Cannes 2017, Critiques de films, Drame

Critique : Les filles d’Avril de Michel Franco

Michel Franco, l’autre cinéma mexicain

Affiche Les filles d’Avril

Valeria est enceinte, et amoureuse. A seulement 17 ans, elle a décidé avec son petit ami de garder l’enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l’aide sa mère Avril, installée loin d’elle et de sa sœur. À son arrivée, Avril prend les choses en mains, et remplace progressivement sa fille dans son quotidien… Jusqu’à franchir la limite. 

Si les Guillermo Del Toro, Alfonso Cuáron et autres Alejandro Gonzalez Iñarritu ont la plus grosse part du gâteau, il ne faut pas oublier que le cinéma mexicain ne se résume pas à ça. Il y a une large frange qui s’intéresse au cinéma d’horreur et, entre les deux, on trouve Michel Franco qui a un cinéma plutôt classique dans sa forme et même ses thématiques mais qui n’hésite pas à aller loin dans le traitement, ce qui donne des résultats malsains voire carrément dégueulasses. Les filles d’Avril reste dans ce style propre à Franco qui y met toute son intensité.

Avril est une mère qui vient aider sa fille Valeria de 17 ans qui vient d’accoucher. Avec son compagnon, alors qu’ils ne sont nulle part dans la vie, ils ont décidé de garder l’enfant que Valeria attend mais ils sont clairement pas près et sont rapidement dépassés par les événements. Le problème surgit quand Avril remplace petit à petit le rôle de mère que sa fille est censée tenir. Et, comme souvent chez Michel Franco, cela ne s’arrête pas là puisque ça va encore dégénérer.

Ce qui est fort chez Michel Franco, c’est cette faculté de rendre particulièrement malsains des récits, de prime abord, plutôt inoffensifs. Une mère qui vient aider sa fille débordée, ce n’est pas incroyable, c’est même plutôt courant. Mais, insidieusement, Franco insuffle des éléments nauséabonds à un degré impressionnant. Petit à petit, les éléments se déchainent et les situations dont les personnages vont devoir se sortir deviennent impossibles. C’est dans ces perturbations dans le récit que réside l’intérêt pour le spectateur. C’est là qu’est la force de Franco et, une fois encore, l’effet est complètement réussi.

Extrait Les filles d’Avril

Le résultat ne serait pas le même sans la prestation des comédiens, Emma Suarez en tête. La comédienne espagnole, vue l’an passé dans la dernière réussite de Pedro Almodovar Julieta, a le rôle ingrat. Celui sur lequel tout repose, bien qu’elle n’ait pas le seul rôle important du film bien évidemment. Sa prestation est excellente. Elle y donne tout le côté sombre nécessaire au personnage ce qui laissera les spectateurs entre dégout et colère. Si telle est votre réaction, c’est que le travail de la comédienne est comme il faut.

Si le cinéma de Michel Franco vous parle, vous ne serez pas déçus. Si vous êtes amateurs de drames qui tournent mal, vous ne serez pas déçus non plus. Ce que propose le metteur en scène mexicain, n’est pas accessible à tous. C’est assez dur, tant dans les mots que les faits. Les personnages agissent en se faisant des coups dans le dos constamment et les conséquences sont terribles. Une grande Emma Suarez vient couronner le tout. Les filles d’Avril, c’est un grand oui.