a déjà fait ses preuves. Il maitrise les différents départements et le résultat s’en ressent. Composition des cadres, rythme, décors soignés, costumes, composition des scènes, tout a un résultat convaincant et cela devrait être à la hauteur des attentes de ses nombreux aficionados. Il a toujours eu un sens du rythme impressionnant qui fait que le temps passe toujours très vite. Il est un des seuls à savoir le faire à ce point là et on ne s’en lasse pas. Il faut également saluer son utilisation de l’espace, restreint vu que cela se déroule dans une seule pièce. A noter aussi qu’il a tourné le film en 70mm Panavision, format très peu utilisé dans l’histoire du cinéma. Les couleurs sont très belles, les cadres superbes. Malheureusement, pour le voir au cinéma dans ce format là, c’est un peu plus galère. Ce sera impossible en Belgique et, en France, très compliqué. Une tournée d’un projecteur aura lieu fin décembre.

Face à face entre Tim Roth et Walton Goggins dans Les 8 Salopards de Quentin Tarantino (2016)
Face à face entre Tim Roth et Walton Goggins dans Les 8 Salopards de Quentin Tarantino (2016)

Que dire du casting si ce n’est que c’est du haut niveau. La meilleure performance est incontestablement celle de Jennifer Jason Leigh. L’actrice se donne corps et âme. Surtout corps d’ailleurs. Elle encaisse plus que tous les autres, presque plus que dans ses rôles précédents. A croire que c’est l’apogée de l’actrice qui devrait enfin recevoir tout le crédit qu’elle mérite. On peut en dire de même du génial Walton Goggins. Second rôle endurci, tant au cinéma qu’à la télévision, il ne parvient pas à percer auprès du grand public. Les amateurs le connaissent cependant depuis longtemps grâce aux séries The Shield et Justified et à des rôles au cinéma chez Spielberg et … Tarantino (souvenez-vous de Django Unchained). Il trouve dans Les 8 Salopards un rôle à la hauteur de son talent qui devrait enfin le rendre plus connu. Tous les autres comédiens « principaux », Samuel L. Jackson, Tim Roth, Michael Madsen, Bruce Dern et Demian Bichir sont comme des poissons dans l’eau. Petite mention spéciale pour Channing Tatum dont le court passage nous a bien fait marrer.

In fine, Tarantino a peut-être bien signé son meilleur film depuis un bail. Pas que Django Unchained et Inglourious Basterds étaient mauvais, loin de là, mais Les 8 Salopards semble encore plus travaillé et abouti. La musique de Morricone est très belle, l’ensemble des comédiens est au top, la réalisation de Tarantino assure et les dialogues sont évidemment excellents. Il confirme, si besoin était, que c’est un excellent faiseur, créateur et dialoguiste. Un must de l’année très certainement !